L. Hachette (boulevard St. Germain
(•) Je cite S.Exc.FInternonce de Prokesch-Osten, M. Cayol, M. Àlishan, Padre Romano, M. Newton, etc., etc.
Monument du THEODOSE II, sur le Forum Tauri, nommé TETRA- DYS10S, BELLÉROPIION et JOSUÉ.
Je demande pardon au lccteur,s'il trouve que ma plume exprime un peu de satfc&uiion personnelle dans cette découverte: mon individualité telle qu'elle s'est formée sous les sueurs des études, particulières à ma carrière, a eu le rare bonheur de rencontrer un fragment,qne mille autres auraient méprisé et traité comme une énigme, tandisqu'il me fut possible de le reconnaître, et de réunir les notices plus ou moins erroniques, en un ensemble qui s'approche assez de la reconstruction véritable et complète d'un monument perdu.
Ce fut au milieu du mois de Décembre en 1 863 que je fis une excursion au Séraskérat, qui sous l'ingénieuse direction de l'architecte H. Bourgeois est rebâti maintenant dans le style ennobli de l'architecture orientale. Là en parcourant les débris de ruines, de colonnes et de chapiteaux, mon lils m'appela pour voir un fragment sur lequel se voyaient quatre lettres. Ce fragment de marbre est plat mais un peu arqué; il a 90 centimètres de longueur et 59 de hauteur sur 20 d'épaisseur. Toutefois cette dernière n'est pas intacte et pourra avoir été de 40 centimètres, à en juger par les arabesques qui le couvrent par en bas. Ce fragment porte les 5 lettres
CoaeC (E rond)
dont la 1 rc et la dernière sont incomplètes. Je reconnus qu'en commençant parla première lettre, aucun mot ne pouvait se former : mais, en essayant par la seconde, l'on pouvait arriver au mot ?«t<if <po:, forme poétique pour «pw^pr.; c'est-à-dire : « ce qui porte lumière ; » or, c'est au soleil que convient cette épithète. Puis, en ajoutant ce mot, j'obtins facafôso;?,Xioc, débris d'un Hexamètre héroïque. Bientôt
me vient un souvenir, je me rappelai avoir vu ce passage dans une inscription conservée dans l'anthologie grecque. En y recherchant, j'ai trouvé (Anthol. grecque Planudéenneliv. 1V,X° Go, éd. Tauchnitz vol 111, p. 247), les 17o lettres qui manquaient à notre fragment.
Ce sont les cinq Hexamètres suivans :
v Ek6ooc; ÀvToXr.G K<I>aEC ^coç v)Xr<c 4*>o; t
n<cxvov rcotsi Ttoiiiv i'/ur* tiet'airstpovx y»t.v nivToOcv otiyXV.et;, *e*o;vQjuvo; SyXaov Ïtcttov Py,ïV'g>;, ueyiOvue, x»i 6t<jju£vov **iep'i«jv
ce qui veut dire:
« Tu surgis de l'Orient comme un autre
soleil brillant, Théodose, toi, qui es au milieu du ciel, bienveillant pour les mortels, Ayant à tes pieds l'Océan et la terre infinie, Et, entouré de tout côté d'éclat, Tu domptes aisément et avec courage un beau cheval, bien qu'il sa roidisse.»
Au dessus de ces vers, l'anthologie, publiée d'après des collections manuscrites n'a que le«lemma». k{; rfu» ecofonWà fsxaaéaK, c'est-à-dire: «sur une statue de l'empereur Théodose», probablement parcequel'anlhologiste, quand il a copié les vers, pensait que tout le monde les peut voir sur le monument, et que chacun sait où il est et quel Théodose la statue représente. Il a été bien loin ùe croire, que bientôt l'inscription disparaîtrait sur le monument et ne figurerait plus que dans son manuscrit,de sorte que le monument devint bientôt pour ces siècles d'ignorance une énigme non moins grande que les vers, que l'on ne savait plus à qui attribuer. Le monument lui même ne tarda
pas à périr de la main de Barbares Latins plus ignorants encore, et les écrivains des antiquités de Byzance confondirent les souvenirs qui s'échappaient, et, selon le niveau des connaissances on y broda de la manière souvent la plus insipide.
