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â2e> ainsi J1u'à la bienveillance de M. Perdonnet, président de l’association, la faveur d’y être admis, tant la loule était grande aux abords de l’amphithéâtre, qui n’a pu en recevoir qu’une très-faible partie.
A 1 aide d’un plan tracé sur une très-grande échelle, nous avons pu suivre les explications données, avec la plus parfaite clarté, par M. de Lesseps, relativement à l’origine du canal qui commence au port Saïd sur la Méditerranée, et se dirige du nord au sud, dans une longueur qui n’est pas moindre de 150 kilomètres, pour déboucher dans la mer Rouge à Suez, après avoir traversé une partie du désert, plusieurs lacs et quelques seuils dont le plus élevé de toute la ligne, et d’une étendue de 12 kilomètres, est le point de partage entre les deux vallées dont l’une s'abaisse vers la Méditerranée, et l’autre vers la mer Rouge. On devait y creuser une tranchée de 60 mètres de largeur, qui sera la largeur definitive du canal dans tout son parcours, et 20,000 hommes, au moment où parlait M. de Lesseps, étaient employés à couper ce seuil qui porte le nom d’El-Quisr (*).
« Le port Saïd, où le canal maritime prend son origine, est actuellement, nous a appris M. de Lesseps, une ville de 4,000 âmes, due à notre création, où nous avons nos ateliers, nos fabriques, nos approvisionnements et une partie de nos agents.
« Les 26,000 ouvriers qui travaillent, en ce moment,
O Une lettre d’Alexandrie, en Égypte, datée du 23 février 1 8f»3, annonce que ce seuil est tout à fait franchi, et que la tranchée est ouverte sur le dernier grand seuil, entre le lac Timrah et la mer Rouge.
au percement de l’isthmeysont levés par voie de recrutement en suite d’arrangement avec le vice-roi d’Égypte. Par suite de cet arrangement, qui n’enlève aucun homme à l’agriculture, nous donnons à nos travailleurs un salaire fixé à un taux au-dessus des salaires ordinaires. Nous les approvisionnons abondamment, et nous veillons à leur santé avec une sollicitude assez efficace pour que, dans ces foules, la mortalité n’ait pas excédé deux sur dix mille. Nous avons organisé pour eux des hôpitaux et un corps médical plein d’activité et de dévouement, que je suis heureux de proclamer dans cette enceinte consacrée à l’enseignement de la médecine. Nos médecins, nos ingénieurs, tous nos employés, tous nos ouvriers de l’entreprise, ont rivalisé de zèle et de cette persévérance qu’il faut compter parmi les traits caractéristiques de notre nation qu’on accuse à tort d’être légère; et je pense que le canal de Suez prouvera que nous savons persévérer. »
M. de Lesseps s’est attaché, dans cette conférence si intéressante, à discuter et à résoudre toutes les objections qu’on a faites, dans un esprit de jalousie, contre le succès de cette grande entreprise française.
Après avoir parlé du canal de navigation d’eau douce que nous avons emprunté à une branche du Nil pour alimenter nos travailleurs, et fournir l’irrigation aux terrains dont la compagnie est concessionnaire, M. Lesseps a charmé son auditoire en confirmant l’exactitude du récit de Moïse, et en montrant, sur la carte, l’endroit où le chef des Hébreux échappa à l’armée égyptienne, en s’engageant dans les dernières lagunes de la mer Rouge dont les marées sont de 6 pieds, passa
cette mer pendant la marée basse dont il avait calculé, la durée, et où la cavalerie de Pharaon fut engloutie, par imprévoyance, dans les flots de la marée haute.
De longs et unanimes applaudissements ont remercié, avec enthousiasme, notre illustre compatriote qui a bien voulu répéter sa brillante exposition dans une seconde séance.
Note 18.
Suivant les calculs de M. de Tréhonnais, un cheval vivant coûte 3 francs par jour ; un cheval-vapeur, dont la force est égale à celle de deux chevaux vivants, ne coûte que 1 fr. 30 c. tout au plus.
