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quel profit. il y aurait pour vous ou:

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» d'or, et si vous n’y parvenez pas, vous » me donnerez une robe de satin blanc.»

Elle possédait en propre quelques rentes qu’une de ses tantes lui avait laissées en héritage et dont elle tirait d’assez gros profits, de sorte qu’elle se croyait en droit de parier avec son mari. Quand celui-ci vit sa femme bien décidée à mettre à l'épreuve cette épée incomparable.il finit, après quelque résistance, par y consentir ; il quitta son siège, leva le bras et dit :

« Ma femme, dites-moi où vous voulez » que je frappe et que je coupe. » Elle avait, comme il a été dit, la main sur le vêtement juste à hauteur des jambes de Pompeio; elle la retira, la- posa sur les .cuisses et répondit : — « Coupez là, si vous » voulez en sortir avec honneur. — » Parlez-vous sérieusement, » répliqua le mari, « ou vous moquez-vous de moi ?

» Sur mon âme, je vous en ferai vite » passer la fantaisie. — C’est pour tout » de bon, » s’écria la Dame, « et je parle » aussi sérieusement que je le puis. Mais » peut-être réussiriez-Vous mieux à cou- » per facilement à cet endroit-ci; tenez,

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» frappez là, » et elle posait la main sur la poitrine de son amoureux caché; de la poitrine elle la remonta jusqu’au cou et dit : « Allons, coupez où est ce » galon jaune ; » et elle tenait toujours la main à l’endroit qu’elle désignait. Le mari finit par s'apprêter à frapper et dit à sa femme : — « Écartez-vous, si vous » voulez que je vous montre ce que » peut faire cette épée, vous verrez cette » fois-ci un joli coup. » Il y avait beaucoup d’autres effets sous Pompeio et-sur lui, aussi la Dame répondit-elle en riant à.son mari :.— « En vérité, je crois que » vous seriéz assez simple pour me » gâter tous ces vêtements. Allez, -allez, » quand vous les aurez abîmés, je ne » pourrai en avoir d’autres. Je ne tiens » pas à ce que vous me montriez la force » de votre bras sur mes robes. » Tout en bavardant ainsi, elle emmena son mari hors de la chambre, il. monta à chevalet partit se promener par la ville.

Elle envoya ses femmes dans la maison à leurs travaux, rentra dans la chambre et découvrit le pauvre amoureux qui était

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plus mort que vif et qui avait mille fois maudit sa Dame, son amour et luimême. Dès.qu'elle l’eut- découvert, elle lui dit en souriant : « Partez, allez à vos » affaires et ne m’ennuyez plus de vos » histoires d'amour; chaque fois que

» vous .oserez venir me trouver chez.

» moi pour cela, je vous paierai de sem- ‘» blable monnaie, et peut-être de pis en- » Core. »

Pompeio reprit un peu courage et ré

pondit : — « Madame, n’accusezquel’excès

» de mon amour qui m’a poussé à agir » ainsi.» Commeelle ne lui permettait pas de continuer, il s’en alla, combattu entre lamour.et la colère. Tout en réfiéchissant au moyen qu’il pourrait employer pour satisfaire sa passion et se vengér de sa Dame, il lui vint à l’esprit une idée bizarre, et il épia l’occasion de l'appliquer. En attendant, il suivait et courtisait comme auparavant la Dame, qui ne pouvait le regarder sans rire, en se rappelant comment elle l’avait traité.

I] arriva peu de temps après que le mari d'Eleonora quitta la Lombardie et

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partit pour Rome. Pompeio apprit qu'il y resterait quelques mois; le jour même de son départ, il feignit d’être malade et fit répandre dans la ville le bruit que sa maladie était très-grave ; il resta plusieurs jours enfermé dans sa chambre, ayant pour le soigner un fameux Médecin qui était tout à sa discrétion. Il avait fait part de ses intentions à Donna Barbara, sa sœur. Celle-ci invita un jour à dîner avec elle Donna Eleonora; l'invitation fut acceptée avec plaisir, parce que les deux dames étaient très-liées. Pendant qu’elles dînaient, tout en causant de la maladie de Pompeio, un domestique dit à Barbara : « Signora, il vient d’arriver » à votre frère un singulier accident; il » a perdu la parole. — O mon Dieul »

s'écria-t-elle, « fais vite préparer la voi- » ture. » Eleonora la rassura et lui offrit de l’accompagner; elles laissérent donc leurs demoiselles dîner à la maison, et montèrent toutes deux en voiture; on baissa les portières du carrosse, et elles se dirigèrent vers la maison de Pompeio.

Celui-ci était.au lit dans une chambre

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fort obscure. Les deux dames entrèrent et s’approchèrent du lit. — « Mon frère, aie » bon courage, » lui dit sa Sœur; « voici » Madame Eleonora qui est venue te » voir, » Pompeio prononça d’une voix très-faible quelques paroles inintelligibles; il avait l’air d’être tout à fait mal.

