PREMIERE ORDONNANCE
Don Ferdinand VII, par la grace de Dieu, roi de Castille, de Leon, etc., etc., a tous les membrea de mon conseil, pre'sidens, re'geas, juges de mes audiences ou tribunaux, intendans, gouverneurs^ alcades majors et ordinaires de toutes mes bonnet villes, villages et bourgs de mes royaumes; tant a ceux qui, pour le present, exercent ces fonctions, qua ceux qui les exerceront a 1'avenir, et&. twites autres personnes que les ordres contenus dans mon ordonnance royale pourroient interesser d'une maniere quelconque. Sachezquemon secretaire d'Etat, de grace et justice, aexpedie', par mon ordre, une ordonnance datee du 29 du mois de mai dernier, adressee a mon conseil par les mains de son president , le due de 1'Infantado , de la teneur suivante :
Depuis que , par un effet de 1'infinie et particu- Here misericorde du Seigneur pour moi et pour mes fideles sujets, je me suis vu au milieu d'eux, re'tabli sur le trone glorieux de mes ancetres, j'ai recu' ; et
suit. LA spciji4 DBS j je recois jpurnelleEnent; encore, une multjtUide de representations qui m,'Qnt e'jte a,dress,ees <par les provinces ., yilles , villages fit -bp^vgs de inpn royauni-e;, les arcneveques, e-veques., des ecqlesiastiques , et meroe des seculieva, qui , tptis , m'ont donne des preuves de loyau^e et de devouemen'j; y et du .veritable interet qu'Us oat pris et pveanent an . bien temporel et spirituel de vnes, sujets , par les^quelles ,ils me supplient et me conjurent.(Je vouloir r^tablU' , dans tpujes les parties .de .a^euloBiinatioti , la Gompagnie de Jiesws, m'fngage^iat a waiter en cela 1'exemple d'autres ;souv6i-ain ds VEprope , et notamment celai de 3a Saintete, qiu a . .juge pQuvenable de i-evoqu^r le bref de Clement XI^ d^ %i juillet 177^, qui eteignit 1'qrdre des re'g,tv|iers de la Corapagnie de Jesus, en publiant la celebre eqn^tir tution du 21 aout de 1'an dernier : &ollicit.udQ amniurn Ecclesiamm. D'apres c.es instances si respecr tables, fai fait mpn possible, pour nvassurer., d'une maniere plus positive , de la faussete des accusations criminelles qui furent intentees opntre la Compagnie.de Jesus, par leurs rivapx, leurS'enjiemis,.qui Tetoient en meme temps de la sajnte religion de Jesus- Christ , qui est la premiere Ipi fondamentale dema monarchie, celle que mes glorieujf prede'e.esseurs ont -prote'ge'e <t (Je'fendue avec une Constance et une fermetft lie'rpicjues, remplissant en cela les obligations ,que leur imposoit le litre de Catlaolique qui leur a e te reconnect Test encore .par tousles souverains, zele et exemple ( qu avec le secours de, Dieu ) je veux et
CONSID^UATIONS i'espere siiivre; Je me suis enfin convaiacu queries ve'ritables ennemis de la religion et des trones etoient ces memes individus qui avoient travaille avec tant d'ardeur a rendre odieuseJa Compagnie de Jesus, a la faire dissqudre, et a perse'euter ses membres innocens, en eraployant contre eux la calomnie, 1'intrigue la plus vile, et ! les imputations les plus ridicules. L'experienee ra'bieri prou^e ; car, des que la Gompagnie de Jesus a ete dissoute par le triomphe de 1'impie'te , nous avons vu biehtot les memes ;moyens employes par les memes hommes, durant la triste e'poque qui vient de s'ecouler; pour faire disparoitre plusieurs trones, malheureitx'eve'nemens qui n'auroient jamais pu se verifier pendant 1'existence de la Compagnie , inexpugnable rempavt de la sainte religion de Jesus-Christ, dont les dogmes, les preceptes etles conseils sont les seuls qui : puissent former des siijets aussi digries et aussi vaillans 'que se sont mohtre's les miens pendant mon absence , au grand etonnement de tout ruhivers. Les memes audacieux ennemis de la Compagnie, ceux qui ont ten u contre elle et son saint fondateur, contre son institut et son re'gime inte'rieur , les propos les plus sacrile'ges, ont ete* cependant forces de convenir des progres rapides de son etablissement , de la consideration qu'elle a acquise ; ' de la sagesse et de la prudence admirables de son gouvernenient; qu'elle a ete d'une immense utilite' pour Fexeellente education de la jeunesse confie'e a ses soins, par le . zele ardent et 1'application constante de tous ses
SUH.LA. SOClT DES JESUITES.
