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si a-
TROIS DÉCOUVERTES ARCHEOLOGIQUES
AUX MURS TERRESTES
DE
CONSTÀiYTINOPLE.
Tombeau d'une petite fille de Justin II et Poterne de Georgios.
Je m'empresse de publier dam les journaux une nouvelle découverte, aussitôt que je l'ai faite ; je sens qu'il faut un mot d'excuse pour cet empressement.
La mode d'annexer, exercée aujoud'hui sans scrupule d'en haut, a été dans la république des lettres en usage de mémoire d'homme ; et, certes, de nos jours, il s'en faut de beaucoup que l'on puisse dire qu'elle disparait du domaine de l'intelligence.
Dans les recherches pénibles et dispendieuses que j'ai faites moi-même, je n'en ai que trop souvent senti les effets.
Je ne choisis qu'au hasard un fait des plus curieux.
Il y a maintenant quatre ans, que dans les vacances d'été je suis allé au Bas- Danube examiner les ruines d'une ville inconnue, ruines que M. More, colon français à Iglitza (presque vis-à-vis de Braila), en recherchant des pierres de bâtisse, avait mises à jour. Apres les avoir examinées, après avoir levé le plan du terrain, copié, dessiné et complété les lacunes des inscriptions et des fragmens, j'ai publié (1) une courte relation sur les ruines de la ville, que j'avais le premier
(!) 10 août 1863 f Jou mal de Constaiitinopk et Presse if Orient.
reconnue pour celle de Trosmis et qui est nommée Troesmensis dans ses inscriptions.
Si je dis le «premier», j'en donne comme preuve que l'expression ; ordo-Troesmensis sur quelques inscriptionsétait regardée comme exprimant une décoration de troisième classe, et que l'on avait cherché en vain le nom d'une ville.
L'hospitalité dont j'avais joui à Iglitza dans l'habitation de M. More, fut la raison pour laquelle je n'osai lui refuser, sur sa prière, des copies des inscriptions déchiffrées par moi et complétées dans leurs lacunes.
La publication de mon travail complet par une académie échoua pour des raisons incompréhensibles .
D'un autre côté mes copies, laissées dans les mains de M. More, furent recopiées et d'abord publiées par M. RE- NIER dans le Bolletino archéologico de Rome. Il est vrai que M. Renier fait mention de la manière dont j'avais complété les lacunes, mais sans me nommer; peut-être, sans rien savoir de moi.
M. Mommsen transcrivit d'abord pour sa collection d'inscriptions Romaines la publication de Renier. Cependant il fit venir plus tard d'Iglitza de nouvelles co-
pies de mon travail avec celles de quelques pierres nouvellement trouvées. Alors, M. Mommsen, sans savoir rien du déchiffreur de ces copies, rejeta l'opinion de M, Renier, déclara ces copies :
«ottime» et adopla la manière dont j'avais suppléé les lacunes, en y ajoutant la phrase flatteuse : que dans l'histoire on n'avait pas de preuves pour le fait exprimé par celte manière de remplir les lacunes ; mais que c'était la seule vraie, et qu'il fallait l'adopter. Voici les mots de M. Mommsen :
« Ho seguito io il sigr. Renier nella » mia edizione,ma di mala voglia, essen- » do poco probabile, che la lezione del- » la copia, ottima in génère, provenga
» da un errore delcopista diGalatz
» Perciô sono quasi persuaso, che la le- » zionctramandataci, sia lavera, eche » qui si tratti nondi Elagabalo e del suo » legato, C. Ncvio Rufo, (comme le veut » Renier), maanzi di un legato diverso » T. Flavio Novio'Rufo, e di Caracalla, » a cui convengono effelliva mente le » qualification! difigliodi Severo, e ne- » pote di M. Aurelio. L'abrasione del no- » me di Caràcalla sarebbe infatli una cosa » nuova, per quanto io mi sappia, ma » non perciô solo si doveva nj/c/f are i'at- » tribuzione ora proposta.»