Débrouiller ce chaos est un travail dans les écuries d'Augias et plus pénible encore que de trouver les 175 lettres manquantes quand il n'y en que trois que le hasard vous offre comme certaines.
Nous tacherons de mener le lecteur par ce labyrinthe, enjoignant toutes les preuves à notre récit, et en examinant avec lui les passages dans les auteurs qui pourraient sembler contraires aux résultats de nos recherches; d'autant que des idées fausses se trouvent répandues et recopiées machinalement et sans scrupules même dans les ouvrages qui, à l'époque de leur publication passaient et passent souvent encore pour autorité et sont estimés à juste titre. Aussi ne voudrions nous pas passer pour infaillible ; mais nous avons eu toujours recours aux sources mêmes, et nous prions ceux qui ne seraient pas disposés à accepter ce que nous établissons, de faire comme nous, c'est-à-dire, de ne consulter que les sources elles mêmes. C'est ainsi que la vérité peut se faire jour ; et là encore la critique ne pourra être écartée. Non seulement ce que l'on comprend sous le titre de «sources» et ce qui nous en est parvenu, a passé par les mains de copistes plus ou moins ignorans; ou bien cela est une tradition qui dans la suite des temps a subi des changemens souvent bien étranges ; mais, ce qui est plus grave, l'esprit qui dominait cette époque d'ignorance était imbu de fanatisme politique et religieux, à tel point, que les faits racontés pourraient être taxés sinon demensonges,du moins d'erreurs et d'inexactitude dans la forme sous laquelle ils sont représentés. La devise : Omnia ad majorem Dei gloriam I est plus vieille que l'histoire moderne, dans laquelle on le reproche à un ordre religieux, tandis qu'on pourrait accorder un très-grand prix à celui qui fût capable de trouver un parti politique, religieux, national ou scientifique quelconque par lequel cette
maxime ne soit pratiquée largement. De nos jours la foi et la science ont à se retremper l'une dans l'autre pour conserver le reste de leurs vertus.
Ajoutons, que, pendant notre essai de reconstruire ce monument le crayon en main, nous avons été appelé souvent à peser et à réexaminer les raisons pour 1 une ou l'autre manière, et nous avons dû quelquefois renoncer à une première idée, pour en adopter une autre plus juste, qui nous a été quelquefois suggéré par nos amis. Il a donc fallu aussi, refondre, élargir, appuyer le texte et en donner les raisons.
La première question, où était placé le monument qui portait l'inscription est décidée aujourd'hui. Le fragment a été trouvé au Sérarkerat. Là se trouvait l'ancien Forum Tauri ou Foram Theodosii.
Le troisième vers de l'inscription confirme cette supposition ; il dit : « Ayant à tes pieds l'Océan et la Terre infinie I » Delà place duSéraskérat l'on jouit d'une vue très-étendue de Constantinople, de ses environs, des deux continents (Europe et Asie) et de la mer qui les sépare. La tour des incendies (nommée du Séraskérat) y a été depuis érigée pour cette raison.
Comme notre fragment s'est trouvé dans un mur souterrain avec des briques, qui portent la marque de Manuel Comnène, Ton peut supposer que l'inscription a passé dans une collection de vers bien avant le douzième siècle, et qu'au milieu de ce siècle, l'inscription avait disparu en partie ou entièrement. Depuis aucune légende n'indiquait plus quel personnage la statue représentait, ou bien le nom de Théodose n'y existait plus. Voilà pourquoi, du temps de la prise de Constantinople par les croisés latins en 1205, d'aucuns croyaient que cette statue équestre, au milieu du forum Tauri, représentait un Bellérophon sur le Pégase ; d'autres affirmaient que c'était un Josué qui arrête le soleil; d'autres croyaient y voir un Adrien, d'autres enfin un empereur quelconque.
