AVERTISSEMENT IX
tions les plus brutales. S'il est parfois incorrect (il en demande l’absolution, croyons-le sur parole), ce n’est pas impuissance de mieux faire, C’est plutôt crainte que sa prose ne sente l’huile; il écrit comme il aurait conté dans un cercle de galants seigneurs et de jolies femmes, sachant très-bien qu’on lui pardonnera une tournure familière, une répétition, s’il relève ces négligences par un trait délicat, une finesse de causeur, un mot piquant. | Pour restituer à ces Nouvelles leur véritable caractère, il me suffsait pas de les traduire plus exactement qu'au xvr siècle, fl fallait encore leur rendre le cadre dans lequel l’auteur les avait placées. Bayle, en æxcusant Boaistuau et Belleforest de leur Mauvais style, déclarait ne pouvoir leur pardonner d'avoir ajouté, retranché, modifié mille choses, et surtout d’avoir supprimé les Dédicaces; ellés font partie intégrante du récit et n’en peuvent être distraites sans amoindrir lintérêt. « Les Épîtres qui précèdent les Nouvelles, et qui leur servent d'introduction ou de commentaire, nous font connaître », dit Ginguené, « l’origine,
x AVERTISSEMENT
l’occasion, les circonstances, les témoins de Pévénement, et même le but, toujours moral, que le conteur se propose; quelquefois on y trouve un tableau des opinions, des mœurs du temps auquel se rapporte le sujet de la Nouvelle, ce qui la rend encore plus vraisemblable et plus intéressante. C’est ainsi qu’il trace à Lancino Curzio et à Bartolomeo Ferraro, philosophe et poëte, le tableau le plus vrai et le plus affiigeant des vices dominants des femmes et des hornmes de son temps. Il nous parle des erreurs des Protéstants, mais sans taire les vices des Catholiques, et surtout des ecclésiastiques, qui les ont occasionnées. Il cherche encore à rétablir le véritable caractère politique ou littéraire de certains personnages que l'histoire ou la tradition vulgaire avaient altéré. » (Histoire littéraire dItalie, tome VIIL.)
Depuis Boccace, les Conteurs se mettaient presque tous l'esprit à la torture pour relier entre eux leurs récits, les encadrer dans une fiction agréable qui leur donnât en outre quelque vraisemblance. Mais il était difficile de surpasser, ou même d'’égaler cette poéti-