‹ Nouvelles confidencesChapitre 81 sur 160 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

l*àbsence ne serait pas longue, que le mariage serait ajourné à deux ou trois ans de là ; elle fut enlevée, presque de force, par la comtesse Livia, par ses femmes et par sa nourrice. Les portes du couvent se refermèrent sur la pauvre Clotilde. Sa cellule lui parut une nuit funèbre, une tombe anticipée, un silence étemel, aussitôt que le rayon, la vie et la voix de Régina en eurent disparu. Aux premiers jours de novembre sa langueur redoubla, la fièvre la prit, ses joues se colorèrent pour la première fois des teintes du soleil couchant sur les feuilles transies du cerisier; elle expira en appelant son amie et son frère. J'ai vu sa tombe, avec ce nom français dépaysé dans la mort, au milieu de tous ces noms de religieuses ou de novices de TÉtat romain.

Régina, à qui on avait voulu épargner ce spectacle et ce désespoir, ne fut instruite que peu à peu et longtemps après qu'elle n'était plus, de la mort de sa chère Clotilde. La fougue de sa douleur éclata en cris et en sanglots qui firent craindre pour ses jours. La première explosion de la première douleur, dans une âme où tout sentiment était passion, faillit emporter la vie elle-même. Sa grand'mère fut

iU NOUVELLES CONFIDENCES.

obligée de l'envoyer à Naplès pour contraindre ses yeux et son ânae à se distraire forcément d'une seule pensée par la diversité des aspects et par l'agitation des séjours et des heures. Mais elle ne vit rien que l'image de Glotilde entre elle et toute la nature. Son Jinceul était étendu sur la terre et sur la mer. Le monde entier ne contient jamais que ce qu'on y voit intérieurement. On eut de longues et sérieuses inquiétudes ; mais sa^ jeunesse et sa sève de vie surabondante et toujours renouvelée, que rien ne pouvait longtemps corrompre ni tarir, l'emportèrent sur son âme même. Elle vécut et embellit encore dans le deuil, qu'elle voulut porter, comme pour la perte d'une sœur. Elle se couvrit, comme de reliques de tendresse, de tous les bijoux, de tous les cheveux, de tous les ouvrages de main que Glotilde avait échangés avec elle pendant leur longue et tendre intimité du couvent. Colliers, bracelets, pendants d'oreilles, anneaux, boucles de ceinture, agrafes, corail ou perles, tout était Glotilde encore dans ses cheveux, autour de son cou, sur sa poitrine, à ses bras, à ses doigts ; tout était Glotide surtout dans son cœur. Elle avait mêlé ce nom comme un talisman à son chapelet; elle le prononçait dans toutes ses prières, comme une invocation idolâtre à quelque créature divinisée qui lui était apparue sur la terre au commencement de son pèlerinage et qui devait avoir une influence céleste encore sur sa destinée! Glotilde

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