Puis vinrent les croisés latins avides de butin ; ils détruisirent complètement la statue pour se venger de ce que le cheval foulait sous le pied gauche de devant»
une petite figurine agenouillée et ayant les mains liées derrière le dos. Comme on ne reconnaissait plus dans lui le Persan que cela représentait, avec, son manteau de peau, mais que parmi les Grecs cela passait pour un Bulgare, pour un Russe ou pour un Goth; eux, les croisés Latins, croyaient y reconnaître un compatriote d'eux, dont l'injure devait être vengée par la destruction du monument entier.
Il ne leur fallait pas tant pour détruire.
Nicète Choniate, contemporain de la destruction de ce monument par les croisés Latins, dit p. 848, qu'ils cherchèrent à détruire tous les monumens, surtout ceux qu'ils apprirent avoir été érigés contre leur nation. « Voilà pourquoi, dit-il, en son grec boursoufllé, ils n'épargnèrent pas non plus le sabol du pied gauche de devant du cheval, lequel, placé en bronze sur une pierre carrée blanche dans le forum nommé du Taureau, portait sur son dos un homme en costume héroïque, très-bel à voir et lequel (cheval) ne peut pas s'empêcher de se réjouir luimême de la beauté de son exécution : il est tout brillant, hennit, se roidit, et redresse les oreilles comme au son du clairon. Les uns disent que c'est un Pégase, et celui qui le monte, un Béllérophon ; d'autres que c'est un Josué, fils de Navi (Xi»n) monté sur un cheval quelconque, et, ce qui, selon eux, prouve cela clairement, c'est la tenue du cavalier, qui étend sa main droite vers le char du soleil à son déclin et vers le cours de la lune, pour leur ordonner de s'arrêter et de ne plus s'avancer ; de plus le cavalier tient un globe d'airain dans le creux de sa main gauche. »
« En détachant donc avec des leviers les pieds du cheval, il trouvèrent dessous une figurine humaine, ressemblant le plus à quelqu'un de la race des Bulgares, perforée par un clou et enveloppée de plomb ; ou bien, représentant un Latin, comme depuis longtemps tout le monde l'affirmait. »
« Et tout cela passa dans les fonderies des essayeurs d'argent. »
Plus loin p. 837 Nicétas repète la mê-
me chose, et il ajoute : «que l'opinion d'aprèslaquellecela(le cheval) représente un Pégase était basée sur la circonstance, que le cheval était *arw bride et courait à travers champ sans être retenu. » Pour nous ces derniers mots prouvent, que les Latins n'ont donné que le coup de grâce au monument, et que les Grecs eux-mêmes avaientdéjà,avantl'arrivéedesLatins % dépouillé le cheval de tous les harnais d'or.
Le même auteur fait suivre à cet endroit un récit qui ne s'accorde pas avec le premier sur l'emplacement de la figurine sous le pied iu cheval ; il dit :
« Une antique renommée était répandue dans la bouche de tout le monde que dans (i») le sabot gauche du pied de devant du cheval était cachée (enterrée, «w- OsoQat) une figurine d'homme ; selon les uns : quelqu'un de la race des Vénitiens ; selon d'autres quelqu'un des peuples occidentaux non alliés des Romains, ou un des Bulgares. — Aussi longtemps que le sabot est resté intact, on ne pouvait ni voir, ni savoir ce qui était caché à l'intérieur. Mais quand le cheval et le cavalier furent enlevés et jetés dans le feu, on trouva aussi la figurine en bronze enterrée dans le sabot du cheval, et elle était entourée d'un manteau comme la peau des animaux. Les Latins, faisant peu de cas de ce que l'on avait débité sur cette figurine, la jetèrent aussi au feu. »
