‹ Nouvelles confidencesChapitre 49 sur 160 · LIVRE PREMIER. ilo · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. ilo

cation des idées entre les peuples par la liltérature. J'ai retrouvé, il y a peu de temps, le manuscrit de ce premier discours, et je l'ai brûlé après l'avoir relu, pour bien effacer les traces du chemin banal par où j'avais conduit ma pensée. Depuis j'ai été un membre peu assidu, mais fidèle de ce corps littéraire qui avait daigné m'accueillir par anticipation sur le temps et sur la renommée. Je lui devais plus que des heures de gloire, je lui devais des heures d'amitié.

Quant aux jeunes gens de mon âge à cetle époque, aucun rapport de vie, de goûts ou d'études, ne m'at-. tirait vers eux ou ne les attirait vers moi. A l'exception de trois d'entre eux dont j'avais été le camarade de collège, je n'en fréquentais aucun. Ils s'occupaient de plaisirs, de festins, de bals, de chasses. J'étais trop triste pour m'évaporer à ces joies. Je n'en connaissais point qui cultivât alors sa pensée. L'empire matérialisait toute la jeunesse qu'il ne consommait pas dans ses camps ou dans ses antichambres. La noblesse combattait ou chassait; la bourgeoisie buvait ou mangeait; la pensée s'était réfugiée dans les professions libérales. Le barreau, la médecine, la

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magistrature, comptaient quelques hommes de goût intellectuel. Ce fut parmi les avocats et les médecins que se conserva quelque étincelle du feu sacré do la France, le sentiment littéraire. C'est toujours celui-là qui rallume le feu sacré de la liberté. Le hasard me fit rencontrer un jour, dans une de mes promenades solitaires hors de la ville, un jeune avocat né dans le Jura, et établi récemment à Mâcon. Je le connaissais seulement de nom et de visage, parce qu'on me l'avait montré du doigt dans les rues comme un homme d'espérance dans le barreau. Il avait entendu parler de moi aussi comme d'un jeune homme qui, au milieu de la trivialité de vie de la jeunesse du lieu, se sentait une âme, et cultivait plus ou moins heureusement ce germe étouffé dans tous. Il avait en ce moment un chien sur ses traces ; le mien ne me quittait jamais. Les deux chiens s'abordèrent, grondèrent, jouèrent ensemble, et forcèrent ainsi leurs maîtres à s'aborder.

Après l'échange de quelques paroles de circonstance entre deux promeneurs qui désiraient également une occasion de se rencontrer, la conversation s'engagea entre nous sur les livres, la littérature, la poésie. Je trouvai avec bonheur dans M. Ronot (c'est ainsi qu'il s'appelait) une imagination naïve et fraîche, une mémoire riche de tous les souvenirs classiques, une passion désintéressée du beau qui allait jusqu'à l'enthousiasme, un besoin d'admirer qui révèle en

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