Sur une exploitation de 200 hectares qui emploie 28 chevaux pendant 248 jours de l’année, déduction faite des dimanches et fêtes et des jours de repos forcé, la nourriture seule de ces animaux, pendant 120 jours de chômage, se monte à 9,000 francs par an, tandis que le cheval-vapeur ne dépense que quand il travaille.
Les animaux de travail, consomment au moins le cinquième du produit de la terre cultivée ; en calculant les produits agricoles de la France, par exemple, à 5 milliards, on peut sûrement conclure que les animaux de trait coûtent à l’agriculture, pour leur nourriture seulement, un milliard par an.
En supposant que le sol de la France soit aussi bien cultivé qu’il devrait et qu’il pourrait l’être, les 34 millions d’hectares de sa surface, en calculant un cheval pour 10 hectares, devraient employer la force motrice
d’au moins 3,400,000 chevaux ou leur équivalent en bœufs. Si l’on évalue à 500 francs la valeur moyenne de ces chevaux, cela fait un capital de 1,700,000,000 que l’agriculture est obligé d’émettre pour le travail seulement. Maintenant qu’on calcule la dépense de cette énorme quantité d’animaux de trait à 3 fr. par jour ; chaque cheval coûte donc à peu près 1,000 fr. par an. 3,400,000 multipliés par cette somme donnent 3,400,000,000. En déduisant soit 100 fr. de chômage par an, chaque cheval fait donc 300 fr. de dépenses inutiles ; soit, pour 3,400,000 chevaux , la somme énorme de plus d’un milliard.
On voit, par là, de quelle importance serait, pour les pays de grande culture, l’emploi de la vapeur dans les travaux des champs.
« On ne peut nier qu’au point de vue moral, dit « M. Guy de Charnacé, l’introduction de la vapeur « dans les fermes ne soit le point de départ d’une nou- « velle vie pour l’ouvrier des champs. Appelé à diriger « cette force prodigieuse, il s’identifie, pour ainsi dire, « avec la pensée de l’inventeur, avec la science du con- « structeur. 11 n’est plus un simple manœuvre, un être « passif ; il devient une force intelligente, un homme « libre.
« Quel progrès et quel bien-être pour l’ouvrier, de- « puis le jour où ses bras devaient, avec le fléau, faire « sortir le grain de son enveloppe! »
Aujourd’hui, à l’aide de la vapeur et des instruments perfectionnés, l’homme voit son champ labouré et ensemencé, ses récoltes coupées et battues, et son blé séparé de l’ivraie. Son labeur ayant diminué, l’équilibre
s’°sl. eta^'’ et ceÜGséve humaine, sans cesse épurée par les efforts constants de la matière, a pu reprendre ■ son cours normal.
Ne peut-on pas espérer aussi que celte migration vers ies vHles puisse être détournée par l’appât d’un travail qui eieve I esprit en ménageant le corps, et par la certitude d’un salaire plus élevé, résultat nécessaire de la plus-value de la terre rendue plus productive?
Note 19.
Que de nouvelles et précieuses ressources n’offrent point aujourd’hui aux malades aisés les chemins de fer et la télégraphie électrique ? Combien ne regrettait-on pas, il y a peu d années, de ne pouvoir transporter en un jour, une poitrine délicate de Paris à Nice, pour h soustraire à l’influence de l’hiver ? Maintenant , pour lui procurer cet utile abri, il suffit de lui préparer un bon lit dans une diligence convenablement chauffée, et de 1 envoyer, sur les ailes de la vapeur, par un train express et en moins de vingt-quatre heures, goûter les douceurs de ce nid creusé au pied des Alpes maritimes redevenues françaises.
De là, le malade peut, s’il veut, transmettre à son médecin, par la télégraphie nouvelle, le bulletin journalier de sa santé, et en recevoir les avis dans quelques heures.
S’il faut une température plus élevée, la vapeur peut transporter le malade, en peu de temps, de Nice à Rome, à Naples et jusqu’à Madère dont le climat est si favorable aux santés les plus délicates.
