‹ Nouvelles Considérations sur le Vertige de Ménière et en particulier sur le mode de traitement de ce syndromeChapitre 6 sur 28 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Ce fut en 1861 que B. Ménière, médecin de l’institution des sourds-muets de Paris, publia dans la Gazette médicale(de Paris) un travail intitulé : « Mémoire sur les lésions de l'oreille interne donnant lieu à des symptômes de congestion cérébrale apoplectiforme ». Dans cette étude, Ménière expose un certain nombre de cas qui se sont présentés à lui dans le cours de sa longue pratique ; tous débutent par les mêmes symptômes graves en apparence, qui disparaissent promptement et reparaissent après des semaines, des mois ou des semaines sous la même forme, pour se terminer par lextinction complète de l’ouic.

Voici dans quels termes il décrit la maladie sur laquelle il appela vivement l'attention : « Un homme « jeune et robuste, éprouve subifement suns cause appré- « ciable, des vertiges, des nausées. des vomissements’; un « état d'angoisse inexprimable, anéantissant les forces ; «le visage pâle et baigné de sueur annonçait une fin « prochaine, Souvent même, le malade, après s'être « senti chancelant étourdi, était tombé à terre sans « pouvoir se relever ; couché sur le dos il ne pouvait ou- « vrir les yeux sans voir les objets environnants tour- « billonner dans l’espace, le plus léger mouvement im- « primé à la tête augmentait les vertiges et les nausées;

Mr.

« les vomissements se renouvelaient dès que le malade «essayait de changer de position. Ces accidents, hà- « tons-nous de le dire, n'avaient aucun rapport avec « l’état de plénitude ou de vacuité de l'estomac ; ils sur- « venaient au milieu d’ure santé irréprochable, ils du- «raient peu, mais leur caractère était tel, que les mé- « decins appelés croyaient à une congestion cérébrale « et prescrivaient un traitement en rapport avec cette « vue étiologique. »

Ces accès loin de céder au traitement antiphlogistique se répétèrent à des intervalles plus ou moins courts et le sujet conservait une tendance au vertige et aux étourdissements; se trouvant exposé à un nouvel accès à chaque mouvement brusque.

Le fait que chaque accès était suivi d'un affaiblissement progressif de la faculté auditive, même après la disparition des autres troubles fonctionnels, frappa tellement l'attention de Ménière, qu'il fut porté à attribuer tout le complexus des symptômes alarmants, à une altération pathologique survenue dans l’appareil auditif; mais ayant trouvé à l’examen le meat auditif externe et moyen de ses malades tout à fait normal, il pensa qu'il s'agissait d’une maladie du labyrinthe. Ce qui le confirma dans sa manière de penser, fut le cas suivant :

Une jeune fille se trouvant en diligence, au moment de sa période menstruelle, pendant une nuit d'hiver eut à la suite un refroidissement intense se manifestant par une surdité et un vertige constant, accompagnés de vomissement au moindre mouvement. Dans cet état elle

ébqu FILE entra à l'hôpital où elle mourut le cinquième jour, A l’autopsie on trouva intacts le cerveau et la moelle épinière ; en échange ou trouva dans les canaux semi-circulaires une masse plastique rougeñtre, une espèce d'exsudation sanguinolente. La cause de la mort resta inexplicable.

Outre ce cas pratique, prouvant la localisation de la maladie dans le labyrinthe, Menière produisait de plus onze observations dans le but de démontrer le rapport qui existe entre une lésion du labyrinthe et les troubles cérébraux que tout le monde expliquait avant lui par une congestion apoplectiforme ou par l’épilepsie ou qui étaient considérés comme le symptôme précurseur d'une maladie grave de l’encéphale.

Nous prouverons plus tard que Ménière à commis une erreur en réunissant des faits cliniques qui ne se ressemblent que par la forme, pour en tirer les conelusions de sa thèse ; pour le moment occupons nous seulement de l’évolution historique de la découverte de Ménière.

Ce qui donna surtout de l'autorité a eette manière d’interprêter les faits cliniques, furent les célèbres expériences de Flourens en 1844 démontrant qu’une lésion artificielle de l’organe interne de l’ouie chez les animaux donne lieu, en dehors de toute lésion cérébrale et cérébelleuse à des troubles d'équilibre. Et voici le résumé des résultats des expériences de Flourens relatives à la section des canaux sémi-circulaires.

