Nouvelles considérations sur la fièvre jaune
Il n’est peut-être plus actuellement de médecin qui croie a la contagion delà fièvre, jaune , d’une manière aussi absolue cpi’on Je faisait avant nos efforts pour déraciner cette erreur. On se contente généralement de dire que cette fièvre est par fois contagieuse, et que, d’autres fois< elle ne l’est pas. Cette opinion mixte, dont aucune maladie ne présente d’exemple , me paraît avoir été imaginée par des conlagionistes, cédant péniblement à l'évidence des faits. M. Kéraudren, dont
* Extrait du Journal universel des Sciences médicales.
fcliacun , ainsi que moi, honore le mérite et le caractère, n’a dû admettre celle idée nouvelle que dans l’intérét des devoirs rigoureux que lui impose la place qu'il occupe près de l’administration. Il a senti combien serait pesante sa responsabilité, s’il s’abandonnait à l’opinion des non-contagionistes, avant que toutes les preuves en soient acquises irrévocablement, et s'il en faisait subir de suite les conséquences au régime sanitaire. Loin donc d’accuser M. Kéraudren ' d’erreur, je loue sa prudence; et, en le combattant franchement, je crois le servir à son gré, parce que rien ne lui importe plus que la conviction sur une question aussi délicate et d’un si haut intérêt.
Dans des considérations préliminaires, après avoir disserté sur les causes locales qui peuvent amener le développement de la fièvre jaune , ce médecin se livre à l’examen de plusieurs des phénomènes qu’elle présente. Il établit ensuite une comparaison fort ingé nieuse entre ces phénomènes et d’autres analogues qu’on retrouve dans le scorbut aigu et surtout dans le mordus maculosus hemorragicus. 11 conclut qu’elle forme une maladie spéciale peut-être hémorragiques la quelle on donnerait le nom de mordus flavus hemor ragicus (i) Rien jusque-là ne spécifie une maladie contagieuse, une maladie importée.
(i) De la fièvre jaune observée aux Antilles, et sur les vais seaux du Roi , considérée principalement sous le rapport de s transmission. Pans, 1828, in-8°. page 4.
M. Kéraudren parle d’une méthode de traiter la fièvre jaune avec des préparations huileuses, administrées de diverses manières par les Mexicains { i), ainsi que de modifications apportées à cette méthode par M. Bonnardel , chirurgien-major de la frégate de S. M. U Antigone. Quelques succès semblent avoir couronné les essais de ce genre de médication; mais ils ne sont ni assez marqués, ni assez en rapport avec la marche de cette maladie, caractérisée par trois époques , pour qu’un traitement empirique puisse être admis généralement.
Les considérations préliminaires se terminent ain^ si (2) : « si l’on parvient à démontrer que la fièvre jaune n’est jamais contagieuse, cet important résultat devra être la récompense des peines, des sacrifices et des travaux de M. le docteur Chervin. Ce médecin a consacré plusieurs années à parcourir les îles d’Amé rique , les États-Unis et l’Espagne, pour observer le caractère de cette maladie et recueillir sur sa nature l’opinion des médecins qui, dans ces pays, ont eu fréquemment l’occasion de la voir et de la traiter. »
Personne assurément plus que moi ne rend hommage au zèle , aux lumières , au courage et au désintéressement de ce savant; mais la justice distributive voulait que le Français qui le premier a proc amé cet important résultat chez le peuple anglo-américain, eut
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quelque part à l’éloge. C’est ce que n’a pas manqué de faire l’illustre Volney (i). Après avoir décrit en traits de feu l’épidémie formidable qui régna à Philadelphie en 1793, dans laquelle le mal fut regardé comme contagieux et pestilentiel, et son atteinte comme incurable , il dit : « le hasard voulut que, dans ces circonstances, un médecin fugitif du cap incendié, fut conduit à Philadelphie, où il eut occasion d’ètre appelé; et, appliquant au mal dont il avait vu les analogues à Saint-Domingue, le traitement de l’École française, il obtint des succès qui attirèrent l’attention du gouvernement et qui le firent placer à la tète de l’hôpital Bush-Hdl. Le compte qu’il rendit l’hiver suivant de sa méthode curative, ne fait pas moins d’honneur à son cœur qu’à son esprit (2), puisque ce compte répandit des idées neuves et salutaires dans tout le pays. « La modestie ne me permet pas de porter plus loin cette citation; et je ne me suis déterminé à la faire que parce qu’on semble me dénier aujourd’hui , par le silence du moins, la part que j’ai prise et l’influence que j’ai eue dans l’éclaircissement de la plus importante des ques-
(1) Tableau du climat et du sol des États-Unis de l’Amérique; tome 2 , pages 329 et suivantes.