11 en est de même pour parvenir promptement jusqu’aux eaux thermales ou minérales les plus accréditées, et pour consulter, en quelque contrée de l’Europe que ce soit, les célébrités médicales qui inspirent le plus de confiance, et qui peuvent même, quand on les appelle, franchir de très-grandes distances pour conférer ensemble au lit du malade, comme elles l’ont fait à l’occasion de la blessure du général Garibaldi.
Note 20.
C’est dans une séance de l’association britannique , tenue, en 1859, à Aberdeen, en présence du prince Albert, que cette idée se fit jour pour la première fois. On mit à l’étude un système de communications télégraphiques qui permit d’annoncer aux localités éloignées l’approche des tempêtes.
En ce moment, tout ce service fonctionne avec l’activité qu’apportent nos voisins dans la réalisation des idées directement utiles à leurs intérêts.
Note 21.
Un membre de l’Institut, M. Cabinet, s’exprimait en ces termes dans la séance du 10 février 1862, à l’Académie des sciences :
« En fondant un grand prix de 5,000 francs pour « l’application de l’électricité à la thérapeutique, « l’Académie des sciences a, par là, admis en priua cipe 1 utilité et 1 efficacité de cet agent mystérieux ; tt elle a fait appel aussi aux appareils propres à facili* « ter l’application du traitement de l’électricité et à en
« assurer le succès. Or la brosse Volta-électrique de « M. le docteui Ilolfmann a pris une place assez im- « portante dans la catégorie des appareils électro- « médicaux ; son efficacité a été constatée par un assez « grand nombre d’observations pour que le moment « soit venu delà soumettre au jugement de l'Académie.
u Cette brosse se recommande par sa construction « très -simple, son énergie électrique manifeste, « son action thérapeutique certaine, son emploi com- « mode, son prix modéré. Ce n’est, en réalité, qu’une u pile de \ olta, dont le pôle négatif s’épanouit sous un « nombre immense de pointes (4,000), je veux dire en a fils très-minces de cuivre argenté, implantés sur la « plaque de cuivre qui forme le dernier élément électrou négatif de la pile. Pour augmenter l’intensité du « courant électrique, on a ménagé dans le corps de la « brosse un vide où 1 on dispose plusieurs lames « minces, alternées de cuivre et de zinc, séparées par « des morceaux de flanelle humectés avec de l’eau saa lée, de manière à former plusieurs couples de Voila.
« Lorsque le malade fait lui-même usage de la « brosse, le circuit est fermé et le courant circule. 11 a frotte avec douceur, circulairement ou longitudina- « lement, mais toujours dans le même sens; on peut « aussi laisser la brosse en piace pendant un temps « plus ou moins long. Si c’est une personne étrangère a qui manie la brosse, il faudra que, en même temps « que sa main droite un peu mouillée saisit le zinc, sa « main gauche humide appuie surjlajpeau d’une région « du corps voisine de la partie malade.
« Dans son programme de prix, l’Académie signalait,
a commeguérissables surtout par l’électricité, les affec- « tions des systèmes nerveux, musculaire, vasculairo a et lymphatique, et c’est précisément à ces affections 4 que la brosse Volta-électrique s’adresse; c’est dans 4 leur traitement qu’elle présente des avantages et « une efficacité incontestable, ainsi que le prouveront a et les observations déjà nombreuses qui seront souoc mises à la commission que l’Académie voudra bien 4 nommer, et les expériences qu’elle voudra, sans aucr cun doute, faire répéter sous ses yeux. »
L’Académie a nommé, dans la même séance, MM. Babinet et Jobert de Lamballe rapporteurs.
La découverte de Y éthérisation a réalisé un immense bienfait en supprimant la douleur, regardée jusqu’alors comme inséparable de toute opération chirurgicale. Cette merveilleuse découverte est due au docteur américain Charles Jackson, professeur de chimie à Boston, qui constata, par une expérience faite sur lui-même, que l’inhalation prolongée de la vapeur d’éther sulfurique suspendait complètement la sensibilité et le mouvement volontaire.