1° La section du canal houizontal des deux côtés est constamment suivie d’un violent mouvement horizontal

—, 14 — de la tête ; la section du canal vertical, soit supérieur, soit inférieur des deux côtés, est suivie d'un violent mouvement vertical de la tête ; la section des canaux horizontaux et verticaux tout à la fois, est suivie d’° un mouvement horizontal et d'un mouvement vertical simultané ; | |

2° La section d’un canal d’un seul-côté, quel que soit le canal coupé, vertical ou horizontal, est toujours suivie d’un effet beaucoup moindre que celle du même canal des deux côtés ;

3° La section des canaux sémi-cireulaires n ‘empêche pas l'animal de vivre, mais l’effet de la section persiste tant que l'animal vit ; 4° Énfin, c’est dans les canaux membraneux, enveloppés par les canaux osseux, c’est-à-dire dans les véritables canaux semi-circulaires, et dans leur expansion nerveuse qui réside le principe de cet effet.

Appuyé sur ces expériences physiologiques et sur une douzaine de faits cliniques, Ménière arriva aux conclusions suivantes :

1° Un appareil auditif jusque-là parfaitement sain, peut devenir tout à coup le siège de troubles fonctionnels, consistant en bruits de nature variable, continus ou intermittents, et ces bruits s’accompagnent bientôt d’une diminution plus ou moins grande de l’audition ;

2° Ces troubles fonctionnels ayant leur siège dans l’appareil auditif interne, peuvent donner lieu à des accidents réputés cérébraux, tels que vertiges, étourdissements, marche incertaine, tournoiement et chute, et de

plus ils sont accompagnés de nausées, de.vomissements et d'unétat syncopal ; STARS é

8 Ces accidents qui ont la forme intermittente ne tardent pas à être suivis de surdité,. de plus en plus grave-et souvent Fouie est subitement et. complètement, aholie i#7 :..: Panaure

‘4 Tout porte à croire que. k PA elle qui. est la cause de ces troubles fonctionnels, réside dans les canaux semi-circulaires,

Si l'on fixe l'attention sur la AT détaillée be par Ménière, des symptômes de la maladie qui porte son nom et sur les conclusions qui résultent de ses nombreuses observations on est frappé de prime abord de ce fait qu'un individu jeune, robuste, jouissant. d'une parfaite santé peut étre pris subitement d'accidents apoplectiformes sans que cela puisse être attribué à un trouble de la circulation cérébrale ou des fonctions digestives ; puisque ces troubles cérébraux purements fonctionnels sont dus à une lésion matérielle des canaux semi-circulaires, laquelle peut être une extravasation sanguine ou une. exsudation plastique.

Malheureusement, le nombre d’autopsies qui prouveraient ce fait est encore trop limité. Les cas de maladie de Ménière où les lésions ont été constatées par l’autopsie se réduisent à huit en tout, dont deux sont deseas traumatiques-rapportés par Pollitzer et Voltolini. On y trouva des fissures traversant les fenêtres rondes et les limacons avec: extravasation sanguine, remplissant le labyrinthe et la: caisse. Deux cas. sont l’un de Ménière et l’autre de Gruber ; tous les deux sont des cas

spontanés où il y eut exsudation sanguine dans le labyrinthe membraneux. Le cas de Ménière nous en avons déjà fait mention, et quant à celui de Gruber, il a rapport à un individu syphilitique souffrant d’un catarrhe auditif interne accompagné de surdité et qui contracta un cas de typhus exanthématique à la suite duquel il mourut. Quant aux quatre cas, l'un est de M. Féré qui a profité de la mort accidentelle d’un sujet atteint de vertige labyrinthique ; il a constaté à l’autopsie la présence d’un bouchon cérumineux énorme, le tympan était enfoncé ; les trompes imperméables, l’étrier non mobile ; la caisse entièrement scléreuse, mais le labyrinthe était normal. Les trois autres autopsies sont dues à M. Gellé. (Annales des maladies de l'oreille et du larynx 1887). Il s’agit de trois malades du service de M. le professeur Charcot, chez lesquels l'examen necroscopique démontra des lésions de l'oreille moyenne, des otites de nature scléreuse.

Il est vrai que Ménière dans son travail publié dans la Gazette médicale présente encore douze cas cliniques en faveur de sa thèse, mais nous verrons plus tard que l'histoire pathologique de la plupart de ces cas diffère beaucoup de celles où les lésions matérielles ont pu être démontrées par l’autopsie dans l'oreille moyenne ou interne.

Hillairet, la même année que Ménière dans un travail intitulé : « Lésions de l’oreille interne. Action reflexe sur le cervelet et les pédoncules », vint rapporter à la Société de biologie, l’histoire d’un homme, souffrant depuis quelque temps d’un écoulement de l'oreille

LATE droite et qui a la suite de la suppression de l'écoulement produite par des végétations dans le conduit auditif avait été pris subitement de vertiges, bourdonnements et surdité, mais bientôt après l’ablation des végétations l'écoulement s'étant tari graduellement, tous les phénomènes nerveux cessèrent.

