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204 Nouvelles de Bandello — Ir partie
chez elle, Giulia ouvrit un coffre où elle rangeait le peu de hardes qu’elle avait. Elle se débarrassa de tous Îles vêtements qu’elle portait et pritune chemise propre, qu’elle mit. Elle revêtit ensuite sa camisole de basin blanc comme neige, une blanche collerette de gaze et le tablier de crêpe bleu qu’elle avait l’habitude de ne porter qu’aux jours de fête. Elle se mit encore une paire de bas de soie blanche et de souliers rouges.
Puis elle se coiffa avec un grand soin et suspendit à son cou un collier d’ambre jaune. Enfin elle se para de tout ce qu’elle avait de plus beau, comme si elle eût voulu se montrer au public le jour de la fête la plus solennelle de Gazuolo. Cela fait, elle appela sa sœur et lui donna tout le reste de ce qu’elle possédait, la prit par la main et, après avoir fermé sa porte, se rendit à la maison d’une voisine, femme âgée, qui gardait le lit parce qu’elle était infirme. Giulia raconta en pleurant à cette bonne femme le malheur qui lui était arrivé. « Que Dieu ne
VIII — Giulia de Gazuolo 205 permette pas que je reste en vie, »
dit-elle, « maintenant que j'ai perdu
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l'honneur, qui était pour moi la vie même! Il ne faut pas que personne me montre au doigt et dise en ma présence : Voici une gentille enfant qui est devenue une catin et quia déshonoré sa famille ; sielle se rendait justice, elle devrait se cacher. Je ne veux pas que personne puisse dire aux miens que J'ai volontairement cédé à ce Camérier. Ma mort prouvera à tout le monde de la façon la plus claire, la plus éclatante, que si mon corps a été pris de force, mon cœur est resté pur. J’ai voulu vousdire ces quelques mots pour que vous puissiez faire à mes malheureux parents un rapport fidèle, et leur assurer que je n’ai jamais consenti à me prêter aux appétits brutaux du Camérier. Vivez en paix. »
Ces paroles dites, Giulia sortit et se
dirigea vers l’Oglio; sa petite sœur la suivait en pleurant, ne sachant pas de quoi il s'agissait. Quand la jeune fille