‹ Nouvelles confidencesChapitre 71 sur 160 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

a tiroir de mon secrétaire; prends- y avec mesure, rc çuàis avec liberté. Si c'est un ainour, le temps le « guérira; si c'est Une amitié, le temps pourra bien « la dénaturer. Tu es bien jeune pour être le tuteur i< d'utie femme aussi belle que tu dépeins ton Itai< lienne ; prends garde au cœur ; il n'est jamais plus a près de se réveiller que quand ildort! »

Je le raàsurai; j'avais horreur même du noia d'amour. Je lui montrai quelques-unes des lettres de Saluce. Je lui racontai toute l'histoire de la passion de ces deux cœurs prédestinés pour ainsi dire l'un pour l'autre.

Mais je m'aperçois trop tard, eii recueillant et en complétant ces notes, quo je n'ai pas noté l'histoire de ces deux amants. Je vais la rétablir ici, grâce aux lettres de Saluce, qui subsistent presque toutes dans le grand coffre de papiers que j'ai rapporté des débris de la bibliothèque d'Urcy.

J'ai dit que le père et la mère de mon ami habitaient Rome depuis la fin de la guerre de la Vendée ; ils avaient un fils et une fille. Ils étaient riches; ils tenaient aux États romains par leur palais de Rome et par des terres considérables, mais de peu de re-

vena, dans les Âbbruzzes. Ils avaient un fils et une fille à peu près du même âge. Leur fille s'appelait Clotilde. Le frère et la sœur se ressemblaient comme deux jumeaux. Cette ressemblance , qui avait fait souvent le charme et le jeu de leurs parents pendant leur première enfance, devait plus tard devenir fatale à Saluce. On va voir comment.

Quand leur fille Clotilde eut atteint Tâge de douze ou treize ans, le père et la mère de Saluce la mirent dans un de ces nombreux couvents de Rome, d'où les filles des maisons nobles d'Italie ne sortaient alors que pour leur mariage. Ce couvent, débris d'un plus vaste monastère de femmes, réduit par la révolulion à un petit nombre de religieuses âgées et infirmes, n'en comptait plus que trois ou quatre; il ne comptait non plus que sept ou huit jeunes filles des grandes maisons de l'État romain. Deux seulement, parmi ces élèves, touchaient à l'adolescence, c'étaient Clotilde et Régina. Les autres étaient des enfants de sept à huit ans. Ce rapprochement d'âge et cette difiTérence de patrie, au milieu de l'isolement que la supériorité des années créait entre les deux jeunes filles, devaient naturellement les resserrer plus étroi-

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