Un mois après le malade ne présentait plus d'accident mais l’ouïe du côté droit était à peu près abolie.

Dans les réflexions dont il fait précéder son observation Hillairvet prétend que les cas de Ménière ne sont pas tous probants; surtout ceux où il y a attaque apoplectiforme pourraient s'expliquer, par un petit foyer hémorrhagique limité, une congestion localisée un peu forte, ou une simple suffusion sanguine dans les points ou naît le nerf auditif. Mais chez son malade il n’hésite pas à placer le point de départ des phénomènes nerveux qu'il a observés, dans les canaux semi-cireulaires. re

Les travaux de Ménière appelèrent non seulement l'attention en France, mais ils eurent aussi un grand retentissement à l'étranger, parmi les physiologistes et particulièrement parmi les auristes. De nouveaux cas furent publiés, tant en Allemagne qu’en Angleterre qui confirmèrent les vues de Ménière. Cependant il ne tarda pas à se produire un désaccord quant à l’interprétation des faits. Tandis que les uns comme Voltolini s’inclinaient à considérer avec Ménière le labyrinthe comme siège exclusif de la lésion, les autres comme Trültsch admettaient une inflammation des nerfs acoustiques, au milieu de la substance cérébrale, exerçant une action

Hauser. 2

ep Lee

pertubatrice sur l’expansion nerveuse du labyrinthe et des canaux semi-circulaires. Trôltseh invoque à l'appui de son opinion la grande ressemblance qui existe entre les symptômes caractérisant la maladie de Ménière et ceux de la méningite cérébro-spinale épidémique, très commune chez les enfants, lesquels après leur guérison présentent une surdité presque complète, des bourdonnements et des troubles d'équilibre à chaque mouvement, avec tendance à tomber en avant.

Cette ressemblance frappante entre les tableaux de ces deux maladies l'avait conduit à attribuer la çause pathogène du vertige de Ménière à une cérébrité circonscrite au plancher du quatrième ventricule, point d’émergence des deux nerfs acoustiques. Toute altéra: tion nutritive de ce point se réfléchit sur les terminaisons des nerfs dans les ampoules des canaux semi-circulaires et réciproquement tout irritation de ceux-ci se propagerait au centre encéphalique et produirait des troubles cérébraux. Pour -corroborer son opinion, Trôltsch produit le fait anatomique suivant :

Le labyrinthe est nourri par un vaisseau cérébral, puisque lartère auditive interne qui pénètre accompagnée du nerf acoustique dans le méat auditif interne, n’est pas une branche de la carotide interne comme les vaisseaux nourriciers des autres parties de l'appareil auditif ; elle provient au contraire d’un des vaisseaux qui vont directement au cerveau, soit de l’artère sous-clavière, sous directement de l’artère basillaire ou d’une de ses branches l'artère cérébelleuse inférieure et par conséquent elle est en rapport constant au point

de vue de la nutrition avec tous les vaisseaux du cerveau.

Egalement les veines auditives internes débouchent dans les sinus de la dure-mère. Il en résulte qu'un ralentissement de Ia nutrition dans le cerveau et ses membranes, conduit à un état hyperhémique dans le labyrinthe. D'un autre côté, d’après les expériences de Schwartze ilestextrèmement rare de trouver une hyperhémie simultanée dans le labyrinthe et dans le méat auditif moyen, même dans les cas d’inflammation aiguë de la caisse, tandis qu’un état congestif du labyrinthe est très fréquent dans des cas d’hyperhémie ou de stagnations veineuses cérébrales.

Voltolini dans ses travaux de 1867, 1871 et 1889 s’élève de toute sa force contre l’opinion de M. Trôltsch et des autres auristes qui veulent assimiler le vertige de Ménière à une méningite cérébro-spinale de forme abortive avec ou sans propagation au labyrinthe. S'appuyant sur 487 cas observés par lui chez les enfants depuis l’année 1853 à 1881, il persiste plus que jamais à considérer la maladie de Ménière comme une otite labyrinthique primitive. Voici les raisons principales qui justifient sa manière de penser.

4° L’otite labyrinthique a été observée en Allemagne longtemps avant la méningite cérébro-spinale épidénique. | ;

2 La première n’est jamais infectieuse et elle est toujours sporadique ;

3 L'otite labyrinthique attaque presque exclusivement les enfants ;

Page 1