Dans la bouche de M. Mommsen, sans contredit aujourd'hui la première autorité pour les inscriptions latines et pour I histoire Romaine, cette reconnaissance involontaire de mes idées et de mes conjectures esi,on ne peut plus, flatteuse. On me pardonnera donc si je la revendique publiquement.
C'est donc pour ne pas voir ma nouvelle découverte tomber dans les mains de quelque Ànnexandre, que je me hâte de la publier.
Il y a quinze jours qu'un de mes amis m'engagea à venir voir des ruines etune inscription découvertes dans un jardin près des murs déterre deConstantinople ; j'ai perdu toute une journée sans trouver autre chose que des provenances d'un mur sonterrain près de Maltépé ; la pierre avait disparu : mais selon ce que j'en ai pu voir sur une copie qui en avait
été faite, c'était une pierre tumulaire d'une petite fille de l'empereur Justin II, probablement une toute petite enfant, nommée peut-être bai a (branche de palmier). Les Grecs connaissent la xuptax-h tûv pâte*») Dimanche des palmes); et je me reserve pour une dulre fois les recherches sur une église dite Ày*a Ruput**, qu; se trouvait en cette contrée près des murailles de la ville et qui intrigue beaucoup les archéologues.
L'inscription, selon cette copie (dont je ne saurais garantir l'authenticité, ne l'ayant pas vue moi-même), serait
EN6AAE KATAKITE
♦EPMINA BAÏATENH
MENHTH2 eTTATPOZ
IOT2TINOT TOT ENaOEOT
5 KOrPOnAAÀTOT MHNI
ORTOBPIOT A INA2 1 1 (*)
Il paraît qu'il faut lire :
ÉvOaSc xaraxttTsi 4>fp(jrfva Bits ytvu- |ifvY) tftç Ouyottpiç 'louittvoo toO év&o£ou K.ftupoica>aTou jaiqvI Ô*T<a6p(ou a. 'IvSixtiûvoc ir.
en français :
Ci gît Fermina B«t«, née de la fille de Justin, le célèbre Couropalate, (morte)au mois d'Octobre le premier jour, dans l'indiction 13 e année.
Cette indiction ne saurait être du règne de Justin le Couropalate lui-même, qui commence à l'Ind. XIV (en 565) et finit Ind. XII (en 578) . Ce sera celle de Justinien I. en 564 ; voilà pourquoi Justin ne porte pas encore ici le titre d'empereur.
Il est probable, que cette fille de Justin II Thrax, surnommé le Couropalate, est celle qui, selou Codin, avait le nom A 1 A rabia, mariée au Goth Baduarius.qm, devenu plus tard Couropalate lui-même à la dixième année du règne de Justin alla trouver la mort, en combattant les
(*) LesX et E sont ronds.
Longobards en Italie. Il y avait une statue de cette Arabia près de Sl e Sophie sur le forum Milîi.
Ayant ainsi en vain cherché celle pierre, je profitai de mon excursion pour reprendre le fil d'autres recherches; et à force de retourner aux murailles et de les réexaminer, je fus frappé de la forme particulière d'une partie des murailles entre Top Capou et Mewlehané Capou.Lc système régulier des tours du grand mur, aiternant avec une tour du petit mur extérieur se trouve interrompu. Deux grandes tours très-près Tune de l'autre, n'ont pas de tour entre elles au mur extérieur.
Je me disais: «La, il faut qu'il y ait eu une espèce de porte, et il faut qu'il s'en trouve des vestiges. »
Je franchis donc le fossé, el malgré les changements que la muraille avait subis à la suite des temps, je finis par constater la vérité de mon soupçon. Je découvris en haut un fragment de la grande traverse, et il me semblait que les broussailles et les arbustes, croissant dans le mur,y cachaient une inscription. Je fis venir une échelle;mais ellese trouva être trop courte. La nuit survenant, je restai dans un café de Top-Capou, et je retournai le lendemain avec une échelle plus longue.
