‹ Nouvelles confidencesChapitre 3 sur 160 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Après que cette première flamme de ma vie se fut ainsi évaporée au ciel en ne laissant en moi que Téblouissement d'une vision et le recueillement d'un culte , j'avais erré quelques mois comme une âme aveugle qui a perdu la lumière du ciel et qui iie ise soucie pas de celle de la terre. J'avais passé la plus grande partie de ce temps en Suisse sur les lac& de Genève, de Thoun et de Neufchâtel, mal portant, solitaire toujours, ne restant jamais plus d'une se-^ maine à la même place. .Ma nicre , qui connaissait

la cause de mon chagrin , m'envoyait de temps en temps quelque petite somme épargnée, à Tinsu de la famille, sur ce qu*on lui donnait par mois pour tenir sa maison; elle savait que le grand air évapore seul les grandes douleurs et que le changement perpétuel de lieux guérit les fièvres du cœur comme il coupe les fièvres du corps. Elle redoutait pour moi la monotonie, l'uniformité et l'oisiveté plus rongeuse que la douleur de la maison paternelle et de la vie de Mâcon. Cependant, l'automne approchait, elle ne savait plus comment colorer mon éloignement sans cause aux yeux de mon père et de mes oncles. Il fallut revenir.

Je revins par Lyon. Je m'embarquai là sur un de ces bateaux qui remontaient et qui descendaient alors le cours de la Saône, conduits comme des traîneaux sur la glace du fleuve, par des chevaux qui galopaient dans les prairies dont il est bordé.

Couché à la renverse sur le pont entre des ballots et des valises, je regardais la pointe du mât dessiner ses légères ondulations sur le ciel comme une aiguille noire s'avançant, par un mouvement insensible, sur le cadran de ma vie. De temps en temps, je me soulevais à la voix rauque du patron de la

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