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puis d’une friction générale d’une demi-heure avec la pommade d’Helinerich sur toute la surface du corps; après quoi, la maladie est guérie o.
Dans notre siècle, l’anatomie humaine et comparée ont fait de grands progrès, grâce aux beaux travaux de Bichat, de Cuvier, de Duméril, de Blain ville, etc. Il en a été de même de la physiologie, qui doit tant d'importantes découvertes à Bichat, à Ch. Bell, à Magendie et à M. Flourens, qui a l’honneur insigne d’avoir, le premier, déterminé, dans l’encéphale, le siège précis de l’intelligence et de la volonté, celui de la coordination des mouvements de locomotion, et celui du point ou nœud vital , qu’il suffît de détruire pour éteindre à l’instant la vie.
Les vivisections enrichissent, chaque jour, la physiologie, par l’art avec lequel elles sont pratiquées par le professeur Cl. Bernard, successeur de Magendie, et qui a déjà rempli plusieurs volumes de ses ingénieuses découvertes.
Les pièces artificielles d’anatomie imaginées
(*) Cette pommade est composée de soufre sublimé 200 grammes, sous-carbonate de potasse 100 grammes, axonge 300 grammes.
[ par M. Àuzoux (*), et les magnifiques planches i coloriées de M. Bourgery, ainsi que les repro- : ductions en cire qu’on admire dans les collections de la Faculté de Médecine et au musée Dupuytren, permettent aux gens du monde, aux personnes les plus impressionnables, de voir, ^sans répugnance, la structure intérieure du corps humain, et de palper, dans le cabinet de M. Auzoux, les organes les plus curieux, les plus intéressants de la vie, sans que la vue ou l’odorat ^puisse en être blessé: progrès immense pour l’in- 'Struction publique et qui rend déjà des services importants, même aux médecins qui ont complété leurs éludes, mais qui, se trouvant éloignés des amphithéâtres et des musées, ont quelquefois ! besoin de revoir certains appareils organiques, j pour opérer avec plus de précision.
Les études anatomiques sont, maintenant, i rendues plus faciles par les procédés si simples ;iau moyen desquels on peut conserver, soit indéfiniment, soit pendant plusieurs mois, des i pièces anatomiques ou même des cadavres en-
(*) Le docteur Auzoux vient de reprendre ses cours pu- I )lics, qui ont lieu chez lui, tous les dimanches, à 11 heures.
tiers, en les traitant par la méthode du docteur Cannai.
Ce résultat a paru si recommandable à l’Institut, sous plusieurs rapports, qu’il a cru devoir récompenser M. Gannal, en 1837, par un des prix de la fondation Montyon, destinés à l’encouragement des procédés propres à diminuer l’insalubrité de certaines professions; et presque chaque année, depuis 1837, l’Académie des sciences est dans le cas de décerner quelquesuns de ces prix; nouveaux progrès acquis à l’hygiène, qui s’est enrichie aussi de plusieurs procédés de désinfection et de ventilation que j’ai remarqués, surtout, à l’hôpital de la Riboissière, et dont seront pourvus bientôt, sans doute, les autres hôpitaux de la capitale et des départements.
Nous devons à la pharmacie contemporaine, qui compte dans son sein d’excellents chimistes et de savants botanistes, un grand nombre de produits qui offrent deprécieuses ressources à la Thérapeutique, laquelle s’enrichit, tous les jours, du fruit de leurs recherches.
C’est à eux que nous devons la découverte des divers alcaloïdes végétaux parmi lesquels se dis-
inguent la quinine , la cinchonine , la morphine , a nicotine y la daturine , l’acomlme, la t’émrûte, etc., dont la combinaison avec certains tcides minéraux ou végétaux forme des sels îeutres, tels que 1 e sulfate de quinine, ce médicament si précieux, les acétate , chlorhydrate, suinte de morphine, si fréquemment employés de 10s jours, etc.
Mais une des substances narcotiques les plus mportantes, et qui deviendra, probablement, la dus usuelle, c’est l’opium indigène retiré du paroi à fleurs pourpres, par M. Aubergier, pharnacien à Clermont-Ferrand, qui cultive en ;grand ce pavot, dont le suc laiteux lui fournit un opium toujours identique, assez régulièrement *iche en morphine de 10 pour 100, tandis que oelui qui nous arrive du Levant, presque toujours falsifié, présente (ce qu’on ignorait avant b es travaux deM. Aubergier) des variations comprises dans les limites effrayantes de 2 à 15 aour 100 d e morphine, variations de nature à ôter toute sécurité aux médecins qui le prescrivent.
Afin de faire mieux distinguer le produit médicamenteux qu’il obtient, M. Aubergier lui a
donné le nom d 'Affium, ancien et véritable nom de l'opium oriental.
Pour tous ses usages à l’intérieur, V affium, réduit en pilules de 1 centigramme contenant 2 milligrammes de morphine , prévient toute espèce d’erreur dans son administration. Deux ou trois pilules suffisent, presque toujours, pour déterminer le sommeil. Elles se dissolvent facilement dans l’eau. On peut compter exactement le nombre que l’on en met dans une potion, dans un lavement, et l’on n’a plus à craindre ces erreurs, trop fréquentes autrefois, de gouttes et de grains.
L’opium indigène de M. Aubergier est certainement, avec le sulfate de quinine, la plus importante découverte de la pharmacie dans ce siècle.
On doit au même savant la préparation du Lactucarium , autre calmant très-précieux, en ce qu’il ne détermine aucune réaction dans la circulation du sang, et qu’il peut être utilement employé, comme sédatif, dans les fièvres continues et les phlegmasies.