Quelle naïve expression du désir de faire trouver partout quelque chose de merveilleux et de cachél II est vrai que de telles gens ne manqueront jamais, pas même aujourd'hui, et ceci d'autant plus, qu'ils sont ignorans de l'art ou du sens attaché à une représentation historique ou symbolique quelconque ; ce penchant est dans le peuple partout. Allez vous faire expliquer les statues des archevêques de Magdebourg dans la cathédrale de celte ville, maintenant protestante. Le sacristain vous débite un roman complet d'un achevêque qui — monstrueux comme tous les catholiques — écrase une figurine nue de femme sous sa crosse d'évêque après en avoir abusé. Cité devant l'empereur, il jure que non, et sur le champ, il devint
tout blanc (le sacristain tous montre une statue d'archevêque en marbre blanc) ; cité une seconde fois, il devient tout rouge en jurant (ou vous montrera une autre statue badigeonnée en rouge); cité enfin une troisième fois, il devient tout noir (on vous fait encore remarquer une statue d'archevêque en bronze). Eh bien, les trois statues représentent chacune un autre archevêque (Conrad II ; Othon IV, et Frédéric I), comme les inscriptions l'attestent, et chacun tient la main droite levée pour la bénédiction et non pour jurer; et la figurine nue de femme écrasée par la crosse de l'evéque est un symbole de ce qu'il était ennemi des moeurs inpures et de l'impudence. Or si de pareilles contes se fabriquent en pays protestans de nos jours, ne vous étonnez point de la crédulité ignorante d'un peuple, voire même d'un historien de ces époques de fanatisme religieux et national. Il est aisé de s'expliquer que le Byzantin s'évertuait à rendre plus coupable la barbarie destructive des conquérants Latins, en faisant croire qu'ils n'avaient pas vu celui qu'ils croyaient leur compatriote agenouillé, les mains liées derrière le dos et néanmoins foulé impitoyablement sous les pieds du cheval de l'empereur Byzantin. Du reste notre opinion est aussi celle deLambeck dans ses notes explicatives de Codinus.
Celui, qui, malgré tout cela, voudrait ajouter foi à la fable de Nicétas d'une telle figurine cachée dans l'intérieur du sabot du cheval, devra aussi croire que le cheval prophétise la destinée delà ville, en montrant du pied gauche sur les bas-reliefs de la base ou sur l'inscription ; ou bien que le cavalier est un Théodose I le grand, parce que la main droite du cavalier était levée dételle manière que cela coïncidait parhazard avec la direction de la statue spirale de cet empereur, comme le dit Cédrenus (vers 40 37) p. 566, avec
Ces mOtS : « K*i o xxrà to à^<po<ov tl £çà ; tieiWTT.; «ôt6ç rçtv iuifa; 0go46a>.o; yttp* ?t(vc*v 3tCtJrv iroiç rfcv wâiv, x*t #«t*vù; ?« Êv-
yvf p«ftu<va «ta ç^p Tpôitita,* en français : «Le cavalier érigé au milieu du chemin représente le grand Théodose lui-même, étendant sa droite vers la ville et montrant
les trophées qui ornent sa colonne spirale.» C'est bien heureux que Cédrenus ait ajouté la raison,pour laquelle il croyait par erreur que c'était un Théodose le Grand.
Encore un coup, la manière brutale de représenter un empereur victorieux, comme foulant aux pieds de son coursier ou de ses propres pieds un ennemi vaincu domine dans le 4 e et 5 e siècle apr.7.Chr., témoin toute une série de médailles de ce temps. Notre statue était donc faite selon l'usage de cette époque.
Les différens auteurs des n*-pia de Constantinople, qui ne se distinguent de Codinus que par la disposition, celle-ci étant dans les premiers par ordre topographi(jue,l<\n<\\$que\e derniera donné à ses antiquité? une classification malencontreuse par objets, nous ont conservé des notices importantes sur notre monument.Maisc'est là encore que la faux s'est mêlé au vrai.
