LIVRE DEUXIÈME
(c comme un fils ; qu'elle me mena dans la cellule de « ma pauvre sœur, devenue aujourd'hui la sienne, et c< toute tapissée de ses souvenirs; qu'elle se jeta à fc genoux devant un portrait de Glotilde suspendu au ic pied de son lit, et qu'elle lui dit en le voilant : a Je a n'ai plus besoin de toi; j'ai ton image vivante. Il « est là! J'y suis! regarde-nous! Nous allons nous c( aimer comme autrefois, en ton nom ! »
a Qu'enfin elle me raconta, avec des larmes de ce dépit et un air d'incrédulité, son mariage, qui ne « paraissait pas l'alarmer sérieusement sur son ave- « nir; que je passai la soirée entre la grand'mère, la « nourrice et elle, dans le jardin du couvent et sur « la terrasse, à parler de Glotilde; que la porte du a couvent me sera ouverte tous lés jours pour aller « librement m'entretenir de ma soeur ; que je fais « partie de la famille, comme si leur chère Glotilde « avait véritablement ressuscité en moi pour elles ! « que j'ai les yeux éblouis, l'âme ivre, le cœur « noyé de sensations! que j'ai plus vécu dans cette « soirée que dans les vingt-trois années de ma vie, « et que si Dieu me disait de choisir entre un siècle à c( mon choix, sans elle, et la minute où j'ai vu Ré- « gina s'avancer, le bouquet funèbre à la main, vers « la pierre de ma sœur, puis relever son visage vers « moi dans un rayon de soleil, je n'hésiterais pas, mon '( ami, je prendrais la minute ! Elle contient plus de « délire qu'une éternité! Adieu, adieu, adieu! »