‹ Nouvelles de BandelloChapitre 49 sur 63 · OS S · texte numérisé non relu

OS S

pour moi, je ne suis pas la seule, il n'y a dans la maison personne qui ne vous en rende témoignage. Je lui ai fait cent fois peut-être à ce propos des scènes violentes, et je vous assure qu’il n'aurait pas osé nier en ma présence.

C’est pourquoi, mon Père, ne vous

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» occupez pas de sgs dénégations, mais » pour Dieu, retournez dans la chambre » et voyez à le tirer de la main du Dia- » ble. » Le saint homme fut tout troublé de ce discours: il retourna près du Porcellio et lui dit : « Hélas, mon fils, je » ne Sais ce qu’on me rappoïte de toi..

» Tu prétends que tu n’as pas comrhis le » péché contre nature, et tu en es plus » chargé que si tu avais sur le dos tout » l’édifice de la Cathédrale de Milan; je » le sais, à présent : tu as pour les jeu-.

» nes garçons mille fois plus de passion » que la chèvre n’en a pour le sel. » Le Porcellio répondit de sa plus belle voix et en hochant la tête : — « Oh, oh, » révérend Père, vous n'avez pas su » m'interroger. M'amuser avec des » jeunes garçons m'est plus naturel à » moi qu’il n’est naturel à l’homme de » boire et de manger, et vous me de- » mandiez si je péchais contre la na- » ture! Allez, allez, Messer, vous ne » savez pas ce que c’est qu'un bon mor- » ceau. » Le bon Pèéré, tout étourdi de

cette voix diabolique, haussa les épaules

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et, après avoir quelque temps regardé le Porcellio comme un prodige et comme il aurait regardé un monstre effrayant, il dit en soupirant : — « Hélas, Seigneur » Dieu, jai fait mettre le Christ dans » une fournaise ardente. » Il partit, et rencontrant la femme, il lui dit : « Ma- ‘» dame, j'ai fait tout ce que j'ai pu. » A ce moment, le Porcellio appela sa femme à haute voix ; elle accourut aussitôt dans la chambre de son mari. — « Ma femme, »

s'écria cet infâme scélérat, « fais-moi ‘» apporter un seau d’eau, et vite. »

Comme on lui demandait ce qu'il en voulait faire : « Je veux, » dit-il, «étein- » dre le feu qui brûle le Christ, puisque » cet imbécile de Moine me dit qu’il l’a » jeté dans une fournaise, » et il raconta tout à sa femme, qui en eut du chagrin à en mourir. Le Porcellio entra en convalescence et se guérit de son mal; cette histoire se répandit. à la Cour et dans Milan, de sorte que tout le monde le montrait au doigt et qu’il fut contraint de ne plus sortir de sa maison. On peut

croire qu'ayant vécu comme une bête,

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il mourut comme une brute. Et en somme on dit avec raison : Le loup a beau changer de poil, il ne change pas de vice.

LAPS NCIEGRE

LE BANDELLO

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