Après ces nouveaux et utiles remèdes, je dois nommer Y iode, découvert par Courtois, et
introduit dans la Thérapeutique par le docteur Coindet, de Genève, où il l’employait à la guérison du goitre, mais qui a pris, dans ces derniers temps, une place plus importante, par son i utilité manifeste dans diverses affections du svs-
î terne lymphatique ou glanduleux, et comme remplissant d’autres indications quand on le combine avec le fer, le mercure, le sodium, le ; potassium, etc.
L’huile de foie de morue, médicament en quelque sorte alimentaire (caron l’emploie, dans certains pays, à l’engraissement du bétail), est, de nos jours, un remède devenu populaire dans les affections rachitiques, tuberculeuses, strumeuses, etc.
On a fait subir au fer, comme agent thérapeutique, différentes modifications fort utiles à la médecine. Sa combinaison avec Y iode en fait un médicament très-précieux dans les affections i lymphatiques. L'hydrate de peroxyde de fer est le remède le plus efficace dans l’empoisonnement i par l’arsenic, surtout quand cet hydrate est récemment préparé et qu’on peut le faire prendre •sans délais et à grande dose.
Le laclate , le per chlorure, le carbonate, le
valérianate , le phosphate de fer sontde bonnes pré- j paralions; et surtout le fer réduit par l'hydro- 1 gène, dû à M. Quevenne, et qui réunit une grande activité à une complète insipidité.
Le Tartre stibié employé à forte dose, comme contre-stimulant, selon la méthode de Rasori, a été administré avec succès, en France, par de grands praticiens, dans la pneumonie et le rhumatisme articulaire aigu.
Le seigle ergoté et Yergotine , de M. Bonjean, pharmacien à Chambéry, sont fréquemment employés dans la pratique des accouchements, où le chloroforme joue, maintenant, un rôle admirable, principalement en Angleterre.
L’huile de crolon tiglium, a la dose d’une goutte, dans une tasse de bouillon, est un purgatif qui m’a toujours réussi chez les adultes robustes et disposés aux congestions cérébrales; elle m’a rendu de grands services dans l’apoplexie et la paralysie, où j’en administrais deux ou trois gouttes dans un lavement d’eau de savon ; mais c’est moi- même qui dosais le remède, car il demande une circonspection extrême dans son usage.
Appliquée à l’extérieur, l’huile de croton tiglium
produit, dans peu de temps, une rubéfaction révulsive dont on peut obtenir de bons résultats.
Le citrate de magnésie, avec lequel M. Rogé, pharmacien, prépare une limonade purgative trèsagréable, est une acquisition utile faite par la Thérapeutique dans ces dernières années.
On pardonnera, peut-être, à un médecin, la longue, quoique incomplète énumération des progrès accomplis dans les diverses branches des sciences médicales, depuis la dernière moitié du xvme siècle jusqu’à ce jour, puisque c’est, en partie, sur ces progrès, comme sur ceux de l’instruction et de l’aisance, que je compte pour la prolongation de la vie moyenne, dont le chiffre dépassera, probablement, à la fin de ce siècle, mes plus douces espérances.
Qu’on ne croie pas, toutefois, que le but unique de mes vœux soit d’amener tous les hommes aux dernières limites de l’âge que comporte notre nature; ce serait, pour beaucoup d’entre eux, un triste avantage que d’y arriver accablés d’infirmités. On ne doit désirer à l’espèce humaine que la prolongation d'une existence accompagnée, tout à la fois, de la santé du corps et de celle de l’esprit, mens sana in corpore sano ;
car, ainsi que l’a dit très-bien le poète latin Martial :
Non est vivere, sed valere vita.
Ce n’est pas le tout que de vivre, l’essentiel est de se bien porter.
Les centenaires qui ont conservé leurs facultés physiques et intellectuelles ont toujours été et seront toujours des objets de respect et d’admiration pour les générations qui les possèdent ou qui les suivent; mais ce qui constituera, dans tous les temps, la puissance morale et le principal honneur des nations, ce sera le grand nombre d’illustres vieillards qu’elles compteront dans les conseils des gouvernements, dans le sanctuaire de la justice et des lois, dans celui des sciences, et dans toutes les carrières sociales.
Fertiliser, embellir la terre, faciliter la communication des peuples entre eux, remédier, au- »
tant que possible, à !’ insalubrité de certaines contrées, mais surtout améliorer, tant au physique qu’au moral, le sort de la grande famille humaine, quelles que soient les races si diverses qui la composent, me paraît être, ici-bas, le devoir de l’homme civilisé, le but qu’il doit sepro-
poser et vers lequel tout individu peut faire au moins un pas, dans quelque condition qu’il soit placé.
Les peuples les plus éclairés de l’Europe et les plus avancés dans les arts ne tarderont pas, s’ils peuvent rester unis et déposer toute jalousie nationale, à exercer la plus heureuse influence sur toutes les parties habitées du monde. Oui, l’homme civilisé deviendra, un jour, le maître de la terre, mais, au nom de la justice éternelle et de l’humanité, qu’il n’en soit jamais le tyran, et que, suivant une voie différente de celle qu’ont suivie ses ancêtres, il borne sa puissance et sa gloire à être le bras de Dieu, l’instrument de sa bienfaisance, son collaborateur, si l’on peut risquer celte ambitieuse dénomination, pour faire régner sur le globe entier la paix et le bonheur.
Santé, instruction, moralité, amour du travail, fraternité, modeste aisance, douce patrie, tempérance et longévité, voilà ce que je souhaite à l’espèce humaine; telle est l’espérance que nourrit ma vieillesse, et qui la rend heureuse (23) !