(2) Recherches et observations sur les causes et les effets de la maladie épidémique qui a régné à Philadelphie, depuis août jusqu’en décembre 1793. E11 anglais et en français, in-8°, 1793; par J. Devèze , médecin de l’hôpital Bush-Hill , consacré au traitement de la fièvre jaune , chirurgien-major et médecin en chef de l’hôpital militaire établi par le gouvernement français.
ions de médecine; question qui a fait l’objet continuel de mes méditations et de mes divers écrits. Cependant le Medical Repository , journal de médecine rès-estimé, qui s’imprime à New-York, m’a rendu la ustice la plus étendue à cet égard et à diverses reprises. Ma conduite sous ce rapport a été également citée honorablement par un liomme qui emploie d’imnenses talens à servir son roi et son pays; je parle le S. E. M. Hyde de Neuville. Voyez le Moniteur lu 1 1 avril i8a3.
La première partie du travail de M. Kéraudren, conient V examen des moi ifs d’ après lesquels on prétend que ci fièvre jaune n est jamais contagieuse . «Les médecins le la Martinique et de la Guadeloupe, dit Fauteur, consultés en 1819 , par S. E. le ministre de la marine, »ur la question de savoir si, dans leur opinion, la lèvre jaune était ou n’était pas contagieuse, ont, >our la plupart, embrassé la négative (i). » C’est à les éfuter que cette partie de l’ouvrage est consacrée. Ysons la valeur des moyens de réfutation :
i°. Je ne conviens pas avec l’auteur que les non- 'ontagionistes prétendent prouver que la fièvre jaune l’est pas contagieuse, parce qu’ede est épidémique : :e serait, en effet, fort mal raisonner, et il est imposable de les en accuser sérieusement. Tous, au conraire, ont pris soin, pour s’entendre, de distinguer e contact en contact direct et en contact à distances,
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ét Ont dit que toutes les maladies qui, hors du foyer où elles ont pris naissance, ne se communiquent jamais de l’une ou de l’autre manière , et qui attaquent beaucoup de monde à la fois, sont simplement épidémiques et non contagieuses.
20. Des tableaux destinés à prouver que la fièvre jaune n’a pas régné épidémiquement militent en faveur de l’opinion des non~contagionistes (i). Ils pré» sentent dans les mêmes hôpitaux des fièvres jaunes des phthisies, des dyssenteries et autres maladies va riées, sans que la contagion se communique. Le: phthisiques, les dyssenteriques, meurent ou vivent i côté des pestiférés , sans qu’il y ait mélange de mala die. C’est ce qui s’observe toujours et partout. A quo tient ce phénomène? A ce que les hôpitaux où l’or porte les malades atteints de fièvre jaune sont situé: ordinairement loin du foyer de la maladie et dansur lieu sain; en sorte que les malades peuvent y êtr< approchés, touchés et soignés impunément.
3°. De ce que la fièvre jaune borne assez souven ses ravages à l’enceinte d’une ville, même à un seu quartier, ou à un établissement particulier, ou enfui à un seul vaisseau dans une division navale , composée de plusieurs, l’auteur conclut qu’elle n’est pas essentiellement épidémique, et que sa marche est plutôl celle des maladies contagieuses (a). Je ne puis admettre
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cette conséquence. La fièvre jaune s’attache essentiellement aux lieux qui la font naître; elle est inhérente aux causes locales qui ont servi à son développement. Si elle était contagieuse, elle ne tiendrait ni au sol ni au bâtiment qui en forment le foyer; et, comme la variole, elle serait transmise à toutes distances par les choses et les personnes. Sans le vouloir, l’auteur fait ici le procès des quarantaines et des cordons.
4°. J’applaudis avec l’auteur à la sage précaution que l’on prend aux Antilles de diriger les bâtimens infectés de fièvre jaune vers le nord, Terre-Neuve ou les îles Saint-Pierre et Miquelon (i). Mais, pour que cette mesure fût plus efficace, il faudrait avant tout les assainir; autrement, ils portent en eux-mêmes les causes locales du développement de la maladie jusque près des régions boréales. Ce sont de véritables foyers de fièvre jaune voguant, où les équipages puisent la pestilence. M. Kéraudren parle de cinq vaisseaux de ligne arrivés des Antilles sur la rade de Brest, dans l’automne de 1802, ayant encore à leur bord, avec nombre de convalescens, quarante-deux personnes atteintes de la fièvre jaune à l’état aigu. Ces malades furent débarqués au lazaret de Triberon ; vingt-trois succombèrent (2). M. Michelot, sous-lieutenant des douanes, de service depuis plusieurs jours, à bord d’un de ces bâtimens, le Tourville , y contracta la ma-
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