‹ Nouvelles de BandelloChapitre 61 sur 63 · BTE BEBE S EYE TE · texte numérisé non relu

BTE BEBE S EYE TE

IX — Ia Trahison du Moine 323

qu’il s’en irait tout seul trouver sa Commère et qu’il cacherait son amour à tous ses gens. Enfin, le cœur nageant dans une mer de Joie, il la quitta et rentra chez lui. Ce soir-là il soupa légèrement, ivre d’un bonheur sans pareil et se disant qu’il avait une bonne chevauchée à faire.

Au coup de quatre heures, il sortit seul et s’en fut tout droit chez la Commère, qui lattendait, sa porte entr'ouverte.

Elle lui apprit que le mari n’était pas venu souper, et ne serait pas chez lui de la nuit; il y avait bien eu chez la Dame un de ses frères avec un autre gentilhomme qu’elle ne connaissait pas, mais tous deux étaient partis avant elle.

Après qu'ils eurent encore causé de bien d’autres choses, Lattanzio s’en alla, pénétra dans la ruelle, fit le signal que la Commère lui avait indiqué, et la vieille, qui était à la porte, la lui ouvrit, mais si peu qu’à peine put-il entrer : la cuve empêchait de l’ouvrir plus largement.

Dès qu’il fut introduit, la vieille le conduisit avec précaution à la chambre de la Dame. Comment pourrais-je vous racon-

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ter l’accueil que se firent les nouveaux amants, les caresses, les baisers, les embrassements qu’ils échangèrent, les plaisirs délicieux qu’ils prirent dès qu’ils se trouvèrent ensemble couchés dans le même lit et jouissant l’un de l’autre? Il me suffira de vous dire que Caterina, le lendemain, jura à sa Commère qu’elle avait eu dans cette nuit-là plus de jouissances qu'elle n’en avait éprouvées depuis tout le temps qu’elle vivait avec son mari.

Au petit jour, Lattanzio, heureux et éreinté, partit après avoir donné à sa belle amie plus de mille tendres baisers.

Avant de sortir, il gratifia la bonne vieille de dix ducats d’or, l’engageant à servir fidèlement sa maîtresse et lui promettant d’être toujours prêt à l’obliger :

la vieille, qui n'avait jamais eu tant d’or entre les mains, le remercia beaucoup et fut tout à fait contente. Lattanzio, rentré chez lui, se mit à dormir, caril avait chevauché toute la nuit.

Les affaires marchèrent de telle sorte que pendant toute une année Lattanzio

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alla souvent coucher avec sa Dame, et tous deux se donnaient le meilleur temps du monde. La Commère eut par ce moyen force ducats de Lattanzio, qui lui promit aussi de prendre son fils pour page quand il serait grand.

Il y avait un an à peu près que nos deux amants jouissaient l’un de l’autre, comme je l'ai dit, si bien que leurs plaisirs, ayant commencé en Carnaval, avaient duré jusqu’au Carnaval suivant, Tout à coup le mari de Caterina se mit en tête, je ne saurais dire à quelle occasion, que, puisqu’il couchait si rarement avec sa femme, elle devait avoir quelqu'un pour cultiver à sa place son jardin et pour l’arroser plus souvent qu’il ne l'aurait voulu. Cela le rendit jaloux (il ne savait trop pourquoi); il se mit à rester chez lui plus que d’habitude, la nuit surtout, ce qui ne plaisait guère à nos deux amoureux. Quand vint le Carême, le mari prit la résolution d'écouter, s’il le pouvait, la confession de sa femme. Sa décision prise, il alla à Santo-Angelo trouver le Religieux aue

te

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quel il savait que Caterina se-confessait d'ordinaire: il lui parla de choses et d’autres, entra dans sa familiarité, et cultiva si bien ces relations, que Île Moine, trahissant son devoir, se laissa prendre et éblouir par les promesses, au point d'offrir au mari une place auprès de lui dans le confessionnal, quand il devait entendre la confession de sa femme. Cela convenu, le jaloux donna au Religieux une poignée de ducats, que celui-ci reçut dans un pan de son froc, pour ne pas y toucher de la main, et attendit patiemment que sa femme allât à confesse.

La Dame avait l'habitude de faire prévenir un jour d'avance son père spirituel ; le jaloux le savait, et il dicta au Moine les questions qu’il devait adresser. Le jour venu, Caterina monta en voiture après dîner, et se rendit à Santo- Angelo où déjà son mari était arrivé.

Elle fit aussitôt appeler le bon Père, et entra dans un de ces petits cabinets disposés pour entendre la confession.

De l’autre côté, saisissant l’occasion, :

et s’arrangeant pour n'être pas vus, en-

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trérent le misérable Moine et ce mari, fou de jalousie, qui venait chercher là ce qu'il aurait bien voulu ne pas trouver; ils entrèrent, dis-je, dans l’autre compartiment. La confession commença; on en vint à parler du péché de luxure, et la Dame confessa celui qu’elle commettait avec son amant. — « Oh! oh!

ma fille, » s’écria le scélérat de Moine, ‘ne t'en ai-je pas reprise vigoureusement l’année dernière, et ne m’as-tu -pas promis que tu né le ferais jamais plus ? Voilà donc comment tu tiens tes promesses ? — Mon père, » répondit la Dame, «je n’ai pas su etje n’ai pas pu » faire autrement ; la cause de tout cela, » c'est la méchante vie de mon mari, » qui me traite comme vous le savez, et » comme je vous l'ai dit les autres fois.

» Je suis une femme de chair et d'os »

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