Voyons d'abord Codinus (vers 1450) de signis Cp. éd. Bonn. p. 43 :
« Par dessus les grandes colonnes tétradysiennes, visibles de tout côté, au milieu delà place, il y a un cavalier que les uns disent être un Josué, d'autres un Bellérophon. Il est venu d'An tioche la grande. La base carrée du cavalier, faite en marbre poli, montre sculptée en relief l'histoire future des derniers jours de la ville, où les peuples Russes viendront piller la capitale. La base (en bron . e) porte une petite figurine déforme humaine les mains liées et agenouillée. Le pied gauche du cheval montre aussi ce qui est prédit dans les bas-reliefs sculptées (ou dans l'inscription?)»
Les iiffrpia disent complètement la même chose voir Anonym. Banduri p. 17 et 18, et le manuscrit inédit du Sérail de Mich. Aichmaloles écrit en 1474 et dont nous avons pris copie. Seulement nous en avons introduit \e mot cheval sou\\gui\ où Codinus, plus embrouillé, n'a que le mot grand (us*, «><>•,), erreur manifeste.
Le texte suivant est bien corrompu dans Codinus, dans les n^rpi» connus et dans notre Michaèl Aichmalotes. Cependant dii profitant de ce dernier nous rétablissons ce qui suit: friai-roç **l h *o0y>; k(g>v 5 ^
y«ç (toO Taripou) xai S (ko&ç ; xCwv) toO Be-
lewr, ta; ctXoxHi; tviçdpouç.
En examinant avec une froide critique ce rapport de Codinus et des n«ipi*, il appert d'abord que le premier auteur, auquel tous ces historiens des antiquités ont emprunté leurs notices, vivait avant la destruction du monument, puisqu'il y est dit : içtr=-il y a.Mais aucune inscription ne disait plus ce que le monument représentait. Aussi voit-on par le passage sur le Tzycanistérion (Anon. Band.
N. 63, Michaël Aichmalotes p. 65), qu'il vivait sous le règne de Constantin Doucas, (1057-1067). Ceci posé, tout ce que ces antiquités disent, est d'une grande importance, et vient à l'appui de ce que nous avons donné comme notre opinion sur le prisonnier agenouillé, qui n'était donc nullement caché dans le sabot du cheval, comme Nicétas voudrait nous le faire croire un siècle et demi après.
Il résulte de plus de cette description graphique des colonnes, qu'elles étaient très-grandes, qu'elles se voyaient de tous côtés, enfin qu'elles étaient tétradysii.
Cette expression de rupa^to:, où les copistes mettent à volonté *< et< pour le », employée ici pour les colonnes, n'est connue qu'aux auteurs des nàErpi* de Constantinople. Dans Codinus elle se rencontre trois fois ; d'abord à notre passage; puis à un autre comme qualité d'autels, enfin comme attribut d'une grande salle au milieu des grands palais byzantins, et qui servait à une espèce d'académie. Les traducteurs latins lui donnent la signification de carré, Byzantios traduit par tetragone, et M. Labarte a eu le courage de représenter la salle de l'académie, dite octogone tetradysios, comme un octogone carré, en la faisant carré à l'extérieur et octogone à l'intérieur. Ces autorités me paraissaient d'abord suffisantes pour adopter cette acception du mot ; toutefois nous reconnaissons que les premières objections nous ont été faites ians le Syllogos grec de Constantinople, qui renferme tant de savans distingués. Là, on croyait devoir reconnaître dans la terminaison 8 j9ioç un sens significatif et non vide, et l'on cherchait à l'expliquer par
le nom de nombre $u«, comme s'il y avait quatre fois deux colonnes accouplées. Après de longues recherches il nous a été possible d'être mis sur la véritable voie par un endroit échappé aux savants jusqu'à présent. Il se trouve dans l'Anonymus Banduri N. 170 (Michel Aichm.
p. 136), où il est l'épilhète d'un passage.
