LIVRE PREMIER. i
DaDS combien de soucis et d'âges, .
toi que j'entends murmurer !
•N'ai-je pas cherché tes rivages Ou pour jouir ou pour pleurer?
A combien de scènes passées Ton bruit rêveur s'est-il mêlé ?
Quelle de mes tristes pensées Avec tes flots n'a pas coulé?
Oui, c'est moi que tu vis naguères, Mes blonds cheveux livrés au vent, Irriter tes vagues légères Faites pour la main d'un enfant.
C'est moi qui, couché sous lés voûtes Que ces arbres courbent sur toi, Voyais, plus nombreux que ces gouttes, Mes songes flotter devant moi.
L'horizon trompeur de cet âge Brillait, comme on voit, le matin.
L'aurore dorer le nuage Qui doit l'obscurcir en chemin.
Plus tard, battu par la tempête.
Déplorant l'absence ou la mort.
Que de fois j'appuyai ma tête Sur le rocher d'où ton flot sort!
Dans mes mains, cachant mon visage.
Je te regardais sans te voir.
Et, comme des gouttes d'orage, Mes larmes troublaient ton miroir.
Mon cœur, pour exhaler sa peine.
Ne s'en fiait qu'à tes échos.
Car tes sanglots, chère fontaine, Semblaient répondre à mes sanglots.
Et maintenant, je viens encore.
Mené par Tinstinct d'autrefois, Écouter ta chute sonore Bruire h l'ombre des grands bois.
Mais les fugitives pensées Ne suivent plus tes flots errants Comme ces feuilles dispersées Que ton onde emporte aux torrents.
D'un monde qui les importune Elles reviennent à ta voix.
Aux rayons muets de la lune Se recueillir au fond des bois.
Oubliant le fleuve où t'entraîne Ta course que rien ne suspend.
Je remonte de veine en veine Jusqu'à la main qui te répand.
Je te vois, fille des nuages.
Flottant en vagues de vapeurs.
Ruisseler avec les orages Ou distiller au sein des fleurs.
Le roc altéré te dévore Dans l'abîme où grondent ses eaux ; Où le gazon, par chaque pore^ Boit goutte h goutte tes cristaux.