‹ Nouvelles de BandelloChapitre 48 sur 63 · SES VE EVE EE S · texte numérisé non relu

SES VE EVE EE S

tu reçoives ce matin notre Sauveur,

comme doit le faire tout fidèle Chrétien; pour le recevoir, il faut y préparer notre âme, autant que le comporte la fragilité humaine, afin qu’elle soit digne d’être le logis d’un tel hôte. Il convient donc de s’être entièrement confessé de tous ses péchés et de n’en cacher aucun au Prêtre.

Hier, tu m'as assuré que tu n’avais rien d'autre à me dire, et je suis averti de bonne part que tu m’as caché, par respect humain, un de tes péchés. Ce n’est pas bien ; quand même tu aurais mis le Christ en croix, pourvu que tu te repentes et que tu le confesses, 1l est là cloué sur la croix avec les bras ouverts et toujours prêt à te pardonner ; tu n’as qu’à le vouloir. Dis-moi

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» donc franchement tous tes péchés, » mon fils, et, puisqué tu n’as pas eu » honte de les commettre, n’aie pas » honte de les avouer. Tu es peut-être » devant le Juge éternel, et tu cours le » risque de mourir. Ne crains rien, et » dis toute la vérité. — Mon Père, »

répondit le Porcellio, « je me suis con- » fessé entièrement hier, et à toutes vos » questions j'ai répondu la pure vérité; » si cependant vous avez le moindre » doute, parlez et je l’éclaircirai. » Alors le Moine, tout plein de zèle pour le salut du pécheur, lui dit : — « Mon fils, on m'a » affirmé que tu es coupable du péché » contre nature et que tu l’as commis » souvent. S'il en est ainsi, il faut me le » dire, il faut te repentir d’un si grand » péché, et prendre la ferme résolution » de ne plus le commettre. Si tu t'en » confesses, je t'en absoudrai; autre- » ment, tu iras dans la gueule de Luci- » fer, et tu y subiras les affreux supplices » de l'Enfer. » A ces paroles, le Porcellio à demi courroucé, presque en colère, répondit : — « Messer, vous me paraissez

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vraiment étrange et ce que vous dites n’est pas vrai. Celui qui m’accuse du péché contre nature ne sait ce qu’il dit et ment. Vous devez me croire pour cela, et non pas les autres. Personne ne sait mes affaires mieux que moi. »

Le bon Père, entendant ces mots et sachant bien qu’il faut croire tout ce que dit un pénitent, aussi bien en sa faveur que contre lui, répliqua en ces termes :

— « Mon fils, j'ai fait mon devoir comme » la bonté divine m'a inspiré. Il faut » maintenant envoyer chercher le Curé » pour qu'il administre le saint Sacre- » ment de l'autel; je lui ai parlé en » venant ici et il attend. »

On envoya chercher le Curé, et la femme voyant que le Moine était resté un bon moment avec le malade, entendant dire enfin que le Curé venait, crut que son mari s'était confessé de tous ses péchés. Tout en attendant le Curé, le bon Père resta à causer de choses édifiantes avec le Porcellio, qui lui tint ce langage : — « Je ne sais, ni ne veux savoir, » qui m'a accusé auprès de vous du péché

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» contre nature, lequel je n’ai jamais » commis, Dieu le lui pardonne. » Et il se mit à affirmer par serment au Religieux qu’on lui avait menti, à faire appel au témoignage de tous les Saints du Paradis, avec les plus terribles imprécations. Le bon Père, qui voyaitcet homme tout près de la mort, n’aurait jamais pu croire qu’il dît autre chose que la vérité.

Aussi, quand le Curé fut arrivé, le pauvre Porcellio reçut le Sacrement de l’autel et fit montre d’une grande contrition.

Comme le Religieux s’en allait, la Dame laccompagna jusqu’à la porte, le remerciant avec chaleur de la sainte tâche qu’il avait remplie auprès de son mari et le suppliant de prier Dieu pour que le Porcellio maintint les bonnes résolutions et ne retournât plus à son vomissement.

Le Moine lui fit une honnête réprimande et lui dit : — «a Madame, vous êtes vrai- » ment bien entêtée; vous péchez en » ayant mauvaise opinion de votre mari, » quand il n’est pas coupable, et en l’ac- » cusant comme vous le faites d’un vice ». si honteux. Ce n’est pas bien, et il ne

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faut pas agir ainsi. » En entendant ces

mots, la Dame retint le Religieux qui se préparait à sortir de la maison et lui dit : — « Mon Père, je ne voudrais pas

vous voir partir fâché contre moi, je n'ai rien fait pour cela, et puis, je ne voudrais pas que mon mari mourût comme une bête. S'il a vécu (comme effectivement il l’a fait jusqu'ici) pis que ne vivent les animaux privés de raison, je voudrais, si c’est possible, qu'il mourûñt comme doit mourir

‘tout bon Chrétien. Ce que je vous ai

dit de lui, ne croyez pas que je vous Paie dit ou par jalousie ou sur des soupçons que j'aurais conçus à la légère; je ne m'aventurerais pas de la sorte; mais je l'ai vu avec ces deux

» yeux que voici. Et, malheureusement

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