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moi, je l’aime comme un frère, je sais bien qu’il me le rend et qu’il me ferait plaisir tant qu’il le pourrait, comme je le ferais pour lui, mais pourquoi me demandez-vous cela ? — Je vais vous le dire, » reprit la

Dame, et elle ajouta après lui avoir donné une demi-douzaine et plus de tendres baisers : « Vous êtes une bonne

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dupe, ma vie, et je suis bien sûre, moi, que vous n’avez pas au monde de plus grand ennemi que lui. Écoutez comment je le sais, et vous rie croirez pas que je me l’imagine à tort. Quand il était mon amant, nous en vinmes une fois à parler de vous; il me jura qu’il ne serait jamais heureux tant qu’il ne vous aurait pas fait planter entre:les côtes un poignard empoisonné, et qu’il espérait bien vous jouer avant peu un si bon tour, que vous perdriez pour toujours le goût du pain. Il m’a tenu sur votre compte bien d'autres mauvais propos, mais il n’a Jamais voulu me dire ce qui vous a valu sa haine, quoique je l’en aie prié bien affectueuse-

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.ment. Malgré que je fusse alors brouillée

avec vous, je ne laissai pas de chercher à le faire renoncer à sesfunestes projets.

Il me répondit durement qu’il était décidé à y donner suite et que j'eusse à lui parler d’autre chose. Prenez donc garde à lui, vous êtes averti, pensez à votre sécurité. Mais si vous vouliez m'en croire, je vous donnerais bien le moyen de vous mettre à l'abri de ses fanfaronnades et de lui. Je prendrais les devants, et je lui ferais ce qu’il cherche à vous faire. Vous avez bien le moyen de vous débarrasser de lui; tout le monde vous en félicitera et vous en estimera davantage. Croyez-moi, sivous ne commencez pas, il ne s’endormira pas, lui, et un beau jour que vous n’y penserez guère, il vous fera assassiner.

Suivez mon avis, faites-le tuer le plus tôt.que vous pourrez; outre que vous remplirez ainsi le devoir d’un galant homme en protégeant votre vie, qui doit vous être très-précieuse, vous me ferez encore à moi un des plaisirs les plus vifs que jesoiscapable de ressentir

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» en ce moment. Si vous ne voulez pas » agir pour votre compte, faites-le pour » l’amour de moi, vous me donneriez » une ville entière, que vous ne me feriez » pas une joie pareille à celle que j’éprou- » verai en voyant mort cet homme à » langue de vipère; si vous m'’aimez, » comme je crois que vous m’aimez, VOUS » retrancherez du monde des vivants cet » orgueilleux, cet arrogant, qui ne fait » cas ni de Dieu ni des hommes. » :

La Dame aurait bien pu persuader à Ardizzino que toute cette histoire était vraie, si elle n’avait pas fini par montrer la haine qu’elle éprouvait; aussi ce dernier la jugea-t-il entraînée par les mauvais sentiments qu’elle avait pour le Comte et non point par l'intérêt qu’elle lui portait, à lui; il tint donc pour certain que le Comte n’avait jamais tenu les propos qu’elle lui prêtait. Il n’en témoigna pas moins qu’il attachait beaucoup de prix à ses conseils, l’en remercia à plusieurs reprises, et lui promit d'en faire son profit. Mais, bien loin de les vouloir suivre, il ne pensait

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qu’à se rendre à Milan pour conférer avec le Comte; ce qu'il fit. Dès qu'il en trouva l’occasion, il alla le voir à Milan, et lui rapporta de point en point tout ce que la Dame lui avait dit. Le Comte fit le signe de la croix, au comble de l’étonnement, et s’écria : « Ah!

» l’éhontée putain! si ce n'était pour » un galant homme un déshonneur de » tremper ses mains dans le sang d’une » femme, et surtout d’une drôlesse » comme celle-ci, je lui arracherais la » langue du fond du gosier, mais avant, » je voudrais qu’elle confessât combien » de fois elle m’a supplié, les mains » jointes, de vous faire assassiner.» Ils se découvrirent ainsi l’un à l’autre les roueries de cette abominable femme et connurent toute sa méchanceté. Aussi ne se firent-ils pas faute d’en dire tout ce que l’on peut dire d’une coquine et d’une drôlesse; en public comme dans l’intimité, ils racontaient ses scélératesses, et ils la rendirent la fable de la ville.

En apprenant ce que disaient d'elle ses anciens amants, quoiqu'’elle fit mine

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