Le docteur Jackson fit part de sa découverte au dentiste américain Morton, qui essaya, avec un plein succès, Y éthérisation sur ses clients en 1846.
Cette nouvelle arriva bientôt en Europe, et dès les premiers jours de l’année 1847 les chirurgiens des hôpitaux de Paris avaient, chez un grand nombre d’opérés, employé Y éthérisation avec le même bonheur et
to„ndêr(*rcès que ,eurs confrères de Bos,°n ei d°
On ne tarda pas à reconnaître que beaucoup desub-
tzzti? *drisirécs *■
ù des degrés d.vers, |es effets de Y éther .ulfuriqur tels chlorh'J<lrique, le chloroforme (”), Y éther 'azoteux, 1 Cther azotique, ïélher acétique, Yamylène et plusieurs autres agents. J
. De t0U[CS ces substances, la pratique chirurgicale n en a utilise que trois, Véther sulfurique, le chloroforme et 1 amylène. Les autres ont été abandonnées à cause d inconvénients divers qu’elles présentent suivant leur nature, tels que leur prix, la difficulté de la préparation ou de l’administration, des propriétés organoeptiques fâcheuses ou répugnantes, enfin des particularités défavorables dans la production de l 'anesthésie sous le rapport chirurgical.
La connaissance des propriétés anesthésiques du chloroforme est due à notre illustre physiologiste M. Flourens, qui a annoncé le résultat de ses expériences à
l’Académie des sciences dans la séance du 8 mars
Peu de temps après, M. Simpson se servit du chloroforme pour obtenir Y anesthésie chirurgicale ; il fit part
( ) Bulletin de V Académie impériale de médecine de Paris 18 i 7, t. XII, p. 226. ’
O Le chloroforme a été découvert eu 1831 par deux chimistes. Soubeiran en France, Liebig en Allemagne, ont rencontré presque en même temps ce produit remarquable, en étudiant certaines combinaisons chlorées. Mais la connaissance delà véritablecomposition chimique du chloroforme est due à notre célèbre Du-
mas.
de ses premiers essais, couronnés d’un succès complet, à la Société médico-chirurgicale d’Edimbourg, le 10 novembre 1847. Les essais de M. Simpson furent immédiatement répétés en France, où, depuis cette époque, le chloroforme a été, dans la pratique des chirurgiens, substitué à Y éther , en raison des avantages qu’il présente pour ce service, sous le rapport de la facilité d’administration, de la promptitude d’action et de 1’efFet anesthésique développé, sans donner lieu à une sensation désagréable et un malaise qui accompagnent souvent l’emploi de l’éther.
Après avoir expérimenté Yamylène sur les animaux, M. Snow l’employa chez l’homme, pour la première fois, le 10 novembre 1836, et fit connaître les résultats obtenus, le 10 janvier suivant, à la Société de Londres. En France, c’est à M. Giraldès qu’on doit les premières applications de Yamylène , suivies des essais de M\I. Buisson, Chassaignac, Demarquay, etc. Mais les espérances que l’on avait pu concevoir à l’apparition du nouvel anesthésique ne se sont pas réalisées, et l'emploi thérapeutique de Yamylène ne s’est pas étendu.
M. le professeur Flourens a déterminé expérimentalement l’action des inhalations d'éther sulfurique, d’éther chlorhydrique et de chloroforme sur l’axe cérébro-spinal. a Quand on soumet, dit-il, un animal aux inhalations d’éther sulfurique , ses centres nerveux perdent successivement leurs forces dans un ordre donné ; les lobes cérébraux perdent d’abord leurs forces, c’est-à-dire l’intelligence; puis le cervelet perd la sienne, c’est-àdire l’équilibration des mouvements de locomotion; puis la moelle épinière perd les siennes, c’est-à-dire le
principe du sentiment et le principe du mouvement.