menibres a Tetude deslanguesanciennes; que clestj en grande. partie , a leurs efforts constans que nous sommes redevables des grands progresde. la belle litterature et des sciences ; qu'elle a produit d'habiles professeurs dans idiffe'rentes branches; qu'elle peut raerae se glorifier d'avoir: fourni un plus grand nombre.de bons ecriyains que tous les autres. corps religieux minis ; que dans le Nouyeau-Monde ils ont illustre leurs talens, en les employ ant pour le bien et le soulagement de I'humanite' ; que les pre'tendus ; crimes qu'on leur a impute's ne regardoient que quelques individus; que la tres- grande majorite de ? la Compagnie des Jesuites s'occupoit constamment de 1'e'tude .des sciences, de la pratique du ministere -. de la religion , guides par les principes de la saine . morale , qui ont pour but d'e'loigner les hommes du, vice,,et de les conduire dans le sender de.la justice. ; etdelavertu. Nonobstant ce qui est dit ci-dessus, , comnie mon auguste aieul avoit renfernie' dans son coaur royal les justes et graves motifs qu'il dit avoir eus pour e'loigner tous les Je'suites de ses Etats , par sa pragtnatique sanction du 2 avrili^^; comme d'ailleurs j'ai une parfaite connoissance, de 1'esprit : de: religion qui ; I'animoit , de sa . sag^sse et de son ; experience dans Tart sublime et difficile de re'gner, et que .cette affaire , par sa nature , ses Tapports et ses consequences, doit etre traite'e et discutee dans mon conseil , afin que , d'apres son avis , je puisse adopter le. meilleur parti ; en. conse'quence , ; je lui ai adresse les diffe'rentes deraandes qui m'ont e'te faites
JVOUVELtES CONSIDERATIONS
pour le retablisseraent des Jesuites ; et je ne doute pas qoi'ii ne me donne les conseiis les meilleurs, ceux! qui conviennent le mieux a ma royale: personne, a mes Etats, et au bonheur spirituel et ternporel de mes sujets. Cependant , comme il ne peut pas me venir dans 1'idee que le conseil meconnoisse la necessite et i'utilite du r^tablisSement de la Compagnie de Jsus, et comm je suis plus vivement que jamais supplie de la re'tablir, j'ordonne que 1'Ordre des Jesuites soit provisoirement retabli dans toutes les villes et villages qui 1'ont redematide, inalgre ce qui se trouve ordonne par la susdite pragjnatiqe sanction du 2 aviil 176/7, inalgre' toute loi ou ordonnance royale posterieure, auxquelles je deroge , que je revoque et annulle, autant que besoiri est, pour que les villes et villages jouissent promptement du relablissement des colle'ges, hospices, maisons professes, noviciats, residences ' et missions qui s'y trouvoient-etablis;- et cela, sans pre'judke d'etendre ce meme etablissement a tous ceux qui existoient dans mes Etats , entendarit que tous ceux qui sont retablis par cette ordonnance royale, et ceux qui le seroient par la suite, soient sujets aux Ibis et ordonnances qu'il me conviendra dMtablir, tant pour la plus grande gloire etprospe'rite'de lamonarchie, que pour la meilleure economie et administration de la Gompagnie de J^sus, a laquelle je dois accorder tn a protection /ainsi qua tous les autres ordres religieux etablis dans mes Etats en vertude 1'autorite supreme et administra-
sun LA SOCIT) DBS J^SUITES. 279 tive que je tiens de Dieu pour gouverner mes sujets et fairia respecter ma couronne. Vous le tiendrez pout di-t , et le ferez savoir a qui il appartient, pour son execution.
Donnee dans mon palais , le 9 juin 1 8 r 5.
Moi LE Roi.
DEUXIEME ORDOWNANCE,
Dow Ferdinand VII, par la grace de Dieu,roi de Castille, de Le'on, etc. etc. a tous les membres de mon conseil , presidens , re'gens, jug;es de mes audiences ou tribiinaux, intendans, gouverneurs^ alcades majors et ordinaires de toutes mes bonnes villes, villages et bourgs de mes royaumes, tanta ceux qui, pour le present, exercent ces fonctions y qu'a ceux qui les exerceront a 1'avenir, et a toutes autres personnes que les ordres contenus dans mon ordonnance royale'pouiToient inte'resser d'une maniere quelconque. Sachez que , depuis que , par Finfinie mise'ricorde de Dieu, et la protection toute particuliere dont la Providence a use* tant a mon egard qu'envers mes tres-loyaux et bien-aime's sujets , je me suis vu re'tabli sur le trone glorieux de mes ancetres,je n'ai cesse de recevoir de continuelles representations des provinces , villes, bourgs et hameaux de mon royaurae , qui m'ont ete adressees par les -RR-. archeveques , eveques, et autres prelats et autres seculiers. Toutes tendoient a me supplier,
aSo WOUVELLES CONSIDERATIONS/
clans les termes les plus expressifs ,; de voulqir Mir dans mes Etats la Compagnie de Jesus;; me repre'sentant les grands avantages qui en rgsulteroient pour mes sujets - } m'exhortant a suivre en cela Fexemple respectable d'autres souverains de TEurope; et notarament celui de Sa Saintete, qui n'a pas cru pouvoir se dispenser de re voquer le bief de Clement XIV, du 2 1 juillet i j 7 3 , par lequel 1'Ordre des Jesuites fut e'teint, et d'expe'dier la ce'lebre constitution du 21 aout de 1'anne'e derniere. qni com-
mence ainsi ,:. Solliciludo omnium Ecclesinrum.