Les serviteurs, qui avaient le mot, laissèrent les deux danres seules avec leur maître. Donna Barbara, tout en ayant l'air dé faire je ne sais quoi, sortit adroite= ment de la chambre et ferma la porte à clef.

Quand le malin jeune homme vit qu’il avait en son pouvoir sa cruelle bienaimée, il sauta hors du lit, lui jeta les bras au cou et lui dit : — « Vous êtes ma » prisonnière. » Elle voulait échapper à son étreinte, mais elle s’y efforçait en vain. Tout en la tenant ferme, il ouvrit une fenêtre. La Dame, voyant que les cris ne lui serviraient à rien, se mit à pleurer, à se plaindre vivement de Donna Barbara, qu’elle accusait de déloyauté et de trahison. Le jeune homme la consolait de son mieux et ne lui ménageait pas les

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paroles d'amour; il lui disait d’avoir l'esprit en paix, qu'il voulait seulement coucher amoureusement avec elle et qu'elle ne sortirait pas de ses mains avant qu’il eût mené ses projets à bonne fin, qu’il se fût vengé de l’atroce et épouvantable tour qu’elle lui avait joué au mépris de toute. convenance; il ajoutait qu’il userait de procédés bien différents et que ce ne serait pas le fer qu’il emploierait.

Elle ne voulait pas s’apaiser, ni rien entendre; en femme orgueilleuse, violente et intrépide qu’elle était, elle enrageait de colère et de dépit, et il n’y avait pas moyen de la calmer. Elle pleurait à chaudes larmes en se voyant, seule et sans secours possible, au pouvoir de son amant, et elle s’abandonnait au désespoir.

Pompeio, après l'avoir laissée pleurer et se lamenter pendant assez longtemps, la prit-dans ses bras, la baisa malgré elle à plusieurs reprises sur la bouche, sur les seins, et se mit à lui rappeler le passé en hu disant : « Chère Signora, vous savez » pendant combien de temps. j'ai été » votre serviteur; il n’y avait chose si

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difficile au monde que je n’eusse accomplie pour l’amour de vous. Vous m'avez fait bien des fois bon visage et vous m'avez montré que mes assiduités vous

“étaient agréables, Comme je ne pouvais

trouver ni. un endroit ni un moment favorables pour vous exprimer mon ardent amour; comme j'étais, à cause de vous, privé de calme et de repos, et que j'avais perdu l’appétit, même le sommeil, je pris le parti de profiter d'une occasion que je croyais avoir trouvée, quand on me dit que votre mari était parti pour la campagne. Je vins ainsi vous-trouver, tout trem= blant et tout brûlant d'amour. Vous devez vous rappeler comment vous

-m'avez traité et ce que vous avez fait,

au mépris de toute convenance. Si, par hasard, votre caractère altier et orgueilleux vous a fait sortir de l'esprit la peur épouvantable que vous-m’avez causée en cette occasion, vous devez bien penser que je ne l’ai pas oubliée, moi, je l’ai toujours sur le cœur,:et je me souviens que, sans avoir rien fait pour

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» le mériter, J'ai couru, par votre volonté, » risque de mort. Vous ne deviez pas en » user de Îa sorte avec moi, sachant » comme vous le saviez, combien je vous » aimais; si mon amour vous déplaisait, » vous pouviez me donner honnêtement » congé, j'aurais porté mes vues ailleurs.

» Maintenant j'entends prendre de vous » telle vengeance qui me conviendra; je » savais que vous ne seriez pas venue » chez moi de votre plein gré, je mesuis » ingénié à vous y amener par ruse; » vous y êtes, et vous ferez aussi bien de » me donner ce que vous ne pouvez pas » me refuser. » |

A la fin, après une longue lutte, elle fut obligée de se déshabiller et de se mettre au lit avec son amant. Ils se prirent plus d’une fois à bras le corps et elle eut toujours le dessous; Pompeio goûta donc enfin avec elle ce plaisir d'amour qu’il avait si ardemment désiré.

Quand le jeu fut terminé, Pompeio ouvrit une des portes de la chambre et fit entrer la Dame dans une autre pièce trèsrichement décorée, où il y avait un lit

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qui aurait été digne du plus grand Seigneur. Il était garni de quatre matelas de ouate et de draps d’une extrême finesse, tout brodés de soie et d’or, avec. une couverture, de satin cramoisi, entièrement brodée de fils d’or, et frangée de soie cramoisie, richement mélangée d’or. Les quatre oreillers étaient d’un merveilleux travail. Des rideaux de brocart d’or, à bandes cramoisies, d’étoffes précieuses, entouraient ce lit magnifique. La chambre était toute tendue de velours 'cramoisi, artistement brodé, en guise de tapisseries ; il y avait au milieu une belle table couverte d’un tapis de soie d’Alexandrie. On y voyait encore huit superbes coffres sculptés, placés tout autour de la chambre, et quatre fauteuils de velours cramoisi.

