‹ Nouvelles de Eugène Scribe ... Maurice--Carlo Broschi--La maîtresse anonymeChapitre 5 sur 12 · UN AN APRÈS · texte numérisé non relu

UN AN APRÈS

Ce voyage, qui autrefois l'aurait enthousiasmé , qui lui aurait rappelé les études et les admirations de son jeune âge, le laissa froid et indifférent; son imagination était morte, ainsi que sa jeunesse ; il ne voyait rien sur sa route et n'avait qu'un désir, celui de s'éloigner de Paris, car il sentait bien qu'il û'j pouvait plus rester. Mais une fois arrivé à Constantinople , il ne rêva plus qu'à la France et à Paris. 11 lui semblait que de si loin il pouvait le faire sans danger, et les souvenirs qu'il avait voulu fuir revinrent en foule auprès de lui. C'était elle, toujours elle, qui l'accompagnait dans toutes ses excursions ; elle ne le quittait point, et lorsque dans les rues de Constanti*

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nople, dans ses palais, dans ses mosquées, sur les rives mêmes du Bosphore, on lui disait : Regardez!... son œil distrait ne voyait en ce moment que le salon et le boudoir d'Amélie.

Et cependant Maurice avait rencontré à Constantinople des amis, d'anciens camarades de Sainte-Barbe. Où n'y en a-t-il pas? Un barbiste était alors le chargé d'affaires, aujourd'hui l'ambassadeur de la France auprès de la Sublime-Porte. J'ai fait mes études avec lui, il était de mon temps ; et dans la bouche d'un camarade l'éloge est suspect. Je me tairai donc; mais ceux qui l'ont connu sur le sol étranger diront combien son accueil était cordial et sa maison hospitalière pour tous les Français, à plus forte raison pour un barbiste.

Maurice trouva auprès de lui conseils, protection et amitié. Dans le plus beau* pays du monde et sous ce ciel enchanteur, il aurait pu vivre heureux. On lui proposait même de rester attaché à l'ambassade, et avec son instruction, son aptitude à tous les genres de travaux, dans sa position surtout, c'était une fortune à tenter, une nouvelle carrière qui s'ouvrait devant lui. Mais toutes les carrières étaient finies pour Maurice ! A vingt-cinq ans, il regardait sa tâche comme terminée, et sa promesse comme accomplie ! L'année s'avançait, et maintenant sa seule idée était de retourner en France et d'y être avant le 4 décembre, comme il l'avait juré. Sentant bien qu'il ne pouvait vivre ainsi et que son existence ne serait pas lon« gue, c'était en France, du moins, qu'il voulait mourir !

11 débarqua à Toulon vers la fin de novembre, et le 3 décembre dans la matinée il était à Paris.

Maurice, en arrivant, s'était bien promis que sa première visite serait pour le docteur et pour moi, ses deux meilleurs amis. Mais le sort en avait décidé autrement. Quoique fatigué d'un long voyage, il se hâta de s'habiller et il sortit. Son intention, comme je l'ai dit, était de venir en droite ligne chez le docteur et chez moi, mais il calcula en route qu'il ne s'éloi-

honte et la ruine. Sa fortune compromise par de folleâ dépenses ou des spéculations téméraires, son état perdu, son ayenir sans considération, un amour insensé et sans espoir dont il se mourait et ne pouvait guérir, telle était sa position lorsqu'il vint à notre dîner du 4 décembre, le jour de la Sainte-Barbe^ telles étaient les causes de cette sombre tristesse que nous ne pouvions nous expliquer. Sans force et sans courage contre les maux qui l'accablaient, il avait résolu d'en finir et de se tuer. On a vu conunent nos instances, notre amitié et surtout le souvenir de son père l'avaient décidé à différer ses projets et à nous accorder une année. 11 y consentit, et tout en pensant bien qu'un an ne pouvait rien changer à sa position, il partit pour la Grèce, la Syrie et Constantinople.

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