, fi" a mocll° allon8ée survit seule dans son action c est pourquoi l'animal survit aussi; mais il ne faut pas aller plus loin, car alors la respiration cesse, le cœur S arrête bientôt après, et la mort arrive. »
Il n’est pas étonnant que, aux débuts de l’emploi des anesthésiques qui excitaient tant d’admiration dans le mon e medical, on ait éprouvé des revers regrettablesma.s des études plus approfondies et les expériences nites sur les animaux vivants ont singulièrement perlectionne, de nos jours, la méthode de l’éthérisation dont elles ont écarté tous dangers.
Dès 1 annee 1855, la Société médicale d’émulation do Pans a nommé une commission chargée de faire des expériences dans le but de rechercher les moyens d’obvier aux accidents causés par les inhalations du chloroforme. Celte commission s’est associée à un savant, aussi modeste que distingué, connu par d’ingénieux travaux sur le chloroforme, M. Duroy, membre de la Société de pharmacie de Paris, qui, avec le plus louable empressement, a apporté à l’œuvre commune une cordiale et habile coopération.
Les commissaires ont employé quarante séances 5 faire plus de cent cinquante expériences sur diverses classes d animaux vertébrés, reptiles, oiseaux et mammifères.
Ils ne se sont servis que de chloroforme parfaitement pur, et n ont expérimenté que sur des animaux vigoureux et jeunes.
Ces nombreuses expériences leur ont démontté,
comme un fait constant et sans exception, que les mouvements respiratoires cessent les premiers sous l’action du chloroforme. On ne saurait donc trop surveiller la manière donts’exécutelejeu delà respiration profonde, afin de pouvoir s’arrêter à temps.
On ne peut trop insister, aussi, sur la nécessité d’éviter la concentration des vapeurs chloroformiques inhalées, à cause de là rapidité avec laquelle se manifestent alors la suspension des mouvements respiratoires, et les accidents de l’intoxication, tandis que les inhalations faibles permettent de continuer longtemps Yanesthésie sans danger.
Il faut se garder, également, de donner de nouvelles doses quand les effets anesthésiques ont commencé à se produire. 11 est donc utile d’obtenir une dilution large et constante de vapeurs chloroformiques; aussi l’instrument ingénieux que M. Duroy a imaginé et qu’il a nommé anesthésimetre , remplissant ces conditions, permet d’obtenir une anesthésie profonde et d’éloigner tout danger (*).
Enfin le rétablissement des fonctions vitales suspendues par les inhalations de chloroforme est obtenu, dans le plus grand nombre des cas, disent les commissaires dans leurs conclusions, par l’emploi des insufflations pulmonaires d’air atmosphérique et d’oxygèno pur, même après que tous les mouvements apparents de la circulation sont abolis; mais l’insufflation, pour
(*) On trouve la gravure et la description de cet instrument dans le rapport lu à la Société d’émulation de Paris. Typographie de Félix Maltestc et C'e, rue dts Deux-Tortcs-Saint-Sauveur, 22, 18âô.
réussir, doit être pratiquée immédiatement après la suspension de la respiration et de la circulation, et elle doit être continuée, avecpcrséuérance, jusqu’au rétablissement complet des mouvements normaux et spontanés de la respiration.
G est au moyen de cette persévérance que M. Duroy a pu rendre M. le baron Larrey témoin de la résurrection d un chien qu’en sa présence l’habile expérimentateur avait chloroformisé, en même temps qu’un second chien de meme taille et de même âge, jusqu’à la cessation complète de la respiration et delacirculation.