Plusieurs tableaux de la main de Maître Léonard Vinci ornaient admirablement cette pièce. Cependant, Donna Barbara avait fait venir environ vingt-cinq gentilshommes, des premiers de la ville. Prévenu de cela, Pompeio, qui déjà avait fait coucher Eleonora dans le beau lit, après

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lui avoir couvert Île visage d’un voile très-riche, et parfumé la chambre de bois d’aloës, d’essences de Chypre, d’un peu de musc et d’autres odeurs, écarta les rideaux du lit, en recommandant à la Dame de ne pas faire un mouvement, quoi qu'elle entendît. Puis, richement vêtu, l’air joyeux, il entra dans la salle où étaient les gentilshommes et leur fit un gracieux accueil. Tout le monde le vit avec un extrême étonnement, parce que chacun le croyait très-gravement malade. Il n'eut pas de peine à deviner la surprise générale, et 1l prit la parole en ces termes : « Messeigneurs, mes amis, je crois que vous devez être tous fort étonnés en me voyant ici bien portant, quand vous me croyiez gravement malade. Il est vrai que j'ai été très-mal et en péril de mourir, mais jai pris aujourd'hui un remède salutaire qui, Comme vous voyez, m'a guéri. Je sais que vous étiez tous fâchés de ma maladie, j'ai voulu vous faire plaisir en me montrant à vous. Je veux aussi vous faire voir ce.remède salu-

EEE EE tTEL ET Er

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» taire qui m'a rendu la santé, mais c’est » à condition que vous m'engagiez votre » foi de ne pas bouger, quoi qu’ilarrive. »

Celadit, il les introduisit dans la chambre.

Ils crurent entrer en un Paradis, tant l'endroit était beau, et exhalait une odeur suave, La Dame, qui entendit tout ce monde et qui peut-être reconnut à la voix quelqu'un de ses parents ou de ses amis, demeura toute tremblante, ne sachant ce que Pompeio voulait faire.

Après qu’on se fut extasié sur la belle décoration de la chambre, chacun désira voir la personne couchée dans le lit; Pompeio dit alors : « Dans ce lit, Mes- » seigneurs, est le précieux et salutaire » remède qui aujourd'hui m'a guéri ; je » vais vous le faire voir, morceau par » morceau.» Après avoir ainsi parlé, il ajouta qu’il ne fallait pas découvrir le visage ; puis, avec l’aide d’un de ses serviteurs, il ôta doucement la couverture du lit, de sorte que la Dame ne resta plus couverte que d’un drap très-fin, qui ne cachait entièrement aucune des parties de son corps délicat et souple. Pom-

: ee “ee mit Et * tes, - ras oo

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peio Jeva un .peu ce drap et découvrit deux petits pieds un peu longs et d’une blancheur éclatante, dont les doigts menus et fins paraissaient de pur ivoire, avec des ongles semblables à des perles; il ne tarda guère à découvrir presque toutes les cuisses. La Dame demeurait étendue ; à la vue de ses jambes et de ses cuisses délicates, ceux qui regardaient sentirent s’éveiller en eux quelque chose qui dormait. Pompeio leur demanda ce qu’ils pensaient d’un semblable remède.

Tous en firent l’éloge le plus pompeux, chacun voulait le savourer. Alors, Pompeio, après avoir caché avec un morceau de drap ce qui est entre les cuisses, découvrit toute la poitrine jusqu’à la gorge : délicieux spectacle pour les assistants, car le corps était admirable de proportions et la poitrine une merveille de beauté. Tout le monde regardait avec ravissement cette gorge blanche et ferme, les deux-seins ronds et durs qui auraient semblé d’albâtre, si le tremblement de la Dame ne leur avait communiqué une légère fluctuation qui faisait plaisir à

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voir. Chacun s'attendait à contempler un visage angélique, quand Pompeio recouvrit d’un seul coup les membres découverts et reconduisit les gentilshommes dans la salle où Donna Barbara avait fait préparer les fruits) que comportait la saison, avec des dragées et d'excellents vins. On parla de choses-et d’autres, tout en buvant et en croquant des bonbons, puis chacun s’en alla où il lui plut.

Pendant qu'on mangeait les fruits, Donna Barbara entra dans la chambre où était Eleonora, encore au lit, et lui dit : — « Madame, mon frère vous a rendu »-pain pour fouace. » Eleonora, pleurant et se plaignant amèrement de la trahison de Barbara, demanda qu’on lui fit apporter ses effets. Pompeio survint alors et lui dit en la saluant : — « Madame, » nous sommes quittes; cependant la » raison veut que ce soit vous qui ayez » tort. » Il lui en dit tant qu’il finit par la calmer. Elle avait éprouvé déjà que les embrassements de son amant avaient bien plus de saveur que ceux de son mari; elle renonça tout à fait à sa colère,

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et s’arrangea de telle façon, qu’ils jouirent longtemps ensemble des délices d'amour. Elle ne se moqua plus de personne et devint très-gentille et trèsaimable. Que cela vous apprenne, mes chères Dames, à ne pas vous moquer d'autrui, si vous ne voulez pas qu’on se moque de vous et que la vengeance soit peut-être pire que l’offense,

LE BANDELLO

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