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D, AD ON

206 Nouvelles de Bandello — Ir partie

arriva sur les bords du fleuve, elle se lança, la tête la première, au plus profond de l’Oglio. Aux cris que poussa sa sœur, si fort qu'ils allèrent jusqu’au ciel, une foule de gens accoururent, mais trop tard, parce que Giulia, qui s'était jetée volontairement dansle fleuve pour se noyer, n’avait pas cherché à se soutenir et s’y était enfoncée. Monseigneur l’Évêque et Madame, quand ils apprirent cette funeste aventure, firent rechercher son corps. Alors le Camérier s'enfuit, de concert avec l’estafier. Le cadavre fut retrouvé; quand on sut pourquoi la pauvre fille s’était donné la mort, ce fut dans tout le pays, parmi les femmes et même parmi les hommes, un deuil universel; tout le monde pleura son sort. L’illustrissime et Révérendissime Seigneur Évêque, ne pouvant l’enterrer en terre sainte, la fit mettre sur la place dans un caveau qui s’y trouve encore, et résolut de la faire ensevelir dans une tombe de bronze, et de faire poser sur un piédestal ce sépulcre de marbre qu’on peut voir sur la place.

VIII — Giulia de Gazuolo 297

Et en vérité, à mon avis (prenez-le pour ce qu’il vaut), cette pauvre Giulia, notre compatriote, ne mérite pas moins d’éloges que la Lucrèce Romaine : peutêtre même {si l’on pèse bien toutes les circonstances) doit-elle lui être préférée.

On pourrait seulement reprocher à la nature de n’avoir pas donné à une âme si vaillante et si généreuse, une plus noble origine. Mais on tient toujours pour assez noble quiconque aime la vertu et met l’honneur au-dessus de tous les biens de ce monde.

LE BANDELLO

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