LE JEUNE BOHÉMIEN
Un seul; mais plus long^ pour adieu..*
ZEMFIRA.
Adieu ! J'ai peur qu'H ne vienne-*
DiSj quand nous reverrons-nousl
LES aOflÊHIENB. 3«g
asiiFi^A.
Cette nuit; quand la lune sera couchée. lÂtmn, ta Kourgâne^ près du tombeau.
Menteuse! Elle ne viendra .pas.
"^ ZBIIFIRA. -^
Coui%; ami. Le voilà! Je viendraL
Aleko dortf une inquiète vision Tobsède. Il se ré» veille en criant. Le jaloux iétend la mfun^ mais sa main eflfirayée n^a saisi qu'une couverture froide. Sa compagne n'est plus auprès de lui. Tremblant, il se lève. Tout est tranquille. Il frémit, U transit, il brûle. Il sort de sa tente, et, pâle, tourne autour des chariots. Nul bruit; la campagne est muette. L'obscurité règne, la lune s'est plongée dans le brouillard. A la tremblante lueur des étoiles, sur la rosée, il a deviné des pas. Ils mènent au Kourgftne. Il se précifÂte sur ces traces iunestes. Voilà le tombeau blanc qui se dresse au bord du sentier. Un sinistre pressentiment l'agite, il marche en chancelant. Ses lèvres tremblent, ses genoux fléchissent : il avance sH... Est-ce un rêve? Deux ombres sotiL là, près de lui, et il entend le murmure de voix qui se parlent sur la tombe profanée.
PREHIÂRE YOIX*
Vest temps.
DEUXIÈME VOIX
Demeure encore...
PREMIÈRE VOIX
Il le faut^ ami^ séparons-nous.
DEUXIÈME YOIX.
Non^ non^ restons jusqu'au jour.
PREMIÈRE YOIX.
L'heure nous presse.
DEUXIÈME VOIX
Quelle timide amoureuse! Un mstanll
PREMIÈRE VOIX
Tu me perds!
DEUXIÈME VOIX
Un moment.
PREMIÈRE VOIX
Si mon mari se réveillait sans moif ...
ALEKO.
Il s'est réveillé. Où allez-vous? Demeurez tous ks deux. Vous êtes bien là; oui là, sûr cette tombe.
ZEMFIRA.
Ami, sauve-toi, fuis !
ALBKO.
Arréfe! Où vas-tu^ beau galant? Tiens!
(Il le frappe de son couteaa.)
ZEHFIRA.
Aleko!
LE BOHÉHIEIf.
Je suis mort!
ZEHFIRA.
Aleko! ne le tue pas! Mais tu es couvert de sang! Qu'as-tu fait?
ALEKO.
Rien. A présent respire son amour.
ZSWIRA.
£h bien je ne te crains pas i Je méprise tes menaces. Assassin^ je te maudis.
ALEKO la (rappanU Meurs donc aussi!
ZEHFIRA.
Je meurs en Taimant.
L'orient s'éclaire de ses premiers feux. Sur le tertre^ Aleko tout sanglant^ le couteau à la main^ est assis sur la pierr& du tombeau. A ses pieds gisent deux cadavres.
298 LES BOHËMi£]KS«
Les trwts du meurtrier sont effrayants. Une troupe effarée de Bohémiens Tentoure, Sur le Kour^âne même, à ses pieds, ils creusent une fosse. Les femiTBs, Tune après Tautre, s'avancent et baisent les yeux des morts. Le vieillard, le père, est assis, regardant la vietÈme, immobile, silencieux.- On soulève les cadavres, et le jeune couple est déposé au sein froid de la terre. Aleko les contemple à Técart, et quand la dernière poignée de terre est jetée sur la fosse, sans dire un juiot, il sUsse de la pierre, et tombe sur le gazon
Alors le vieillard :
«Loin de nous, bocome orgueilleux! Noussommesdes sauvages qui n^avons pas de lois. Chez nous point de bourreaux, point de supplices; nous ne demandons aux coupables ni leur sang, ni leurs larmes. Mais nous ne vivons pas avec un assassin. Tu es libre, vis seul. Ta voix nous ferait peur. Nous sommes des gens timides et doux; toi, tu es cruel et hardi. Séparons-nous. Adieu; que la paix soit avec toi ! »
D dit; à grand bruit toute la horde se lève et s'empresse à quitter son campement sinistre. Bientôt tout a disparu dans le lointain de la steppe. Seulemaat un chariot^ couvert d'un tapis déchiré^ demeure en afrière sur la {^ine*