Or, si un octogone carré est déjà chose difficile à digérer, que serait-ce donc qu'un passage carré? Codinus, croyait peutêtre à la signification de «carré», et pour cette raison il a supprimé ce passage incompréhensible pour lui ; mais le même ' Embolos tetradysios est nommé autre part Embolos tetrapylos; et voilà le jour qui nous vient par ces portes : c'est un passage à quatre entrées, c'est-à-dire : à quatre portes ; l'on peut y entrer et passer ($*iiv) des quatre côtés. Il faut donc l'entendre partout dans ce sens. L'octogone tetradysios sera donc une salle non carrée, mais vraiment octogone à quatre portes d'entrée ; et les autels tétradysii auront une base non en ligne droite, mais elle sera perforée au milieu,de sorte qu'ils ne reposent que sur les quatre coins*
Mais peut-être nous objectera-t-on, que, dans notre monument, Codinus etc., disent *(ovsc tstp«3*jiioi ; ce seraient donc des colonnes perforées à leur base ? — A quoi nous répondrons : Si l'on prend les mots à la lettre, oui !, mais c'est « pars pro toto»; le mot de colonnes, grandes comme elles l'étaient, pouvait servir dans le langage figuré du peuple, à désigner tout le monument, et indiquer les colonies qui laissent quatre passages . En vers cela se nomme une belle figure de rhétorique élégante et de style orné; en prose et dans la bouche du peuple, cela passe à tort pour une manière négligée de parler qu'un Malherbe flagellerait certainement; toutefois nous croyons que le vers de Boileau : « Enfin Malherbe vint » n'est juste que dans le sens que c'est bien heureux que Malherbe soit venu quand la langue existait déjà; le bon Dieu a été bien sage de ne pas avoir créé ce « tyran des lettres», à l'époque où la langue se formait: car dans ce cas il n'y en aurait pas, et, crainte de heurter contre une de
ses velléités, nous ne dirions que : ouf!
comme les brûles.
Une autre notice dans Codinus et dans les auteurs des antiquités de Constantinople, est pour notre monument, plus que choquanle, c'est celle qui porte : Cela fut apporté d'Antioche la Grande.
Cela veut-il dire que toute la statue vient d' Antiocbe ou seulement le cheval ?
ou enfin faut-il prendre tout le passage pour une erreur?
S'arrètant à la conviction que notre monument est un Théodose, l'on pourrait être tenté d'admettre que la ville d'Antioche, possédant à cette époque des artistes bien plus distingués que la capitale, Théodose eût fait fondre le monument équestre dans cette ville ? En effet, l'on n'a qu'à consulter les médailles de celte époque, d'une barbarie révoltante quand elles sont frappées à Constantinople et très-belles quand elles portent l'atelier monétaire deANT.
La collection si belle et si riche de S.
Exe. le marquis de Moustier, ambassadeur de France près la Sublime Porte, et quelques unes de la mienne prouvent cette vérité jusqu'à l'évidence (1). Ou bien encore l'on pourrait penser que le cheval ait été apporté d'Antioche où il aurait auparavant servi pour la statue d'un autre cavalier, et l'on aurait fondu à Constantinople un nouveau cavalier, représentant Théodose, pour le mettre dessus.
Nous pensons que le passage qui parle de l'origine de la statue s'est égaré dans la description de celle du Forum par la mégarde du premier auteur.
Voici nos raisons: Il y avait sur l'Hippodrome une foule de statues apportées de toutes les villes de l'Empire Romain. «Une d'elles, disent les antiqui-
(i) Noos avons une monnaie d'or de Théodose II, qui est inédile et d'une barbarie affreuse dans l'exécution, (Voir la lilhogr.)
Aras: Tête de f cède Théodose II en habit militaire a*ec casque, lance et bouclier. Léteende : D. N. THEOOOSIVS (sic!) P. F. AWC (sic.)
Revers : Vict. ailée debout à droite tenant une longue croix : VICT : ASIA AVCCCC (sic \) ex. CONO. Dans le champ une étoile.
tés (1) qui a les pieds ailés, a été apportée de la grande Antiochia; et c'est un Béllérophon ; car là on avait un culte pour lui. »
Peut-on s'étonner , si , en décrivant celle du Forum après avoir admis l'idée absurde et fausse que le monument pouvait être un Béllérophon, l'on ait cru devoir ajouter machinalement les mots que Ton pouvait lire à l'Hippodrome sous un véritable Béllérophon ?