Alors, après avoir éloigné tous les branchages, je découvris sur le coin à gauche le fragment d'inscription en deux lignes que voici :
KAI nPlN MEN HN FUNSEnTO* EOPriOZ ETEÏEEN EH- (*)
Je reconnus bientôt que l'inscription était en vers, 3'est-à-dire, des trimétres iambiques ; que le fragment, eu égard à la longueur de la traverse, était le commencement du premier et du troisième vers, de sorte que toute l'inscription en contenait quatre.
Le iwv*»wto; n'étant point du genre neutre, je ne pouvais suppléer ni kA*tp<w nixti£Q;; si je le supposais masculin et que je pensasse à wîcyo;, il aurait fallu suppléer *opY<>i,et nàwmot aurait dû être au pluriel. J'ai donc complété le premier
O Avec 2 et E ronds.
vers par : «ôt* i, tc6>iç, ce qui faisait :
Kaî icptv j/iv 5v w*v<ie7CTo; aôri $ tç63uç,
Le second vers qui manque, devait exprimer un événement contraire, arrivé plus tard ; jn lis donc :
Th 5è Trtpç ïvOoc lUfjLicTcoOèv vOv i» P*ôp«v
Le troisième vers, dont le commencement est conservé, sera
Tewpyioç etc^ev cùyivr,; av^p.
et j'ajoute comme quatrième vers
En Français :
« lit autrefois celte ville était respectée par tous, mais les murailles de ce côté s'écroulèrent plus tard, el maintenant c'est moi, George de noble extraction qui les ai rétablies , avec les conduits d'eau sur Tordre de notre em percur. »
Si la critique sévère trouve à redire I contre des vers commençant parmi rt :
f nous répondrons avec Cuvier, que rien n'est brutal comme un fait; d'ailleurs le I r«wpytoc avec lco; long n'est pas de pref mière beauté.
Quant à l'époqnc où ce George aurait vécu, il me semble que c'est vers 600 après Jésus Christ. Dans la règle les murs sont érigés par les préfets de la ville ou par les préfets du prétoire.
Or, Théophylacte Samocatta mentionne vers 600, sous l'empereur Maurice un G^orgios comme préfet du prétoire, elles annales de Byzance, dans le même auteur comme d'autres historiens Byzantins, parlent d'un grand tremblement déterre, arrivé le 10 mai en 583, sous le même empereur. D'ailleurs les Avares ont tranché la tête à 10,000 prisonniers Grc:s sous les murailles de Byzance dans le camp de l'Hebdomon et sous les yeux de ce prince trop avare pour payer ia rançon de ces malheureux. Aussi cet empereur fit-il pour contenter les Byzantins aussitôt après une dépense de 30 talens (*) pour rétablir les aqueducs probablement gâtés par les Avares, afin de forcer la ville à se rendre et de sécher les fossés.
O Six talens d'or, 20,000,000 fr.
peau de tigre ou de lion, avec ses griffes.
Le cavalier est en simple tunique ; sur la poitrine ondule une espèce de pelit manteau chlamyde ou paludament. Le bras gauche est élevé en arrière, semblable à la tenue des célèbres statues équestres de Théodose II et de Justinien ; circonstance qui, à mes yeux, caractérise déjà notre fragment comme Byzantin de cette époque-là.
Le cheval ayant les deux pieds de derrière parallèles doit avoir été représenté au galop.
Le personnage en arrière ne se laisse deviner que par la main et le bras gauche bien conservés. Cette main d'une beauté pas méprisable , lient un faisceau de quatre tiges, s'élargissant un peu à l'épaule, où elles sont brisées. Cette circonstance pourrait faire penser à une victoire ailée, portant en sa droite une couronne de laurier et dans sa gauche en faisceau des branches de p.ilmicrs : ou bien à un licteur ; ou enfin à un compa-
gnon dédiasse qui porterait en gauche un certain nombre de javelots pour son maître, dans lequel cas le cavalier lui-même devrait être pensé comme lançant le javelot avec sa droite élevée en arrière.