Comme cette affaire, par sa nature, ses rapports et ses consequences, meritoit d'etre exaniine'e, et discute'e dans mon conseil , , pour que ; d'apres son avis, jepusse.prendre une re'solution sage et reflechie , je lui renTOy;ai les representations qui.m'avoient e'te' faites. Mais en meme temps, ne pouyant pas soupconner que mon conseil ne sentit vivement.la ne'ces-, site et 1'utilite du retablissement de la Compagnie, de Je'sus, qui etoit demande avec de nou.veiles instances, je jugeai convenable de rendre mon drdonnance du 29 mai del'an dernier, que je comniuniquai sous la meme date , par laquelle j'ordonnai par interim le retablissement de TOrdre des Je'suites dans toutes les villes et bourgs qui le de'siroient, nonobstant la pragmatique sanction ;du 2 avril 1767, et toutes les loisetovdonnances royales poste'rieures^ que fannullai pour effectuer le prompt retablisse-, ment des colle'ges, hospices , maisons professes, noviciats , residences et missions dans les villes et bourgs
SUB. LA SOCliTti bES jistflTES. 281
ci-dessus mentionnes -, sans prejudice d'etendre ce retablissement a tous ceux qui avoient existe dans mesrovaumes, et afin que tons ceux qiitse trouVeroient retablis par cette ordonnance, et ceux qui le seroient en vertu de la resolution que je prendrai , de 1'avis de 'mon conseil, pour la plus graride gloire et prosperite de lamonarehie, cdmme pour la meilleure administration et economie de la Gompagriie, nsant en cela du droit de protection que j'accorde a toutes les institutions religieuses de mes Etats , eUde Fautorite supreme administrative que le Tout-puissant a de'pose'e entfe mes mains pour travailleivau bonheur de mes sujets, et fairs respecter ma -c-ou- rouiie. Ann d'ellectuer ma royale- disposition , j'ai expe'die' mon ordonnance du 9 juin de la meme anhee. Par une autre du 19 octobre suivant, j'ai cre'e' une commission spe'ciale, cliarge'e de proce'der au retablissement des Je'suites dans toutes les villes, bourgs ou villages qui ravoient sollicite'. Je lui ai accorde' Pautorite et juridiction necessaires pour cet objet, ordonnant que les bureaux des ministres d'Etat, ceux de la justice , des conseils, des tribunaux , des archives et autres depbsitaires de titres ; lui fournissent tous ceux qu'elle reclameroit > ainsi que les renseignemens qu'elle jugeroit ne'cessaires, lui.enjoignant de me consulter sur tous les r ecours qu'exigeroient ma royale approbatibn, et de me rendre compte, par les ministres d'Etat et de justice, de
1 avancement d'une affaire aussi importante. Mon conseil, apres avoir entendu les gens du Rbi,ayant
.WOtr.YKI.LES CONSIDERATIONS
verifie et discute la consultation que j';ad camnaiseia ses soinsleaa Janvier, j'ai:juge convenable de prendre la resolution suiyante :
J'ordonne que la permission que j'ai accordee par mon ordonnance du 39 du mois de mai dernier, derogeant a la pragmatique sanction, aux lois, et ordonnances royales qui y sont cite'es , pour le reta-; blissement de la Compagnie de Jesus dans les villes et bourgs qui me Font demande a cette e'poque , s'etende generalemeiit , et sans aucune limitation , a tons mes Etats, tant a ceux d'Espagne qu'aux Indes et iles adjacentes, dans lesquelles elle se trouvoit etablie lors de son bannissement. J'autorise et donne tous les pouvoirs necessaires aux supe'rieurs actuels, eta ceux qui le seront a Tavenir , afin qu'ils puissent retablir 1'usage et la pratique de la vie relir gieuse ? 1'exerqice de leur profession , en se confoi> mant en tout a 1'institut et aux regies de leur saint fondateur,, "appro uves par les souverains pontifes, et a la deraiere dqclaration de Sa Saintete,, dans la constitution apostplique qui commence: SoUiciludo omnium Ecclesiarwn , donne'e a Rome, le .5 4u n>ois d'aout 1814. Youlant que le retablissement de la Gompagnie s'effectue avec la promptitude que je de'sire, et qui convient pour le bien spirituel et temporal de mes royaumes, j'entends et pretends qu'on lui rende et restitue les maispns, colle'ges, eglises, hospices, habitations, biens et rentes qui lui furent saisis a 1'epoque de son expulsion , qui existent dans ce moment, sous lobligation d'en rem-