Lequel de ces deux animaux voulez-vous que je rappelle a la vie? demanda M. Duroy au chirurgien en chef du Val de-Grâce. M. Larrey indiqua le chien qui avait, le premier, paru cesser de vivre. Alors l'expérimentateur insuffla dans le larynx du chien désigné, au moyen d une sonde élastique, du gaz oxygène contenu dans une vessie qu’on fit communiquer avec la sonde. Plusieurs litres avaient été employés à opérer cette respiration artificielle sans que le chien donnât le moindre signe de sensibilité. M. Duroy ne se découragea point, et, après avoir vidé à moitié un second ballon rempli de gaz oxygène, il eut la satisfaction de voir, en continuant les insufflations, de légers mouvements aux naseaux de 1 animal en expérience. Ces mouvements se multiplièrent bientôt en différentes parties du corps, et le chien put enfin se relever et exciter l’admiration de M. le baron Larrey, qui s’écria : « Voilà la première fois que je suis témoin d’une résurrection! »
L’autre chien qu’on avait laissé sans secours, comme sujet de comparaison, n’était plus qu’un cadavre.
ci La respiration artificielle produite par l’électricité, « par la faradisation des nerfs phréniques, peut aussi « rétablir les fonctions vitales suspendues par le chlo- « roforme.
« Ainsi l’insufflation et l’électricité arrivent au même a but par deux moyens différents : l’un introduit direc- « ternent l’air dans les poumons, l'autre l’v fait arriver « en dilatant les parois delà poitrine; mais je pense, dit a le rapporteur de la commission, que l’insufflation « mérite la préférence, car on peut augmenter la puis- « sance et l’énergie de son action en poussant l’air « dans les poumons avec le degré de force qu’on dé- « sire, tandis que l’étendue de la respiration artificielle « produite par l’action de l’électricité ne peut être « amplifiée à volonté. »
Note 23.
Comme médecin, je ne dois pas manquer de déposer dans cette note qui sera, probablement, pour un vieillard d’une organisation faible, et qui touche à sa 87e année, la dernière occasion de faire part, à ses compatriotes, des espérances qu’il conçoit relativement à l’avenir de l’espèce humaine; je ne dois pas, dis-je, après leur avoir fait connaître les principaux perfectionnements obtenus dans les sciences médicales, omettre de leur annoncer qu’indépendamment de la possibilité d’éteindre la variole, chez les peuples civilisés, par la pratique continuelle de la vaccination mise sous la protection d’un règlement obligatoire de salubrité publique, on peut nourrir aussi l’espoir raisonnable d’arriver un jour, avec la même assistance, à l’extinc-
lion do la syphilis, espoir que je partage avec mon honorable confrère M. le docteur Rodet de Lyon, ancien chirurgien de 1 hospice de l'Antiquaille (»).
Les intéressantes recherches de M. Chatin, pharmacien en chef de l'Hôtel-Diou de Paris, sur la coïncidcnce du goitre et du crétinisme avec l’absence complète de iode dans les eaux et les productions naturelles de certaines localités, permettent d’espérer que la médecine, après quelques générations soumises à des aliments convenablement iodurés , à des habitations mieux placées, aune hygiène mieux entendue, etc., parviendra à supprimer cette affection, qui dégrade l’espèce humaine en la privant de son plus noble attribut. Peutêtre ne faudra-t-il, pour cela, que mettre à l’usage de ces misérables populations du sel marin imprégné d une certaine proportion d’iode, et quelques soins hygiéniques. (*)
Les contemporains ne connaissent pas encore assez tout le fruit qu’ils peuvent déjà tirer des découvertes faites dans les sciences physiques pour améliorer leur sort, et dont l’agriculture, en particulier, devrait profiter depuis plusieurs années. Après Wells, Arago, etc., tous nos physiciens actuels connaissent bien les circonstances qui donnent lieu aux gelées désastreuses qui, dans notre climat, viennent fréquemment, pendant le cours des mois d avril et de mai, détruire les espérances du cultivateur et surtout du vigneron, qui attribuent à la lune rousse cette funeste influence.
(*) Compte rendu du service chirurgical de V Antiquaille pendant les six années comprises entre le 1er janvier 1 859 et le 31 décembre 183t. Lyon, 18ôf, chez A. Vingtgriuier.
Ils ne savent pas encore comment les choses se passent, malgré le grand nombre de sociétés d’agriculture qui couvrent la France. Ils ignorent, généralement, qu’il ne tiendrait qu’à eux de soustraire leurs cultures à ces désastres presque annuels.