Cette dernière circonstance expliquerait, pour le cas où le cavalier représenterait un empereur, la raison de son costume non héroïque.
Dans lé cas, où Ton voudrait y voir une entrée triomphale, ce ne pourrait être un empereur; Ton pourrait alors penser à Bélisaire retournant de son expédition en Afrique et cherchant, sur son cheval avec la peau de lion africain, à plaire par la modestie lu reste de son costume à la jalousie de Justinien.
Je ne puis encore me décider ; mais ce qui est certain, c'est que ce fragment est une pièce précieuse d'une époque , où les monuments de l'art nous font défaut. Le si vie dans son ensemble laisse beaucoup à désirer.
Médailles du dernier Constantin et médaille d'OR UNIQUE de l'Empereur Pescennius Niger.
Deux systèmes se disputent le monde:
l'un, celui de la stabilité et de l'autorité de ce qui est établi ; l'autre celui du mouvement et de la transformation. L'un et l'autre ont leur raison d'être. Partout où il s'agit de l'exécution, c'est-à-dire, dans le gouvernement et dans l'administration, dans le culte et dans l'école, dans les tribunaux et dans l'armée, la première seule sauve du chaos et de l'anarchie ; mais quand il s'agit du progrès et des études, la stabilité et l'autorité sont comme une tête de Méduse qui pétrifie, et elles empochent. L'homme le plus instruit apprendra encore jusqu'au tombeau, et les sciences surtout suivront leur vocation de progresser jusqu'à la fin du monde; tout ce qui a été trouvé, n'est qu'un degré qui sert pour monter à un autre degré plus haut. Le jour où l'on établirait le contraire, serait non seulement un arrêt , mais le contraire du progrès, la marche serait descendante et ce serait le retour à l'ignorance.
Par bonheur la nature travaille , sans attendre la décision des naturalistes, la langue sans les grammairiens, l'histoire sans les historiens, et le ciel sans les astronomes.
Chose curieuse ! La numismatique des empereurs Romains est aussi un terrain que deux systèmes se disputent ; l'un qui devrait être le plus vieux, est le plus nouveau, c'est celui recommandé surtout par M. Cohen et suivi par lui dans son précieux ouvrage sur les monnaies impériales Romaines ; il classe les médailles d'un empereur d'après Tordre alphabétique des lépendes du revers, sans faire attention que c'est s'attacher au hasard, la légende du revers n'étant que la continuation de celle du côté droit;
l'antre est celui d'Eckhel qui les classe chronologiquement. La première est recommandable pour un marchand de médailles, qui doit pouvoir vite classer et trouver une médaille, l'autre est plus avanlagcuse pour l'histoire el la science :
car abandonner la chronologie c'est arracher les yeux à l'histoire. M. Cohen lui-même n'a pas pu échapper à la tête de Méduse qu'il a favorisée : car, quand il cherche à expliquer et à donner quelque part une date à une monnaie, ses talents indubitables sont comme paralysés ; je :ite un exemple. Il y a un coin de deux fils de Constantin , de Constant I et de Constance II ( dans Cohen, N. 160 du premier, et N. ili du second) ; ce sont deux vicloires marchant de face l'une de l'autre et tenant chacune une couronne el une palme, avec la légende: VICTORIA E. DD. AVfiG.
