LIVRE DEUXIÈME. d
âme aussi soudainement qu'entre un rayon de soleil dans une chambre pleine de ténèbres et dont on ouvre les volets. Elle fit apparaître en moi mille choses que je croyais mortes et ensevelies avec Clotilde. Gela me sembla tellement un miracle obtenu par rintercession de mon amie, que je m'inclinai de nouveau jusqu'à terre pour remercier Dieu et ses anges, et que je baisai le pavé d'où cette belle apparition de son frère me semblait être sortie pour moi. C'était comme une résurrection de ma tendresse sous une autre forme, sous un autre être dont j'espérais être aimée, et que j'allais moi-même pouvoir aimer encore autant que la première.
<c Ma grand'mère en sortant me vit tellement rayonnante et transfigurée qu'elle me demanda ce que j'avais de nouveau dans l'âme. Je ne lui dis pas ce que j'avais rêvé, mais je lui dis que j'avais tant prié que les anges m'avaient consolée. Nous allâmes ce soir-là jusque sur le rivage de la mer à Bagnoli, de l'autre côté de la grotte du Pausilippe, puis au théâtre Saint-Charles; ici, chaque murmure de la vague ; là, chaque note de la musique semblait me rapporter l'apparition, la voix, les chuchotemens des lèvres du frère de celle que j'aimais tant. Oh ! combien j'aurais donné pour le voir ! Je cherchais de loge en loge et dans les nombreuses têtes tournées vers moi de ces galeries et de ce parterre, un visage qui pût me rappeler les traits de Clotilde, et si je l'avais
trouvé, je n'aurais pas pu m'empêcher de pousser un cri.
(c En quittant Naples, ma grand'mère me ramena par San-Gèrmaûo dans son vieux château au pied des Abbruzes. Je fus étonnée d'y trouver mon tuteur avec le prince de *** et quelques hommes de loi réunis qui semblaient y attendre mon arrivée. Un air de mys.tèré et de fête régnait dans Tantique demeure. Le soir, des conférences secrètes eurent lieu entre mon tuteur et ma grand'mère. Elle s'agitait et pleurait beaucoup, tout en affectant avec moi un air de félicitation et de joie. Je n'ai pas le courage de vous dire le reste. .............
Ces circonstances, sur lesquelles Régina répugnait à revenir, même par un* mot, dans les conversations sans fin que j'ai eues avec elle plus tard, étaient celles de son mariage, moitié surprise, moitié violence^ avec le prince ***. Le prince était presque un vieillard; ilétait parent de la comtesse Livia, il avait une grande fortune; Régina devait elle-même alors en posséder une assez considérable par l'absence d'héritiers mâles dans la famille. La réunion de ces deux