LIVRE DEUXIÈME
était le sursum corda perpétuel de cette jeune fille. Sa grand'mère, aussi simple que bonne, ne contrariait aucun de ces caprices de la douleur, s'associait à toutes ces pratiques du culte, à la ménaoire de l'amie tant adorée de son enfant, et faisait dire par centaines des messes à toutes les chapelles pour le repos de l'âme de cette pauvre jeune Française qu'aucune mère et qu'aucune sœur ne pleuraient ici-bas dans sa patrie*
A la fin et tout à coup, Régina changea de visage et parut, on ne sait comment^ intérieurement calme et comme à demi consolée. Elle m'a raconté ellemême comment s'opéra soudainement en elle ce phé* nomène, qu'elle appelait, comme toutes les Italiennes, un miracle de la Madonna du Pausilippe. « Un soir, me disait-elle, je descendis de calèche aux sons de la cloche qui appelait les passants à une bénédiction, devant une petite chapelle voisine de la grotte de Pausilippe. Nous y entrâmes, ma grand' «ïère et moi, pour faire nos prières. Je n'avais jamais été si triste que ce jour-là; j'étais découragée de vivre dans un monde qu'elle ne partageait plus avec moi; je me disais : que m'importent ce beau pays, ce beau ciel^
cette belle mer et ces montagnes, et ces monuments, et ces théâtres, et cfes regards de la foule, et ces cris d'admiration quand je passe en voiture découverte dans les rues? Elle n'est plus là pour participer à rien de tout cela avec moi; j'aime mieux sa pensée dans le ciel que l'admiration de toute la terre ! La terre est vide depuis qu'elle n'y est plus. Je pleurais en me cachant le plus que je pouvais de ma grand'mère , sur mes mains jointes , devant le saint sacrement.
« Et tout à coup j'entendis, non pas en idée, mais en moi, à mon oreille intérieure, comme je vous entends, j'entendis une voix qui me dit : Mais, Régina, tu rêves; elle y est, elle y est encore. Ne t'a-t-elle pas dit qu'elle avait son frère, un autre «lle-méme, son frère si semblable de visage et d'âme à «Ile que sa mère même ne les aurait pas distingués? Son frère qui t'aimera comme elle f aimait, puisqu'il eèt en tout pareil à elle et qu'elle t'aimait comme jamais sœur n'aima sa sœur jumelle? Son frère qui respire, qui vit, qui pense, qui sent «exactement et sous les mêmes traits sous lesquels elle respirait, vivait, pensait, sentait elle-même? Son frère, dans le cœur de qui, si nous nous rencontrions jamais, je retrouverais les mêmes prédilections que je regrette en elle et que nul autre être sur la terre ne pourrait me rendre que lui !
« Cette pensée, me disait Régina, entra dans mon