‹ Nouvelles confidencesChapitre 4 sur 160 · LIVRE PREMIER. 1S · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. 1S

barque qui nommait les petites villes et lés villages de la rive et qui demandait aux voyageurs si quelqu'un voulait descendre au port devant lequel nous passions. Je reconnaissais les noms familiers à mon oreille de ces charmants villages qui bordent le cours de la Saône 9 mon fleuve natal, les lies couvertes de forêts de saules et d'osiers, les grands troupeaux de vaches qui les abordent à la nage pour aller pâttre leurs longues herbes, en ne laissant voir que leurs museaux blancs et leurs cornes noires audessus de Teau, les belles montagnes du Beaujolais et du Maçonnais qui, aux rayons du soleil couchant, deviennent bleues comme des vagues et semblent flotter comme une mer dont le rivage est caché par leur roulis; et à droite ces immenses prairies vertes de la Bresse, parsemées çà et là de points blancs qui sont des troupeaux, et noyées à leurs confins dans une brume qui les fait ressembler aux paysages de la Hollande ou aux horizons de la Chine , sans autres bornes que la pensée.

Ces sites, tant vus et tant revus par moi dès mes premiers regards, me pesaient sur le cœur bien plus qu'ils ne soulevaient mon poids d'ennui. J'étais né pour agir, et la destinée me ramenait toujours, malgré moi, languir et fermer mes ailes dans ce nid, dont je brûlais sans cesse de m'échapper.

Celte fois cependant la douleur m'avait tellement brisé, que j'éprouvais une certaine résignation fatale

iB xVOUVELF.ES CONFIDENCES.

à rentrer pour n'en plus sortir dans cetle maison oti j'étais né et où j'espérais bientôt mourir. J'étais convaincu que mon coeur avait épuisé, dans ces treize mois d'amour, de délire et de douleur, toutes les délices et toutes les amertumes d'une longue vie, que je n'avais plus qu'à couver quelques mois le souvenir de Julie sous la cendre de mon cœur, et que l'ange dont ma pensée avait suivi la trace dans une autre vie m'y rappellerait bientôt pour abréger l'absence et pour recommencer l'éternel amour. Cette certitude me consolait et mé faisait prendre en patience et en indifférence l'intervalle que je croyais court entre le départ et la réunion. A quoi bon conamencer quelque chose, me disais-je, qui sera si vite interrompu? Et qu'importe que je traîne ici ou làbas les heures suprêmes d'une existence qui s'est éteinte dans cette tombe et qui né se rallumera jamais?

C'est dans ces pensées d'apaisement découragé çt désintéressé de la vie que j*approchais insensible-^ ment de Mâcon. Bientôt j'aperçus les hautes tours tronquées de son antique cathédrale se découpant en blanc sur le fond du ciel, et les treize arches régulières de son pont romain courant sur la largeur

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