INTRODUCTION
Il suffit de jeter un regard sur l'index bibliographique qui se trouve à la fin de ce travail, pour se convaincre que la littérature médicale du « vertige labyrinthique » s'est enrichie d’une manière surprenante depuis la première description faite par Ménière jusqu’à nos jours. Les médecins de tous Les pays y ont contribué en rapportant de nouveaux faits cliniques, bien que chacun les ait interprétés à sa manière. D'où vient qu'il se présente aujourd’hui à l'observation clinique des cas aussi nombreux de vertige labyrinthique, tandis qu'avant Ménière ils ont passé inaperçus ? Ces faits, s’ils avaient été nombreux, auraient-ils pu échapper jusqu'alors à l'esprit
AGE observateur des cliniciens les plus sagaces de la France, de l’Angleterre et de l'Allemagne? Il est plus logique d'admettre, que depuis Ménière, c’est-à-dire depuis l’année 1861, les cas de vertige labyrinthique sont devenus beaucoup plus fréquents qu’autrefois et que, par conséquent, ils tombent plus dans le champ de l’observation journalière. Si étrange que puisse paraître cette opinion, elle trouve son explication naturelle si on considère le vertige de Ménière, comme une nevrose vasomotrice formant avec le vertige oculaire, laryngé et gastrique, un groupe à part dans le cadre des maladies nerveuses. En effet, médecins et moralistes sont d’accord pour admettre qu'avec le changement radical survenu dansles mœurs politiques et sociales depuis 50 ans et, avec la transformation complète des conditions de la lutte pour l'existence, les maladies nerveuses ont non seulement augmenté en nombre et en variété, mais que le cerveau humain est aussi devenu plus impressionnable et plus susceptible de subir l'influence perturbatrice de toutes les causes physiques et morales.
Nous croyons que le vertige de Ménière doit être considéré comme une maladie moderne, propre aux grandes villes, fréquente aux deux extrêmes de l’échelle sociale, dans la classe riche et dans la classe ouvrière. Chez les uns ce sont les plaisirs unis aux travaux intellectuels qui ébranlent le système nerveux, et engendrent la neurasthénie ; chez les autres, ce sont les vices et la misère, la lutte pour satisfaire de vrais b'soins ou des nécessités factices, qui produisent l'épuisement nerveux,
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M: le professeur Charcot a été frappé de la fréquence avec laquelle il a rencontré le vertige de Ménière parmi la classe aisée de la population de Madrid. Le D' Hauser,
(mon père), médecin consultant à Madrid, a pu confir-
mer ce fait, car dans un espace de trois ans il a eu l’occasion d'observer 10 cas de vertige de Ménière. I attribue la fréquence de cette maladie aux mœurs particulières d’une certaine classe de la population de Madrid, pour laquelle la vraie vie sociale et politique ne commence qu’à dix heures du soir et ne finit pas avant deux heures du matin. Il en résulte forcément que, pour cette classe de la société, le jour ne commence qu’à une heure de l'après midi en hiver. Ce genre de vie, tout à fait contraire aux préceptes de l'hygiène, est une cause persistante de névrasthénie chez les individus prédisposés; sujets impressionnables et névropathes, et une fois nevrasthénique, l'individu sera atteint du vertige de Ménière, s’il continue a subir l'influence des causes qui ont épuisé son système nerveux.
Parmi les dix cas de vertige de Ménière, traités par mon père, il y en a quatre pour lesquels M. le professeur Charcot fut également consulté et qui sont rapportés dans ce travail. Mon père a pu donc observer non seulement la marche de la maladie en question et les conditions pathogènes individuelles, qui l'ont fait naître, mais encore il lui a été donné d’étudier sérieusement le résultat du plan thérapeutique conseillé par M. Charcot, et de profiter de ses entretiens avec cet éminent clinicien pour mieux connaître son opinion, sur la nature du vertige de Ménière, et sur l’action thérapeutique
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de la quinine dans cette affection contre laquelle tous les moyens employés jusqu'alors étaient demeurés stériles,
Ces faits avec quelques autres que nous avons observés à la Salpétrière prouvent une fois de plus l'efficacité du traitement ue M. Charcot contre le syndrome de Ménière, même dans le cas où il y a une otite moyenne, car la quinine modifie toujours l'élément nerveux. Ces observations prouvent en même temps le tort qu'ont eu MM. Lucae de Berlin et autres auristes allemands d’attribuer à la quinine l’affaiblissement du sens auditif, qui est la conséquence naturelle du caractère dégénératif du processus pathologique, lequel dans sa période avancée, compromet la nutrition de l’expansion nerveuse dans les parties membraneuses du labyrinthe, de même qu'un état congestif chronique de la rétine conduit infailliblement à l’amaurose et à la perte du sens optique. Qu'il nous soit permis avant de terminer d'exprimer toute notre reconnaissance à M. le professeur Charcot pour la bienveillance qu’il nous a témoignée en toute occasion.
Nôus remercions M. Gilles de la Tourette, chef de la clinique de M. Charcot et M. Lagoudakis, externe du service, pour l’amabilité avec laquelle ils nous ont fa cilité nos recherches sur les malades en traitement.
NATURAM MORBORUM CURATIONES OSTENDUNT.
Nous nous proposons d'étudier dans ce travail le vertige labyrinthique, c'est-à-dire le vertige. accompagné de troubles autiditifs. Bien que ce complexus de symptômes soit depuis longtemps connu dans la science sous le nom de vertige de Ménière, l'accord est loin de s'être établi parmi les médecins, tant sur l’anatomie que sur la physiologie pathologique de cette maladie, qui fut décrite pour la première fois, il y a 28 ans, par Ménière, et qui a été observée et rapportée maintes fois depuis, par des cliniciens et des auristes très distingués, de tous les pays, tant d'Europe que d'Amérique. Il ÿ en a, qui admettent comme Ménière, une maladie, une entité pathologique se manifestant toujours par les mêmes symptômes, tandis que d’autres n'admettent qu'un syndrome, un vertige de Mènière, c’est-à-dire un complexus de symptômes propres à plusieurs états pathologiques de l'appareil auditif. D’où viennent ces deux manières différentes d'apprécier des faits cliniques ? Cela tient sans doute à ce que le nombre des cas mortels où l’autopsie a pu être faite, est très limité, tandis que les cas de guérison relative, qui sont les plus nombreux laissent une grande latitude à la conception théorique. Il ya cependant un point sur lequel, physiologistes et pathologistes, tous sont d’accord. Tous considèrent Île labyrinthe et les canaux semi-cireulaires, dont le revê-
PR ee tement membraneux renferme l’épanchement du nerf auditif, non seulement comme un foyer acoustique, mais aussi comme un appareil d’équilibration. Notre intention est de prouver, qu’il existe en réalité uné maladie, c’est-à-dire une entité morbide, caractérisée par le syndrome décrit par Ménière, maladie assez rare et toujours incurable, mais qu’en échange il y à un grand nombre d’affections pathologiques qui peuvent donner lieu au même syndrome; affections qui se distinguent de la première par leur étiologie, par leur nature et par leur curabilité.
Nous nous proposons d’étudier d’abord ee complexus de symptômes en lui-même, de grouper les cas qui présentent les symptômes caractéristiques du vertige de Ménière, selon les causes pathogènes et selon la prédisposition individuelle des malades, selon leur état de santé antérieur et selon les circonstances qui avaient accompagné ou précédé la présentation du premier accès de vertige. Mais avant d'entrer en matière nous croyons indispensable de donner d’abord un exposé historique de la maladie de Ménière, et des discussions auxquelles elle a Conné lieu depuis sa découverte.