‹ Nouvelles de BandelloChapitre 34 sur 63 · ISABELLE D'’ESTE MARQUISE DE MANTOUE · texte numérisé non relu

ISABELLE D'’ESTE MARQUISE DE MANTOUE

Le D à

=] LUS d’une fois, Madame, deà puis la mort pitoyable de la 2),| Comtesse de Cellant, je me suis souvenu de ce que vous me disiez, 1l n'y a pas longtemps, dans votre charmante maison de plaisance, alors que la Comtesse était femme, en premières noces, de notre ami Ermès Visconti (Dieu veuille l'avoir reçu dans sa gloire !). Son mari passait pour en être jaloux, ce dont tout le monde le blämait à Milan. Il ne lui permettait guère de fréquenter d'autre maison que

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celle de la Signora Ippolita Sforza e Bentivoglia, où je la voyais souvent et causais familièrement avec elle. Elle était toute jeune encore, je me le rappelle, et fort désireuse, comme le sont les

jeunes femmes, d'aller aux fêtes avec la liberté dont jouissent les dames Milanaises ; elle pria la Signora Ippolita de décider son mari à la laisser aller à quelque endroit où elle était invitée. La Signora Ippolita transmit cette demande au Signor Ermès en ma présence, un jour que nous étions tous trois seuls à causer ensemble. Ermès écouta la requête qu'on lui faisait et répondit en souriant :

— « Je parlerai librement devant le Ban- » dello, Madame, sachant qu'il est votre » serviteur dévoué et mon ami. Vous me » pardonnerez de ne pas laisser aller ma » femme où elle veut, et sijene lui donne » pas autant de liberté qu'il est d'usage à » Milan; je connais le trot et le pas de » mon bidet, et je sais qu’il ne faut pas » lui laisser la bride sur le cou. Je vous » prie en grace de ne plus parler dé » cela : excepté dans cette maison, où elle

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» peut toujours venir de jour et de nuït, » quand vous y êtes, j'entends qu'elle » n'aille nulle part. » Quand il fut parti, nous nous demandâmes longtemps, la Signora Ippolitaet moi, ce que voulaient dire ces paroles, mais nous ne savions pas, en vérité, à quelle cause les attribuer. Aujourd'hui, la triste fin qu'a faite cette infortunée et la vie qu’elle a menée après la mort d'Ermès, ont désabusé tous ceux qui prenaient son mari pour un jaloux. C'était un homme prudent, sachant bien ce qu'il faisait et connaissant, comme il le disait, le trot de sa haquenée.

Oui, quoique tout jeune, Ermès était fort sage et fort prudent ; tout le temps desa vie, il dirigea sa femme de façon à la faire passer pour une des plus honnêtes et des mieux élevées de Milan. Cependant il s'est, selon moi, trompé en un point : c'est qu'étant, comme on le sait, . un des premiers gentilshommes de cette ville, aussi noble que riche, il devait prendre pour femme une damoiselle noble, bien née, ayant reçu dans sa famille de bons exemples, et non pas en choisir

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une dont le sang était si inférieur au sien, et se laisser attirer seulement par l'appât d'une grande fortune, acquise dans l'usure. Ceux qui veulent élever une belle race de chevaux recherchent des juments d’un sang pur, produites par de bonnes et nobles cavales. De même, ceux qui aiment la chasse ne veulent pas de chiens (qu’il s'agisse de chiens d'arrêt ou de chiens courants) qui ne sotent de bonne race; ils s'enquièrent avec tout le soin possible du père et de la mère: et, si par malheur une de leurs chiennes est couverte par un chien de mauvaise race, ils jettent à l’eau tous les petits. Que dirai-je encore? Si un homme veut acheter du drap ou des souliers, il s'assure qu’ils sont faits avec de bonne laine ou de bon cuir. Et pour prendre femme, on ne s'occupe aujourd’hui que de l'argent! Cependant on devrait mettre à cela plus de soin qu'à tout le reste, S'informer avec plus de sollicitude de ce que sont le père et la mère. Je ne veux pas nommer ici un des premiers feudataires de Lombardie

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qui, pour se concilier la faveur du Duc Galéaz, prit pour femme la fille d'un de ses Capitaines, qui était folle à lier. Le résultat, c’est que tous les fils qu’il en eut, tout princes et riches qu'ils étaient, furent des fous, commirent les plus énormes sottises du monde, et amenèrent probablement la ruine de cette famille.

Nous échangions, dernièrement, nos idées à ce sujet, avec Antonio Sabino, homme lettré et fort expérimenté, gouverneur des Comtes Bolognini, fils du Comte Matteo Attendulo et de la Signora Agnese de Correggio, Seigneurs de S. Angelo; il s'étendit longuement sur cette question, énuméra, au grand plaiïsir de ses auditeurs, toutes les qualités qu'on doit rechercher dans une jeune fille à marier, et conclut, en appuyant son avis d'excellentes raisons, que la dot devait être la dernière chose à considérer. Puis, la conversation étant venue à tomber sur le cas particulier de la Signora Bianca Maria, je le priai, d’autant que j'étais en Romagne au moment de sa fin, de vouloir bien-me raconter

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l'histoire de ses malheureuses amours et de sa mort. Comme il se prête volontiers à ce qui peut faire plaisir à ses amis, il me narra tout fort exactement, je crois. J'ai écrit son récit, pour l’insérer dans mes Nouvelles, afin que, plus tard, on puisse Py trouver, et j'ai voulu le faire précéder de votre nom en vous le dédiant. Je vous l'envoie donc (mon illustrissime et chère Dame), en vous priant très-humblement de ne pas vous fâcher Parce que je me prévaux, pour une chose de si peu d'importance, de votre glorieux et illustre nom. Notre excellent Messer Mario pourra vous en faire la lecture, quand yous y Sèrez disposée. Que Dieu, Notre-Seigneur, vous conserve !

GROACBINORTE

LC4 COMTESSE ‘DE CELLC4ANT

fait assassiner le Comte de Masino et elle a la tête tranchée.

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