Q. NN. — M. Cohen y ajoute la Remarque suivante : « Ni Banduri ni Eckhel n'ont » donné l'explication de cette légende » qu'on retrouvera plus tard à Constance » II. Il est probable qu'elle doit se li- » rc : Victoria * do mi nom m Augustonun » quinque nostrorum. Ces cinq princes » Augustes ou Césars, seraient Cons- » tantin II, Constance, Constant, Del- » mace et Hanibalien, et toutes les mé- » dailles, où se trouve celte légende au- » raient été frappées un peu avant la lin » de l'an 1090 fdeJ.Ch. 337) entre la » mort de Constantin et l'assassinat de » Delmace et d'Hannibalien. » Eh bien, quant à moi, qui cherche el qui m exerce à classer chronologiquement les médailles, j'ai trouvé que ces médailles sont faites en mémoire de la bataille d'Aquilée en 340, où Constantin II fut vaincu par ses deux frères Constant et Constance
II, et les deux vainqueurs sonl représentés par les deux DD, par les deux GG et par les deux NX et le est un QVE, de sorte qu'il faut lire ; Yictoriœ duorum, dominorum auguslorum QUE nostrorum. Voilà pourquoi ce type avec cette légen Je ne peut se rencontrer que pour ces deux (ils de Constantin.
Dans les domaines de l'histoire il faut donc qu'il vous soit permis de renverser une opinion ou \\\\e thèse établies, quand des études sérieuses vous en font découvrir la fausseté. Quedis-je? C'est un devoir que vous accomplissez,
C'est comme tel que je voudrais, qu'on accueillit mor article publié dans les journaux, écrit comme essai de démontrer que l'Oai a eu tort d'établir que le dernier Constantin n'a voulu ni être couronné, ni être nommé empereur et qu'il n'a pas frappé de monnaies.
J'ai prouvé par le témoignage de Phrantzês qu'il a été couronné et reconnu comme empereur; j'ai démontré que l'atelier monétaire grec a frappé une dernière monnaie grecque sous Mahomet II le conquérant,aprés la prise de la ville, qu'il ne peut donc avoir chômé pendant près de S années du régne de Constantin XIV pour frapper cette dernière monnaie au règne de Mahomet II.
Aujourd'hui j'ai découvert la preuve directe de mon opinion dans un passage de Phrantzes qui m'avait échappé,
C'est pag. 256, qu'il dit, que pendant le siège, la monnaie venant à manquer lans le palais pour payer les soldats qui défendaient la ville, l'empereur fit enlever aux églises les vases saints et en fit frapper de la monnaie. Voici les mots de
Phrantzes :
É7tet$r, Xè *at ^pYiaâtwv éi7c«vt£ev r* fitfj'.\i\a
af '.sccixasvx -rcoOeû .*«•. ypViaaTot £ïçoiy)'t«v xxIutq Tt; èyx.x'kivQ i&uâ; a>; ieooTjXou; .. ï).*ye 5 ui- KaptTTjÇ paTi^t^; a âv 5 Ot&ç tt,v iz6\w Xuipuor,Tat, TgTp*içXoOv djto^G>?co t& *up(o> ptou. »
Dans ce passage, il n'est pas expressément fait mention d'or et d'argent ; mais il est plus que probable que ces vases
élaientd'or 6t d'argent. Il a donc été frappé sous Constantin des monnaies non seulement en cuivre, mais en or et en argent; et les numismates auront à espérer que de telles monnaies se trouveront.
Mais, medira-l-on, pourquoi n'en avons- nous pas ?
A quoi je répondrai, qu'il se peut que nous en ayons, sans que nous ayons jusqu'ici reconnu qu'elles sent de lui, ou que son successeur peut les avoir supprimées , démonitisées, ou changées en monnaies à son coin.
Dans le dernier cas, l'on comprendrait leur extrême rareté; mais on n'aurait pas à renoncer à l'espoir d'en trouver une que le hasard aurait conservée, s'étant perdue durant son règne même, ou avant que Mahomet II les supprimât.
Peut-être faut-il adopter la dernière opinion pour l'or et pour l'argent, d'autant que la même hypothèse expliquerait aussi la rareté ou l'absence complète des médailles de certains personnages, comme Sulpitia Memmia, les médailles d'empereurs Latins à Constanlinopie en or et en argent etc. Mais pour le cuivre j'aime mieux m'arrêler à la première hypothèse, et seulement dans le cas, où tous les efforts des numismates n'aboutiraient à aucun résultat, j'adopterais aussi pour le cuivre la seconde comme la seule probable.
