LIVRE PREMIER
lures dans les domaines, la régularité dans les re-r cettes et les dépenses, supprimé le luxe inutile dans la domesticité. et dans les chevaux, accommodé ou gagné les procès, rédigé les mémoires,, fait plaider ou plaidé lui-même devaqt les parlements de Besancon et de Dijon. Il avait pris à ce métier la connaissance des lois, le goût des affaires, la sûreté de coup d'œil, l'habitude d'écrire, le don de bien parler.
Il avait joint à ses travaux spéciaux pour la fortune et l'honneur de son père les études scientifiques les plus générales et les plus approfondies. Il avait fréquenté M. de Buffon, qui écrivait alors à Monlbard son Histoire naturelle. Il était là avec Daubenlon, le collaborateur de ce grand naturaliste. Il ne négligeait pas non plus la haute littérature, dont le génie de Voltaire avait fait le véhicule de la nouvelle philosophie. Nos terres de Saint-Claude, près de Ferney, lui avaient donné l'occasion d'avoir quelques rapports de voisinage avec l'homme du siècle. Il ne partageait pas toutes les opinions philosophiques de Voltaire, mais il aimait, par similitude de nature, ce bon sens exquis qui exprime l'idée avec la même précision que le chiffre exprime le nombre. Il aspirait comme lui à la réforme des idées arriérées sur l'esprit humain de quelques siècles; avec la noblesse, il aspirait à lasubalternitédu clergé comme corps politique et comme corps propriétaire des biens de la nation ; comme .provincial, il n'aimait pas la cour et désirait des in-
fii iNOliVELLES CONFIDENCES.
stitutions qui élevassent le pays au-dessus des anticltambres et des œils-de-bœuf de Versailles; comiue •philosophe et comme gavant, sentant sa valeur, il voulait que le mérite et la considération fussent des titres *au pouvoir rivalisant au moins avec la naissance. En un mot, il était de cette vaste et presque universelle opposition, sous les dernières années de la monarchie, qui présageait, en pensant la modérer, une révolution certaine. 11 iie désirait pas sans doute un bouleversement, mais un redressement de toutes choses dans TËtat. Cependant, il était au fond plus républicain qu'il ne lé croyait lui-même, car son esprit éminemment critique et réformateur, et son
caractère fier et absolu, s'accommodaient également mal de toutes les supériorités instituées. Il n'était que constitutionnel, mais peut-être eût-il été révolutionnaire plus complet s'il n'avait été aristocrate d'habitude, comme Lafayette et Mirabeau.
Aux preniiers signes d6 la tempête, ses talents et sa considération firent jeter les yeux sur lui, et il fut élu de la noblesse a"x États de Bourgogne. On pensa à lui pour les États-Généraux; ses infirmités, qui l'entravèrent de bonne heure, Tempêchèrent de con-