‹ Nouvelles confidencesChapitre 76 sur 160 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

çais, l'anglais, l'italien. Elle avait entendu, chez son père et chez sa mère, les entretiens sérieux des hommes distingués de ces trois nations, entretiens que les enfants n'ont pas l'air d'écouter, mais qu'ils retiennent. Les émigrés français eux-mêmes étaient des novateurs audacieux en comparaison des idées et des mœurs de l'Italie cloitrée. Glotilde, quoique pieuse comme sa mère, planait, toute jeune qu'elle était, sur l'ignorance et sur la puérilité des dévotions de son cloitre.

Elle avait apporté au couvent quelques volumes de choix de ses meilleurs livres d'éducation anglais et français que les religieuses romaines avaient admis sans les comprendre, et dans lesquels elle s'instrui*' sait ou se charmait elle-même pour se préserver de l'oisiveté et de la contagion de commérages de ce petit monde séquestré de toute idée. Son exemple et sa conversation instruisaient plus Régina que les fastidieuses leçons de ces religieuses, ignorantes comme des enfants en cheveux blancs.

Clotilde avait éprouvé pour Régina, au premier coup d'œil, la même inclination naturelle qui avait entraîné Régina vers la jeune Française. La merveilleuse beauté de l'Italienne avait été comme un rayon flottant sur les murs de sa cellule ; son cœur avait bientôt suivi ses regards. La beauté, surtout quand elle est composée de ce mystère qu'on appelle charme, ne darde pas seulement du front de la femme dans

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le regard de rhomme ; elle impressionne différemment, mais elle impressionne aussi les yeux et le cœur entre de jeunes beautés du même sexe; elle produit chez les hommes ramour, chez les femmes Tadmiration, et l'attrait de Tâme. La beauté est un don inconnu et une puissance magique. 11 n'est permis à aucun être vivant d'y échapper» Être belle, c'est régner.

Ces deux jeunes filles sentirent l'une par l'autre cette puissance occulte de la beauté diverse, mais éclatante chez toutes deux. Celte diversité même, ou cette opposition de beauté concentrée dans Clotilde, rayonnante, transparente, explosive pour ainsi dire dansRégina, fut peul-étre à leur insu une des causes qui les attira davantage l'une vers l'autre. Les con»trastes s'attirent, parce qu'ils se complètent. Leur amitié devint l'unique sentiment d'existence qu'elles eussent ainsi dans cette solitude. Les petites filles qui venaient après elles étaient trop enfants, les reli<^ gieqses étaient trop avancées en âge et trop submergées dans leurs minuties et dans leurs pratiques pour offrir aucune occasion d'aimer à ces deux âmes de quatorze et quinze ans. Elles se sentaient refoulées sympathiquement l'une contre l'autre, et elles s'en réjouissaient intérieurement ; car, bien qu'innocente comme leurs cœurs, leur amitié était jalouse ; elles auraient été malheureuses de la moindre rivalité d'affection.

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