J'ai donc commencé à signaler pour ce dernier métal une espèce de monnaie qui se promènent dans les médaillers (on nomme médaillers une table ou caisse renfermant des médailles) des numismates byzantins . Ce sont celles avec un prince assis sur le trône. J'ai prouvé que ce type, cessant avec Léon et Alexandre en 866, n'a été repris qu'à l'époque de la restauration paléologine. J'en possède maintenant une telle avec la légende de Michael (viii), et une autre avec celle d'Andronic (iv) ; d'autres encore ont le nom du prince fruste ; nous attendons de nouveaux exemplaires.
Aujourd'hui nous nous permettons encore de porter l'attention des numismates sur un autre type en cuivre, vague
rv
aussi, puisqu'on ne sait le classer. Ces monnaies sont d'un cuivre assez gros et plat de 2o — 27 millimètres de iargeur.
Des deux côtés il y a un double cercle de grénétis assez espacé l'un de l'autre pour avoir entre eux un troisième cercle de grosses boules; au lieu du prince et de sa légende, il y a d'un côté le buste de la Vierge des Blachernes, aux mains levées avec mp ev ; de l'autre iï xs avec le buste de Christ. Notez, que j'en ai entre-autres deux exemplaires, surfrappes sur des monnaies dites des empereurs La tins. Elles seraient donc certainement Paléologines ; mais ce qui est surtout curieux, c'est que ces médailleslà se trouvent ordinairement dans les couches de terrains les plus élevées Ces jours-ci, où l'on jeta les fondements d'une maison dans notre jardin, les ouvriers en ont découvertes deux, mêlées avec des monnaies turques. Ceci semble parler en faveur d'une attribution de cette médaille à un des derniers princes grecs.
Notons encore que ces doubles cercles espacés ne commencent que sous Andronic II et ne dominent que depuis Manuel II, et que les lettres qui remplissent alors cet espace ne sont remplacées par un cercle de grosses boules que sur un seul exemplaire de Jean 17//, le prédécesseur du dernier Constantin.
Pour appuyer d'un autre exemple ma devise que le principe d'autorité dans les sciences nuit au progrès et que la doctrine des numismates a encore besoin de se perfectionner, je choisis encore dans ma collection de médailles un exemplaire unique en or de l'empereur Pescennius Niger, dont l'histoire et les disgrâces sont* si intimement liées 5 la malheureuse ville de Ryzance, qui périt dans ce prélude de devenir la capitale d'un empire d'Orient.
Les numismates répètent aujourd'hui à l'envie l'un de l'autre, qu'il n'y a pas de monnaies d'or de cet empereur, et que celles qui se rencontreraient doivent être regardées comme suspectes ou fausses.
Je pourrais dire que l'on abuse du mot suspect comme de celui d'hibryde dans la numismatique, que ce mot semble inven-
té pour masquer le manque de principes bien arrêtés, que l'on s'en sert comme d'un subterfuge commode pour se tirer d'affaire ; je pourrais dire que, si, dans un livre quelconque quelqu'un, qui n'a pu juger d'une médaille, que la fortune a fait tomber dans sa main, a choisi celle expression, qui, au fond, ne veut dire que: «je ne sais pas, » l'usage est de regarder une telle médaille comme condamnée. Cependant mon cas particulier est bien plus avantageux, puisque en remontant à la première source de cette opinion des numismates ; j'ai découvert, |u'elle est née d'un malentendu.
Il s'agit de la médaille d'or unique de ce prince dans le cabinet de France, laquelle fut volée et fondue en 1829.
