AVERTISSEMENT VIT
sant un récit mieux lié, mérites qui sont grands assurément, mais qui ne peuvent faire oublier le premier inventeur; enfin, les Histoires tragiques de Boaistuau et de Belleforest sont leur œuvre personnelle à peu près autant que celle de Bandello, et le Privilège qui leur conférait le droit de publier ces Histoires était parfaitement dans le vrai en constatant qu’elles sont « traduites et enrichies outre l'invention de l’auteur ». Il y a, en effet, dans leur recueil, beaucoup trop de richesses qui leur sont propres. Non contents de bouleverser tout l’ordre des Nouvelles, afin de justifier leur titre en accordant la préférence aux plus tragiques, de retrancher les Dédicaces, qui donnent à chacune d'elles son cadre particulier, de ne respecter ni le style ni la manière de l’auteur, c’est-à-dire ce qui constitue sa personnalité littéraire, ils ont fréquemment modifié ses récits, altéré les circonstances, imaginé d’autres dénouements et intercalé partout des réflexions, des souvenirs de l’histoire Grecque et Romaine, des harangues, des lettres, des sonnets, des romances dont le texte n’offre pas la moindre trace.
VIIL AVERTISSEMENT
Une chose frappe pourtant dans ce fatras et lui valut, il y a trois cents ans, une foule de lecteurs : c’est l'étonnante diversité et l'intérêt de ces Nouvelles, qui offrent pour la plupart les péripéties, les développements de caractère et de passion des romans modernes. En les accommodant au goût du jour, par de désastreuses amplifications, la prétendue traduction Française n’a pu entiérement leur enlever ce qui en constitue le nerf et l'attrait principal. Depuis Boccace, personne n’avait rassemblé un tel nombre de récits, de genres si variés, d’un accent si vrai, et tous de nature à piquer la curiosité, à exciter l'émotion. À ces mérites, qui sont ceux du fond, il faut joindre ceux de la forme, entièrement annulés par Belleforest, mais très-réels dans le texte original, bien que Bandello se défende d’être un styliste et allègue qu’en qualité de Lombard il peut lui arriver d’écorcher la pure langue Florentine. Quoi qu'il en dise, c’est un écrivain du genre fleuri, habile à tout exprimer, et fort élégamment, à l’aide de métaphores ingénieuses, ne dédaignant pas le mot pour rire, etenjolivant jusqu'aux situa-