Comment se fait-il qu’on ne leur dise pas, avec assurance, que la transparence parfaite du ciel qui fait briller d’un plus vif éclat la lune etles étoiles est la circonstance qui fait perdre à la terre le plus de chaleur, et qu’il suffit de troubler cette transparence de l’air pour prévenir l’effet de ce rayonnement, ainsi que le nomment les physiciens ?
Comme on ne pourrait pas abriter facilement, avec des paillassons, des toiles ou d’autres abris, de vastes étendues decultures afin d’intercepter ce fâcheux rayonnement, quelques observateurs ont pensé, naturellement, que de la fumée, troublant, pendant quelques heures, la transparence de l’air, pourrait suffire pour empêcher la gelée des pousses nouvelles des plantes.
L’expérience a confirmé les bons effets de cette découverte; mais l’immense majorité des viticulteurs l’ignore encore ou n’en a entendu parler que vaguement.
Cependant ces gelées désastreuses, qui ne passent pas deux ou trois ans sans se faire sentir dans quelques parties de la France, enlèvent des centaines de millions aux contrées où l’on cultive la vigne, ainsi que les plantes oléagineuses et les noyers, et plongent dans la misère le cultivateur ignorant ou du moins indolent, qui pouvait sauver ces précieuses récoltes par quelques nuits de surveillance.
Serais-je assez heureux pour que cette année même (1863), qui sera probablement la dernière de ma carrière médicale et agricole, ma voix rappelât encore, avec plus d autorité que les années précédentes, l’importance du procédé que connaissaient déjà les anciens Péruviens, au témoignage de Garcilasso de la Vega et à celui tout récent d’un de nos savants les plus distingués, M. Boussingault, actuellement président delà Société impériale et centrale d’agriculture, qui a voyagé dans le Pérou, s’est assuré, sur les lieux memes, que les hauts plateaux de cette contrée, soumis à une température moyenne de 10 à H degrés centigrades, étaient exposés, comme la plus grande partie de la France, aux gelées tardives qui compromettent si souvent le sort des récoltes.
Mais, sous le gouvernement des Incas, on savait déjà, par expérience, prévenir ces fléaux par le moyen de la fumée, procédé rendu obligatoire et associé à des cérémonies religieuses qui le rendaient plus respectable aux yeux des cultivateurs.
Ces usages se sont conserves jusqu’à la conquête du Pérou par les Espagnols, qui, y trouvant quelque apparence d’idolâtrie, les ont supprimés ; et le peuple indolent a bientôt négligé cette pratique salutaire qui conservait la récolte du maïs, principale source de son alimentation.
D’après les admirables expériences de Wells, on a su qu il suffisait de troubler la transparence de l’atmosphère pour s’opposer au rayonnement du calorique terrestre, prévenir, par conséquent, les effets désas-
treux des gelées tardives, et sauver nos récoltes les plus précieuses.
Les cultivateurs français, au dix-neuvième siècle, resteraient-ils au-dessous des Péruviens du quatorzième?
.Te suis heureux de terminer la dernière note de mon dernier ouvrage en annonçant à mes lecteurs que, malgié 1 état de stagnation du commerce européen, par suite de la guerre déplorable qui désole l’Amérique du Nord, la charité, tant publique qu’individuelle, a versé des millions au profit des ouvriers sans travail.
D un autre côté, d’après les recherches que M. Vée, chef de division à l’administration générale de l’assistance publique, vient de consigner dans une brochure intitulée, Considérations sur la diminution du paupérisme à Paris, le nombre des indigents, qui, en 1802, formait le 5e de la population de la capitale, n’est plus maintenant que le 18e de cette population triplée do- Puis.60 ans. Quel accroissement d’aisance, en si peu de temps , dans notre heureuse patrie !
Si quelques-uns de mes lecteurs s’étonnaient du grand nombre de choses dont j’ai cru devoir parler dans ces nouvelles Considérations , je leur rappellerais que tout ce qui peut améliorer le sort de l’espèce humaine est un des plus puissants éléments de longévité que je con-
naisse.