Le Revers de celle médaille était :
COXCOIUI sic IV. 1\ P. Mionnet, qui l'a encore vue lui-même, est le premier qui se sert du mot, « suspect», mais quand on lit attentivement sa remarque, elle est faite contre quelqu'un qui l'a voulu regarder comme suspecte. Il dit qu'elle « PEUT PARAITRE suspecte à cause du titre de P.P. (c'est-àdire pater patriae au revers, titre que Pescennius n'a pu recevoir du Sénat de Rome, » mais en même temps il donne à cette médaille le prix de francs 1200 *<, et il réfute l'objection qu'il vient de relever, en ajoutant , que Rome n'était pas la capitale de l'empire de Pescennius Niger mais la ville d'Antioche en Syrie où l'on peut admettre que toutes les médail les de Pescennius Niger ont été frappées, ce qui explique l'orthographe barbare des mois latins.
Pour ceux qui malgré tout celd persisteraient à vouloir admettre que Mionnet a eu un bien léger scrupule sur cette pièce d'or, alors unique et disparue aujourd'hui, j'ose déclarer que ce sérail un travail de Sisiyphe de chercher à élaguer toutes les irrégularités qui pullulent dans l'histoire du monstre ingouvernable
(*) Ce prix de 4200 fr.serait une taxe à tripler oh quadrupler aujourd'hui où Manlia Scantillâ taxée par Mionnet 220 fr. vaut 1000 fr. et tous les Clodius Àlbinus d'or taxés par Mionnet 500 fr. valent 1500 fr. etc. Voir Cohen.
nommé empire Romain. Parmi mille monstruosités je n'en choisis au hasard que deux. D'après quelles règles les femmes sont-elles devenues membres iu Sénat Romain? d'après quelle autre règle un cheval est-il créé consul Romain?
Si nous voulons rejeter tous les événements arrivés contre la règle et contre Tordre dans l'empire en cinq siècles de son existence, il ne nous resterait pas la centième partie de son histoire assez maigre et pour la plupart assez malencontreusement relalée par de misérables compilateurs, qui sont presque notre seule source. Que dis-je? Il faudrait retrancher tous les empereurs dans l'empire encore censé république et portant encore l'enseigne de S. P. Q. R.
Pour le prouver je m'arrête encore un instant à une sorte de médailles d'Adrien, dont l'examen est si instructif pour la science en général et pour les mœurs de cette époque en particulier. Ces médailles sont une pierre de touche pour la méthode à suivre dans la numismatique.
Ces médailles, s'il ne s'en fût trouvé par hasard qu'une seule, auraient été condamnées, archicondamnées par les numismates, qui établissent des régies tranchantes ; mais comme il s'en trouve de pareilles avec une demi-douzaine de revers différens, on s'est contenté â expliquer le P. P. (qui s'y trouve aussi,)d'une manière je dirais presque absurde, ne s'apercevant même pas que le P. P. était la plus petite irrégularité à expliquer dans la légende. Que dis je ? On n'a pas même cherché à lire la légende entière; car il n'y a que le pauvre P. P. auquel c'était la mode de faire la guerre.
Voici une de ces médailles frappées tout aussitôt après l'avènement d'Adrien au trône impérial, où H parvint après la mort de Trajan, par la protection de Plotine, veuve de cet empereur, et par une adoption douteuse.
Méd. d'oretd'arg. Cohen N. 51-55.
côté-droit :
IMP. CAES. TRAIAN. HADRIANO OPT. AVGCER. DAC
(tête de Traj. laurée,)
Revers i ADOPTIO (à l'exergue). PARTHIC.DIVI.
TRAIAN.AYG.F. P.M.TR, P. COS
PP (à l'entour.) Trajan et Adrien se donnant la main; l'un des deux tient un livre, (en 117 apr. J. Ch.).
M. Cohen dans une note p. 99 dit :
» On trouve quelquefois le titre P. P.
à la fin de la légende qui commence par PARTHIC.DIVI sur les médailles frappées dans son premier consulat, mais il faut bien faire attention que dans ce caslà le titre de « père de la patrie » s'applique à Trajan. »
Notons d'abord en passant que M.
