SUR
Une longue vie exempte d’infirmités a été, dans tous les temps , le premier vœu de l’homme, surtout de celui qui est placé au-dessus du besoin, et depuis l’origine de la médecine, beaucoup d’observateurs ont cherché à déterminer les conditions capables de prolonger l’existence, et à déduire de leurs remarques certaines règles de conduite.
L’intérêt qui s’attache à un objet de celte importance a excité aussi, jusque dans ces derniers siècles, la cupidité de certaines personnes qui ont
voulu exploiter, à cet égard, la crédulité publique, en présentant, sous des noms pompeux ou sous le titre séduisant de secrets , certains procédés, certaines préparations chimiques ou pharmaceutiques qui ont eu plus ou moins de vogue à diverses époques (2).
Le père de la médecine, Hippocrate, et quel» ques philosophes de la Grèce, avaient déjà observé que le plus sûr moyen de reculer les bornes de la vie consistait, surtout, dans l’usage bien entendu de toutes les choses qui nous sont nécessaires, et particulièrement dans l’exercice modéré, mais continuel des forces musculaires.
L’art de les développer fut porté chez les Grecs au plus haut point de perfection sous le nom de gymnastique , et quelques médecins en faisaient une application si heureuse au maintien ou au rétablissement de la santé, que Platon luimême adressait à Hérodicus le singulier reproche de prolonger, par ce moyen, les plus chétives existences
On a cru pendant longtemps, et beaucoup de personnes croient encore, que, dans les premiers âges du monde, les hommes jouissaient d’une
force extraordinaire, avaient une taille gigantesque et fournissaient une carrière infiniment plus longue que de nos jours. Cette opinion paraissait conforme au texte de la Genèse, et la découverte faite, à diverses époques, d’ossements d’une grande dimension, qu’on rapportait à l’espèce humaine, semblait la confirmer. Mais, dans ces derniers temps, plusieurs savants érudits, et Hensler entre autres, cité par Hufeland dans sa Macrobiotique (*), ont fait voir que la chronologie des siècles les plus reculés était bien différente de la nôtre ; qu’avant Abraham , par exemple, l’année ne se composait que de trois mois, et qu’il en est aujourd’hui de môme chez quelques peuples de l’Orient; qu’après Abraham l’année s’est composée de huit mois, et que ce n’a été qu’après Joseph qu’on lui en a donné douze.
Cette conjecture paraît d’autant plus admissible, dit Hufeland, que, sion la repoussait, on serait fort embarrassé d’expliquer pourquoi la vie des hommes aurait été raccourcie de moitié, immé-
(*) Ouvrage traduit de l’allemand, par le docteur Jourdan, nouvelle édition. Paris, 1838, chez J. B. Baillière.
diatement après le déluge. Il ne serait pas moins difficile de concevoir pourquoi les patriarches ne se mariaient qu’à soixante, soixante-dix et même cent ans, difficulté qui disparaît, d’après la formule de Ilensler, car on obtient alors pour résultat l’âge de vingt ou trente ans, qui est aussi celui auquel on se marie communément, aujourd’hui, dans nos climats.
D’un autre côté, les naturalistes modernes, plus exercés que les anciens dans l’anatomie comparée, ont bien reconnu que les grands ossements qu’on attribuait à l’espèce humaine sont des ossements de cétacés ou de quadrupèdes du genre de l’éléphant et du rhinocéros, dont les espèces ont disparu de la terre.
Il est donc très-vraisemblable que la durée de la vie humaine pourrait être, de nos jours, ce qu’elle était du temps des patriarches, si les mêmes conditions dont ils ressentaient l’influence étaient susceptibles de renaître. Quelles chances de longévité leur donnaient, en effet, le doux exercice de la vie pastorale, le choix des contrées les plus favorables à la santé, l’heureux privilège des peuples nomades, le séjour en plein air sous un ciel toujours pur et dans un climat d’une
(température à peu près uniforme pendant toute I l’année, l’indépendance et la dispersion des familles sur un vaste territoire, la simplicité des mœurs, la tempérance, l’eau pure pour toute boisson avant la culture de la vigne, et pour nourriture le lait des troupeaux, la chair des jeunes animaux, les fruits de la terre ainsi que î les produits de l’agriculture naissante, le calme des passions qui ne s’exaltent, généralement, qu’au sein des populations agglomérées, et au milieu des intérêts divisés!
Pu is, indépendamment de tous ces avantages, ne méconnaissons pas celui très-important de la transmission héréditaire d’une organisation forte et vigoureuse, que n’avait encore point altérée aucun des virus ou principes contagieux connus aujourd’hui dans le monde.
C’est en se conservant exempte d’infirmités, par l’usage bien ordonné de toutes choses, c’est en survivant, pour ainsi dire, aux passions orageuses des âges précédents, que la vieillesse met le sceau au perfectionnement moral de l’homme. C’est, en effet, l’époque de la vie où la raison répand le plus pur éclat, lorsque les rcssorts de