LIVRE DEUXIÈME
(c renyoie-moi ton image et ton cœur dans Tiniage a et le cœur de ce frère que tu aimais tant! qui te « ressemblait tant ! Et elle me répondait, ajouta-tic elle avec un gesle d'affirmation surhumain : Oui. ce Elle me répondait : quelque chose me disait qu'elle c ressusciterait pour moi en vous, et que de son «c tombeau, là> comme vous êtes sorti, sortiraient « son image et son amitié pour moi, sous les traits « et sous le nom de son cher Saluce !... Est-ce vrai? « Me trompait-elle en me le promettant? Serez-vous « un ami comme elle était pour moi ?
« — Oh ! c'est maintenant moi qui crois au mirage cle, Régina ! m'écriai-je. Un ami, un frère, un..... 1
ce —Taisez-vous! me dit-elle, en mettant un doigt « sur ses lèvres et en couvrant sa physionomie rayon- <( nantè d'un voile qui sembla tout éteindre sur ses « traits. Je suis mariée!.,. Je suis princesse***. Ils le « disent du moins dans Rome, mais mon cœur ne « me le dit pas. Depuis Clotilde, je ne l'ai donné à « personne; je l'ai gardé à moi toute seule, yoyez- « vous, pour le rendre à celui seul pour qui elle le « voulait! C'est elle qui vous a dit de venir, enfin, « n'est-ce pas? »
tf Enfin, mille choses vives, naïves, enfantines, « étourdies , soudaines , inattendues , enivrantes , ff qu'une jeune fille de ton côté des Alpes ne dirait « pas en dix mois, quand même elle les pienserait ! A C'est moi qui étais interdit! C'est elle qui me ras-
(( surait, qui mesuppliait^ qui me familiarisait à elle^ « comme si j'avais été simplement une sœur retrou- (c vée, une sœur plus âgée qu'elle et devant laquelle « elle aurait eu à la fois les élans de la tendresse et « les puérilités de l'enfance !
« Et tout cela sortait d'un regard où le ciel étin- « celait sur une rosée de larmes de joie; d'un cœur « que je voyais battre sous sa légère robe de soie, et « dont les battements m'auraient compté, sans que a je les sentisse, les heures de l'éternité!... Oh! je « m'arrête ! Je ne puis plus écrire; je ne puis qu'ou- « vrir ma fenêtre, lever les yeux vers ces étoiles d'où « ma sœur m'a envoyé ce divin rayon sur ma vie, et a regarder couler le Tibre, qui n'a jamais emporté un a pareil éblouissement des yeux d'un mortel dans le (c scintillement de ses flots! Je te dirai une autre fois « ce que je répondis.
« P. S. Il suffit que tu saches que cette conversa- (c tion dans le jardin du cloître, les yeux sur la tombe ce de son amie et de ma sœur, dans ce silence lumi- (c neux du milieu du jour, dura sans être interrompue « jusqu'à VAve Maria; que sa nourrice, qui la cherce chait vainement dans les jardins, vint enfin l'a trouce ver assise à côté de moi sur le banc ; qu'elle me ce mena en bondissant vers cette femme qui l'adore, tf en me poussant dans ses bras, en battant des mains ce et en lui criant : ex C'est lui ! » qu'elle me présenta « à sa grand'mère infirme, par qui je fus recueilli