Cohen ne semble pas connaître lui-même son système de classer par ordre alphabétique du commencement de la légende du Revers ; il dit dans la remarque que la légende commence par PARTHIC, et pourtant il ne la place pas au P. mais à l'A pareequ'il lui plait de prendre un mot à l'exergue ADOPTIO, qui d'une manière brutale vient interrompre et couper les titres d'Adrien ; nous retrancherons donc ce mot, pour le mettre à la lin ; et pour pouvoir lire sans interruption la véritable légende qui est celle-ci :
/mp(eratori), Cac${av\)Jrajan(o), Hadriano, opt[\mo), Âug{usio), Ger(manico) Dac(icq), Parthic{6), Diri Trajan^) Aua- (usti) F(ilio), P(ontiîci) M(aximo, Tr(ibunitia) P(otestasJ«ms(uli)P(atri) P(atriœ) Adoptio.
Selon M. Cohen, il faudrait lire Palris Patriae au génitif à rapportera Trajani, duquel il est séparé par 6 titres au datif qui ont r.apport au mot Hadriano. De telles choses arrivent dans les vers, mais non dans le style épigraphique.
D'ailleurs je demanderais alors, que faites-vous des épi thèthes Optimo, Germanico, Dacico, titres portés seulement par Trajan et ne convenant point au jeune Adrien ? Il est clair que nous avons sur ces médailles véritables et non suspectes toute une file de titres donnés arbitrairement à un prince par un atelier monétaire, Voilà le fait, qu'il faut accepter et chercher à comprendre.
Notre explication est celle-ci : Trajan meurt subitement en Asie. Là, près de
l'armée, Adrien parvient à être proclamé.
Les ateliers monétaires à Rome, ayant appris la nouvelle ne peuvent plus continuer à frapper des monnaies de Trajan; il leur en faut de nouvelles, et, comme le télégraphe ne fonctionnait pas encore, les directeurs des ateliers monétaires,ne voulant pas rester oisifs ni être les derniers à fêter le nouvel empereur, frappent des monnaies d'Adrien, que l'on disait adopté par Trajan. Pour les titres ils ont pensé : plutôt trop que trop peu : qnod abundat non vitiat, et ils lui ont jeté sur les monnaies la main pleine de titres, qu'avait portés le défunt. Ils étaient aussi serviles que le peuple et le Sénat.
Il est arrivé un fait pareil à Paris , quand Louis XVIII y fit son entrée. Un marchand d'estampes dans son empressement d'étaler dans sa boutique le portrait du nouveau Roi, prit une planche de Napoléon, en fit un peu retoucher la physionomie, et en un tour de main pouvait vendre des Louis XVIII avec des boutons à l'aigle impériale, etc. « En voulezvous, en voilà ! » Le cabinet des estampes de Paris garde un exemplaire curieux de ce Napoléon transformé en Louis XVIII.
Mais retournons à notre médaille d'or de Pescennius Niger. Elle nous a été apportée de Syrie, où une femme après
y avoir pratiqué un petit trou , l'avait attachée à sa coiffure. Le style est très beau dans ce type, le portrait d'une mâle beauté sans-pareille ; mais les lettres sont aussi barbares que sur les autres médailles de Pescennius.
Ce sujet est le même que celui de la médaille d'argent du cabinet deM. le duc de Blacas, décrite et gravée par Cohen sous le n° 21 ; cependant le G se trouve de plus à l'AVG du droit; et VÂTORI y est aussi complet au Revers IOVI-CON- SERVATORI ; de plus Y aigle au pied de Jupiter dont on ne voit qu'un faible indice dans la gravure de l'ex. Blacas et que la description de M. Cohen passe sous silence , est très-bien exprimé sur notre médaille d'or unique (frappée d'un autre coin que celle-là.) Le poids est de grammes 5.10. Le trou en aura diminué le poids. Enfin les fameux P.P ne s'y trouvent point. Aussi toutes les personnes, capables d'en juger, qui ont eu cette médaille en main l'ont-ils déclarée irréprochable (*) et pour que les amateurs puissent en juger, je l'ai envoyée à M.