‹ Nouvelles considérations sur la longévité humaineChapitre 1 sur 6 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Lorsqu'en 1836 je publiai le Médecin de l'âge de retour et de la vieillesse , ou Conseils aux personnes des deux sexes qui ont passé ïâge de quarante-cinq anSy je cherchai à appeler l’attention publique sur les avantages qui pouvaient résulter d’une longue vie exempte d’infirmités ; et, dans cet ouvrage qui a reçu, tant en France qua l’étranger, un accueil honorable attesté par plusieurs éditions et une traduction allemande, j’ai consacré un chapitre à la longévité humaine dont j’ai choisi les exemples les mieux avérés, dans les temps les plus rapprochés de nous, pour les

comparer à ceux de l’antiquité dont ils ne s’éloignent pas, comme on le croit communément.

PI usieurs années après, en 1854, un de nos plus célèbres physiologistes, M. le professeur Flourens, a repris ce sujet si intéressant, Ta rajeuni , comme il le dit lui-même, et lui a donné un plus grand retentissement par l’autorité de son nom et l’éclat de ses travaux antérieurs ( 1 ) .

Dans ces Nouvelles considérations sur la longévité humaine , mon principal objet est de faire connaître, par une foule d’exemples contemporains, auxquels on me permettra, vraisemblablement, de joindre le mien :

1° Qu’il est plus facile qu’on ne le pense, de se préparer une longue et heureuse vieillesse, sans s’imposer de pénibles privations;

2° Que, dans l’état actuel de la civilisation, avec les secours que nous prêtent, aujourd’hui, les sciences physiques, médicales et naturelles, les progrès de l’économie politique, la surveillance plus attentive et plus éclairée de l’administration publique sous le rapport de la salubrité, l’accroissement de l’aisance générale et de l’in-

struction populaire qui font faire tant de progrès à l’hygiène privée, autrefois si négligée, que toutes ces circonstances, dis-je, doivent rendre moins difficile la prolongation de la vie, et faire arriver un plus grand nombre d’individus à l’âge où ils acquièrent le complément de toutes leurs facultés physiques, morales et intellectuelles.

Quel plus noble but peuvent se proposer le philanthrope, le médecin et l’économiste ?

J’aime à croire qu’il est réservé à notre siècle d’approcher de ce but, peut-être de l’atteindre, et de commencer, à l’intérieur de notre belle patrie, ces conquêtes pacifiques et glorieuses, promises par une bouche auguste, conquêtes qui ne coûteront ni sang ni larmes, et qui feront faire un pas immense à la civilisation.

Pourrait on méconnaître, en effet, les avantages qui résulteraient, soit pour les individus, soit pour la société tout entière, d’une vie assez longue pour que l’homme pût acquérir et exercer toutes les facultés que comporte sa nature ? Or l’immense majorité des générations , chez les nations les mieux administrées, n’arrive pas

encore à l’âge où l’homme a toute sa valeur, où il est en plein rapport, si l’on me permet celte expression.

C est donc un important service à rendre, que d indiquer les moyens par lesquels, à l’époque où nous vivons, il est possible d’élever le chiffre de la vie moyenne, qui, lors de ma naissance, en 1777, n’atteignait pas 23 ans en France, qui, en 1798, d’après les calculs du savant professeur Hallé, était de 26 ans et 3 mois, s’élevait, en 1 836, au chiffre de 33 ans, et qui est aujourd’hui de 39 ans pour la population française prise en masse.

Le but que mes vœux poursuivent ne saurait être chimérique, car, dans notre heureuse patrie, quelques départements jouissent déjà de l’avantage que je voudrais étendre à la France entière; et puisque, dans la courte période de 26 ans (de 1836 à 1863), la vie moyenne a gagnésix années chez nous, ne peut-on pas espérer qu’avant la fin de ce siècle elle en aura gagné au moins autant, par les progrès que fait journellement, à la faveur de l’instruction plus répandue et de la vigilance

de l’administration, l’hygiène tant publique que privée; puis, en second lieu, par l'effet des travaux d’assainissement entrepris dans la plupart de nos villes, à l’exemple de Paris, de Lyon, de Marseille, etc., et dans nos campagnes insalubres où des fermes modèles, des écoles agronomiques et des domaines impériaux donnent l’impulsion aux utiles opérations du drainage , au dessèchement des marais, à la suppression graduelle des étangs, à la distribution régulière des eaux courantes, et à une foule d'améliorations auxquelles prennent part soit le gouvernement, soit beaucoup de propriétaires qui s’honorent de contribuer à la prospérité du pays?

Dans cette ère nouvelle de progrès, j’ai lieu d’espérer que la classe la plus éclairée de la société donnera quelque attention aux considérations nouvelles que je viens ajouter à ce beau sujet delà longévité , et que l’on cessera de croire à la difficulté d’obtenir ce précieux avantage, quand on voudra bien n’écouler que la voix de la raison et éviter tout excès nuisible.

Sans doute, on ne jette point l’ancre dans le

fleuve de la vie, pour parler le langage de Bernardin de Saint-Pierre; mais, en continuant cette brillante métaphore, ne peut-on pas dire que, sur ce fleuve qu’on ne remonte jamais, il est, néanmoins, possible de voguer avec plus de sécurité, et surtout avec plus de lenteur? Il est nécessaire, pour cela, de mieux connaître ses courants, ses détours, ses récifs, et de côtoyer ses bords les moins dangereux. '

C’est une élude à laquelle peu de médecins se sont appliqués, mais qui a été l’objet de mes méditations depuis plus d’un quart de siècle, étant moi-même intéressé au succès de cette navigation, où je suis engagé depuis plus de dixsept lustres, pendant lesquels j’ai su franchir, jusqu’à présent, tous les écueils, mais qui m’entraîne, irrésistiblement, vers celui contre lequel nous devons tous échouer.

Je m’estimerais heureux si les conseils de mon expérience pouvaient éloigner, pour quelquesuns de mes lecteurs, le terme de l’inévitable naufrage.

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