‹ Nouvelles confidencesChapitre 48 sur 160 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

entretenait par la lecture et par la réflexion, était celle do dix-huitième siècle, tempérée par un grand sentiment de la Providence, philosophie qui s'en rapporte au créateur de la créature, et qui a pour morale le quod dicel des anciens, la convenance, cette morale de ceux qui ne veulent rien choquer. En politique, il était indifférent; il ne croyait pas qu'un système valût la perte d'un ami. Tel était le charmant vieillard qui vécut encore douze ans après l'époque dont je parle, et qui reflétait sur moi la douce lueur d'un autre siècle. La poésie de la vieillesse ne m'a jamais mieux apparu qu'en lui ; une vie qui se couche dans la même séiénité et dans la même rosée où elle s'est levée à son matin.

Voici ce qu^était alors cette charmante petite ville : mon oncle, l'abbé Sigorgne, M. de Larnaud et cinq ou six hommes lettrés du pays y avaient, récemment encore, jeté les fondements d'une institution de nature à y accroître et à y perpétuer le goût des sciences, des arts et de la haute littérature. Ils y avaient institué une académie. Cette académie avait

donné un petit centre et un motif d'activité locale à

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toas les talents épars et oisifs de la ville et de la province environnante. Tous les mois, les trente ou quarante membres de cette académie se réunissaient en séance, dans la bibliothèque de la ville, lisaient des rapports, des recherches, des projets d'amélioration agricole, se donnaient des motifs de travail, de discours, de compositions littéraires, quelquefois même de poésie. Une douce émulation s'établissait ainsi entre ces hommes que l'inertie aurait stérilisés. Ils ne s'exagéraient pas l'importance de leurs travaux, ils ne visaient à aucune gloire extérieure ; ils tiraient le rideau de la modestie sur eux. Ils avaient pour mot d'ordre : « Le beau, le bon, l'utile désintéressés. » Cette institution, qui commençait et qui a conservé longtemps le même esprit, s'est illustrée depuis par l'adjonction successive de plusieurs noms éclatants, et par une succession non interrompue d'hommes d'élite. En les groupant, il n'est pas douteux qu'elle ne les ait multipliés. L'Académie de Mâcon a remplacé pendant plusieurs années cette Académie de Dijon, foyer littéraire de la Bourgogne, berceau du nom de J.-J. Rousseau et de Buffon.

Malgré mon inexpérience et mes années, mon oncle voulut in'y faire recevoir. On m'y reçut sous son patronage, à cause de lui et non à cause de moi. J'y fis un discours de réception, ma première page littéraire publique, sur les avantages de la communi-

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