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LIVRE PREMIER

Tu filtres, perle virginale, Dans des creusets mystérieux.

Jusqu'à ce que ton onde égale L'azur élincelant des cieux.

Tu parais! le désert s'anime; Une haleine sort de tes eaux.

Le vieux chêne élargit sa cime Pour t'ombrager de ses rameaux.

Le jour flotte de feuille en feuille; L'oiseau chante sur ton chemin.

Et l'homme à genoux te recueille Dans l'or ou le creux de sa main.

Et la feuille aux feuilles s'entasse.

Et fidèle au doigt qui t'a dit :

Coule ici pour Toiseau qui passe !

Ton flot murmurant l'avertit.

Et moi, tu m'attends pour me dire :

Vois ici la main de ton Dieu !

Ce prodige que l'ange admire.

De sa sagesse n'est qu'un jeu.

Ton recueillement, ton murmure Semblent lui préparer mon cœur ; L'aQiour sacré de la nature Est le premier hymne h l'auteur.

 chaque plainte de ton onde Je sens retentir avec toi Je ne sais quelle voix profonde Qui l'annonce et le chante en moi.

Mon cœur grossi par mes pensées.

Comme tes flots dans ton bassin.

Sent, sur mes lèvres oppressées.

L'amour déborder de mon sein.

La prière brûlant d'éclore S'échappe en rapides accents, Et je lui dis : Toi que j'adore, Reçois ces larmes pour encens. .

Ainsi me revoit ton rivage Aujourd'hui, différent d'hier; Le cygne change de plumage, La feuille tombe avec l'hiver.

Bientôt tu me verras peut-être Penchant sur toi mes cheveux blancs, Cueillir un rameau de ton hêlre Pour appuyer mes pas tremblants.

Assis sur un banc de ta mousse.

Sentant mes jours prêts à tarir, Instruit par ta pente si douce.

Tes flots m'appreadront à mourir.

En les voyant fuir goutte k goutte.

Et disparaître flot à flot, Voilà, me dirai-je, la route Où mes jours les suivront bientôt.

Combien m'en reste-t-il encore?

Qu'importe ? Je vais où. tu cours; Le soir pour nous touche à l'aurore :

Coulez, ê flots! coulez toujours!

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