LIVRE DEUXIÈME
que je Taîmerais comme je t'aime, que je lui parlerais comme je te parle, et que je ne serais pas plus intimidée avec lui qu'avec toi. »
Et les deux amies s'embrassaient et se mettaient à rire et à rêver tout bas, de peur que le bruit de ces conversations ne réveillât les religieuses.
La vérité, à ce que m'a dit plus tard Régina^ quand elle eut l'âge de sonder de l'œil «on propre cœur, c'est qu^en adorant Glotilde, elle aimait déjà deux êtres en elle sans s'en douter, son amie et le frère de son amie, qui se confondait dans son imagination avec elle tellement, qu'il lui était impossible de séparer les deux images, t^nt est puissante, dans une imagination solitaire qui ne se nourrit que d'une seule idée et d'un seul sentiment, la répercussion continue d'un seul être aimé sur le cœur! Régina dédoublait dans sa pensée son amie pour l'aimer davantage en aimant son frère dans elle, et elle encore dans ce frère absent ! Je n'aurais jamais cru à ce phénomène qui dédouble et double l'être aimé, et je l'aurais pris pour une conception imaginaire de poëte , si je ne l'avais pa9 vu de mes yeux dans l'âme de Régina.
Deux années s'écoulèrent ainsi pour les deux compagnes de solitude sans varier en rien leur existence, si ce n'est en accroissant chaque jour la tendresse qu'elles avaient l'une pour l'autre, en développant leur âme, en achevant et en mûrissant leur beauté. Clotilde touchait à dix-huit ans et Régina à seize. La mort de la mère de Clotilde, à la suite de sa maladie de langueur, plongea sa fille dans une douleur sourde et lente qui la consuma dans les bras de Régina. La nouvelle de la perte de son père et l'absence forcée et prolongée de son frère acheva d'évaporer une vie qui s'était concentrée dans ces trois pensées, et qui ne tenait plus à la terre que par une racine. Cette dernière racine allait être tranchée aussi. On annonça au couvent que Régina allait en sortir pour être fiancée au prince de..., parent et ami de son tuteur.
En effet, la comtesse Livia vint retirer du cou^ vent sa petile-ûlle pour la garder quelques mois chez elle, dans sa villa de F... Les deux amies ne pouvaient s'arracher des bras l'une de l'autre. Régina jurait à sa grand'mère qu'elle préférait se faire monaca pour le reste de sa vie à la douleur de quitter pour longtemps son amie malade. On lui promit que