‹ Nouvelles de BandelloChapitre 60 sur 63 · SO % YU © Ÿ · texte numérisé non relu

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l'heure passer ici devant, monté sur une mule, ce jeune homme que vous m'avez dit ne pas connaître et qui me semble discret et aimable. Il m’a parlé plusieurs fois pendant ce Carnaval, il m’a demandé de l’aimer, mais je ne lui ai jamais dit oui. Je dois

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l'avouer cependant : depuis quelques jours, je lui ai fait meilleur visage qu’à l’ordinaire. Maintenant, j'ai décidé que ce serait lui qui, soit de jour soit de nuit, remplacerait mon mari, et je cherche le moyen le plus sûret le plus facile d’y arriver. Mais comme je crois qu’à nous deux seules nous ne pourrons pas mener l'affaire à bonne fin et satisfaire mes désirs, je crois que je ferai bien de m'en ouvrir à cette vieille qui couche dans ma chambre quand mon mari ne rentre pas à la maison, car je ne me fierais jamais à une jeunesse. Qu'en ditesvous, ma Chère Commère ? » La bonne

Dame répliqua en ces termes : — « Vrai-

ment, Madame, j'ai toujours éprouvé bien de la compassion pour vous en vous voyant belle, jeune, bien élevée, et en sachant la détestable vie de votre mari ; Ce que vous m'avez dit restera à jamais enseveli en moi. Et puisque vous vous décidez à ne pas perdre tout à fait votre jeunesse, vous faites trèsbien. Maintenant, je suis d’avis que

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» vous me laissiez parler à votre vieille » et tâter ses intentions; laissez-vous » guider par moi, j'espère que je mène- » rai la barque à bon port. »

Il fut donc décidé que la Commère parlerait à la vieille et que, si elle la trouvait bien disposée, on ne tarderait pas à faire entrer Lattanzio en possession du trésor si ardemment convoité.

Le moyen de le faire venir facilement auprès de la Dame, toutes les nuits que le mari ne rentrait pas à la maison, était déjà trouvé. Il y avait une petite ruelle sans issue, qui bordait un des côtés de la maison de Caterina, et sur laquelle s’ouvrait une porte donnant accès dans une chambre du rez-de-chaussée où étaient de vieilles cuves à faire le vin, toutes hors d'usage. Comme cette porte était restée fermée depuis nombre d’années, que personne ne s’occupait de ces vieilles cuves, et que l’on ne passait presque jamais par la ruelle, il n’y avait, à la maison, domestique ni servante qui s’en souvînt, d'autant mieux qu’une grande cuve, placée devant elle, la dérobait en-

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tièrement à la vue. Mais l’Amour, qui a plus d’yeux qu’Argus, en prêta un à Caterina, quand elle fut décidée à introduire Lattanzio dans sa maison; avec cet œil, elle vit la porte, et, tout bien considéré, elle jugea qu'aucune voie ne serait plus sûre que celle-là pour lui permettre de donner enfin à ses désirs pleine satisfaction. La Commère s’aboucha avec la vieille et la trouva prête à faire tout ce que désirait sa maîtresse.

Quand toutes trois se furent entendues sur ce qu’il y avait à faire, Caterina chercha tant qu’elle mit la main sur un trousseau d’anciennes clefs, au nombre desquelles la vieille, en les essayant l’une après l’autre, trouva celle qui ouvrait la porte.

Cela fait, un jour que Caterina se tenait, vers la fin du Carnaval, sur le seuil de sa maison, Lattanzio passant en masque et à cheval, s’approcha d'elle et lui souhaita respectueusement le bonsoir. La Dame le reçut d’une façon toute bienveillante et, comme Lattanzio se mettait, ainsi qu’il en avait l’habitude, à

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l’entretenir de son amour et à lui demander le moyen de lui parler dans quelque lieu retiré, elle se fit prier encore deux ou trois fois; puis, sentant qu’elle ne pouvait plus refuser et qu’elle avait autant le désir de se trouver seule avec lui qu’il avait envie d’être seul avec elle, elle lui dit : « Je vais, mon cher Lat-

tanzio, éprouver ce que tu viens de me dire et ce que tu m'as tant de fois répété de l’amour que tu as pour moi; je mets entre tes mains ma vie et

»y mon honneur. Fais en sorte d’en être » bon gardien et de me conduire de

façon qu’il ne m'arrive pas de peine et, surtout, pas de honte. Tu vois cette ruelle qui est là, près de ma maison : c’est elle qui te donnera accès auprès de moi toutes les fois que mon mari n’y sera pas. Et, pour qu’il ne soit pas nécessaire de nous envoyer messages sur messages, ma Commère, qui demeure là, dans cette maison (elle lui en montra la porte), et qui est toute disposée à me servir, t’avertira quandil le faudra. Mon mari ne sera ici ce soir,

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si je ne me trompe, ni pour souper, ni pour coucher. Elle soupera avec moi entre les deux et trois heures de nuit, je ferai en sorte qu’à quatre heures tous les gens de ma maison soient au lit et, à cette heure-là, ma Commère rentrera chez elle. Au coup de quatre heures, elle t'attendra, tu sauras par elle si mon mari doit rentrer ou non et tu feras comme elle te dira. Je te prie en cette circonstance de te fier le moins possible à tes gens, afin que si quelqu'un d'eux vient à te quitter, comme cela arrive souvent, il ne puisse » publier notre liaison. » Quand Lattanzio eut entendu ce discours auquel à peine pouvait-il croire, quand il eut vu, à l’éclat des yeux de sa Dame, l'amour qui la consumait, il se considéra comme le plus heureux et le plus fortuné des mortels, et demeura si plein d’étonnement, si enchanté, qu’il n’en tenait pas dans sa peau et ne savait plus que dire. Il finit cependant par recueillir ses esprits et fit à la Dame les remerciments les mieux sentis, lui promettant

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