‹ Nouvelles confidencesChapitre 37 sur 160 · LIVRE PREMIEK · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIEK

lime des vieilles femmes (Jui gouvernaient majestueusement ce monde de caries, de fiches et de jetons. Leurs figures se glacèrent et se rembrunirent pour moi. L'obligation d'accompagner régulièrement chez elles ma mère et mes sœurs aînées devint pour moi un supplice quotidien. J'abrégeais le martyre en ra'échappant après les parties commencées.

Il y avait un seul salon où l'on ne jouait pas^ et qui s'ouvrait tous les soirs à un petit nombre d'habitués et d'amis de la maison ; c'était le salon de mon oncle. J'y allais le soir avec beaucoup moins de répugnance que le matin. C'était un petit cercle intime, politique, littéraire, scientifique, où l'esprit stagnant d'une petite ville participait du moins, le soir, au mouvement des idées, des faits et du temps. Mon oncle, homme de connaissances très variées et d'une causerie très souple à toutes les ondulations d'une soirée oisive, était le centre de ce salon. Les femmes n'y paraissaient jamais ; les huit ou dix hommes qui y venaient assez régulièrement tous les jours y étaient attirés les uns vers les autres, et tous vers le maitre de la maison, par cet attrait volontaire et naturel qui entraîne les pas à l'insu de la volonté là où

l'esprit se trouve bien. Il n'y avait d'autre rendezvous que ce plaisir réciproque et cette conformité de goûts, d'études, d'opinions, rehaussée par une complète liberté de discours. C'était, en général, tout ce que le pays comptait d'hommes éminents, intéressants ou spirituels dans tous les rangs de la société. On n'y reconnaissait d'autre aristocratie que celle de l'intelligence et du goût. J'ai vu bien des salons dans ma vie de voyageur, de diplomate, d'homme du monde, d'homme politique au d'homme de lettres, je me souviens toujours de celui-là comme d'un modèle accompli de réunion, et les principales figures qui s'y dessinaient en demi-cercle, en face du feu, sont restées pétrifiées avec leurs costumes, leurs physionomies, leurs sons de voix, leurs gestes, lenrs attitudes et leurs difierentes natures d'esprit, dans ma roèniioire et dans mes yeux.

C'était d'abord un vieil abbé vénérable et vénéré dans la province et au-delà , avec une perruque fauve, une longue et grave figure de parchemin, une loupe énorme sur la lèvre inférieure, une pose de commandement, une voix de siècle sortant du fond d'une bibliothèque où l'on rendue des in-quarto pou-

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