‹ Nouvelles confidencesChapitre 73 sur 160 · LIVRE DEUXIÈME. iG · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. iG

des fontaines OU sar les marbres des statues encaissées daiis les niches des façades ; et, au fond de la cour, de grands jardins en pente raide, coupés de gradins de marbre et plantés régulièrement de hauts cyprès, qui s'étendent, comme dans le jardin papal du Vatican , jusqu'aux murs de briques ébréchés et tapissés de lierre des remparts de Rome. Telle était la Longara.

Le couvent, que j'ai visitédepuis avec Saluce, ne consistait plus qu'en une grande masure basse percée de sept ou huit fenêtres à plein cintre grillées de fer, qu'un grand mur qui n'ouvrait que par une petite porte empêchait d'apercevoir de la rue. Derrière cette aile dégradée de l'ancien monastère, on voyait un monceau de ruines recouvertes à demi de végétations pariétaires, quelques murs encore debout, percés à jour, et de grandes fenêtres sans châssis par lesquelles on voyait le ciel ; un jardin presque inculte montait derrière ces ruines du couvent démoli vers les remparts par une large allée, autrefois pavée, maintenant tapissée de hautes herbes sèches ; sous les murs mêmes, une autre allée transversale, et presque toujours à l'ombre, serpentait en suivant la courbe des bastions. Il y avait aux deux extrémités

une statue de sainte verdie par Thumidité des lierres et des mousses de la muraille. C'était la promenade habituelle des religieuses et des jeunes recluses de ce couvent ruiné. En descendant vers la rue, on apercevait un long cloître extérieur dont le toit en terrasse portait sur de petites colonnes de marbre blanc. Ce cloître servait d'avenue à une petite chapelle de belles pierres jaunes comme celles de Saint-Pierre de Rome. Deux anges de marbre noir, à demi-couchés sur l'entablement du portail, et se tendant les bras, comme pour s'aider à porter un. fardeau, unissaient leurs mains pour élever un calice. Les portesfenêtres des cellules des religieuses et les cellules des deux élèves plus âgées ouvraient sur la terrasse fermée par le toit plat de ce cloître. Une statue de la Vierge tenant son enfant comme pour l'allaiter surmontait sous le cloître même une fontaine alimentée par une dérivation de l'immense chute de l'Aqua- Paulina, et murmurant jour et nuit sous les arcades, remplissait cette solitude du seul bruit de vie qu'on entendît dans ce silence de tous les vivants. Tel était le monastère habité par les deux amies.

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