‹ Nouvelles confidencesChapitre 91 sur 160 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

(c une hallucination 9 tout ce que tu voudras; mais ce je vivrais mille et mille années, et je tiendrais le ce pinceau de Raphaël, le ciseau de Canova, le cla* <c vier de Rossini, la plume de Pétrarque, et j'écrirais, (K je chanterais, je peindrais, je sculpterais ma pensée « pendant des milliers d'heures, que je n'essayerais ce pas d'égaler jamais ce que je vis dans ce rayon ! « Une jeune figure d'environ seize ans, toute vêtue a de noir, comme un cyprès qui sort d'un pavé de n marbre, grand, souple, élancé sur sa base, les « épaules transparentes à travers un filet de som- <c bres dentelles, les bras arrondis, la taille ondulée a et déjà demi-pleine, faisant éclater l'enveloppe de ce soie qui se collait aux lignes de son corps, comme <K le tissu de lierre déchiré çà et là par la blancheur ce du marbre qui se colle aux genoux et aux hanches <c d'une statue, dans le jardin Pamphili, la tête un « peu inclinée, les mains jointes par ses doigts en- « trelacés sur ses genoux autour d'un de ces gros c( bouquets de toutes nuances que les paysannes ce d'Albano viennent vendre à Rome, et qu'elles ce nattent en mosaïque de fleurs ; des cheveux rattaa chés en deux ou trois grosses boucles sur sa tête ce par deux longues épingles semblables à des stylets ce à manches de perles. Ces cheveux blonds frappés « du soleil rejaillissaient aux yeux en véritables ce éblouissements métalliques de gerbes d'or. Quant ce au visage, je n'essaye pas ; j'effacerais autant de

« mots que j'en écrirais pour peindre rinexpnmable; « d'ailleurs, il y avait autour de tous les traits, de « toutes les lignes^ de 4outes les teintes de la peau, ce de toutes les expressions de la physionomie, une « atmosphère et comme un rejaillissement d'âme, de « jeunesse, de vie, de splendeur, tel qu'on ne voyait « pas ces traits, ou qu'on ne les voyait qu'à travers « un éblouissement, comme on ne voit le fer rouge (c qu'à travers sa vapeur ignée dans la fournaise. Ce (c visage transpercé de part en part par la lumière, ce tant la carnation en est limpide, se confondait si ce complètement avec les rayons par la transparence ce et la couleur blanche et rose du front et de9 joues, c( qu'on ne pouvait dire ce qui était du soleil et ce qui « était de la femme : où commençait, où finissait le ce rayon du ciel et la créature. céleste. C'était, si tu ce veux, une incarnation de la lumière, une transfiee guration des rayons du soleil en visage de femme, ce une ombre de visage entrevue au fond d'un aroneni( ciel de feux ! Mais bah ! efface tout cela, ou ne le ce Us pas; c'était ce que tu as rêvé peut-être dans a . rheure la plus amoureuse de tes inspirations pour ce fondre d'un regard un cœur insensible dans un ce cœur d'homme ! Ce que tu n'as jamais pu dire; ce ce que Raphaël a entrevu dans ses dernières touches, ce quand il devenait plus homme et moins mystique ; c( un visage entre la Yierge et la Fôrnarina, divin par ce la beauté, féminin par l'amour ! de ces yeux qui,

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