Retournons maintenant à nos recherches sur la statue équestre du milieu de la place, dite Foram Tauri, Inquelle — le fragment de l'inscription ayant été trouvé au Séraskcrat, — ne peut, selon l'inscription complétée, être plus attribuée qu'à un Théodose.
Quel Théodose était-ce donc, et quelle forme avait le monument?
J'ai mesuré exactement la corde de l'arc du fragment et la hauteur du segment, j'ai trouvé celle-ci de 4 centimètres sur 88 de celle-là ; puis je me servis de ces mesures pour construire un demi-cercle complet ; ensuite, en distribuant les lettres de l'inscription selon les distances du fragment, j'arrivai au résultat qu'un seul plein-cintre ne contenait que juste le quart de l'inscription, y compris les feuilles de lierre ou marques de séparation, placées entre les hexamètres, selon la méthode de ces temps, et la clef de voûte au milieu, ornée probablement d'un grand Monogramme byzantin du Christ.
Il en résulte que l'inscription entière devait avoir été disposée sur quatre arcs d'un portique carré, sur le haut duquel se trouvait la statue équestre. Ajoutons que les historiens Byzantins parlent de ce monument en employant les expressions:
oljxcp^oi K-ovg-T n£p''ÇXe:uTOi ot rtTpa-
*{«ioi ce qui veut dire, « les grandes colonnes laissant quatre passages qui se voient tout autour : » l'on peut établir que le portique formait un grand car- Ci) Codin éd. Bonn. p. 20 (Paris p. 10) antiq. Byzantines dans le manuscrit inédit de Michel Àichmalotès, p. 15.
ré, ayant aux quatre coins de hautes colonnes, et enlre lesquelles il y avait les quatres portes d'entrée et de, passage, avec l'inscription ; le milieu portant la statue équestre
Celle-ci ne pourra plus être que celle de Théodose II, car la statue de Théodose I, sur le forum Tauri (comme celle sur l'Augustée) était à pied et placée sur la colonne spirale.
Nous croyons même pouvoir établir que l'existence d'une statue équestre de Théodose 1. à un endroit qnelconquede Constantinople ne pourra être prouvée par aucun auteur ancien. Selon Suidas, celle à cheval du Milium était de Théodose II. Les statues sur l'Hippodrome de Gratien, de Valentinien, de Théodose et de Firmillien le courbu, étaient à cheval, à pied et pour rire ; c'est au choix d'un interprèle hardi. Je m'élonne que même M. Labarte ait eu la bonne volonté d'y trouver une statue équestre d'un Théodose (p. 53), mais toujours se garde-t-il d'affirmer que c'est Théodose I. D'ailleurs, ces statues-ci étaient très petites et ornaient les gradins des bancs de l'Hippodrome.
Enfin la statue équestre elle-même se trouve représentée sur des monnaies de bronze de Théodore II, dont je possède deux exemplaires frappés à Chartage avec la légende ; Gloria Romanm*um. Ce qui prouve, jusqu'à l'évidence, que le Théodose équestre de l'inscription, le soidisant Bellérophon et l'Empereur à cheval des monnaies en question, sont identiques, c'est la tenue du cavalier, avec la main droite levée en arrière, et la position de la tête du cheval, qui dresse l'oreille , comme s'il entendait le clairon (Nicolas Choniate descript. du Bel lérophon), et lève la tête en ouvrant la bouche : c'est le *»l iwVtw fu?tptj*<ov.
En me servant de toutes ces données, je reconstruis en dessin , tout le monument, et pour rendre ce dessin aussi exact et fidèle que possible, je profite d'un morceau de frise trouvé au même endroit; ce fragment assez richement orné et voûté horizontalement en un arc
plus ouvert, aurait donc orné la soubase du cheval.
Beaucoup de lecteurs instruits ne sauraient s'empêcher, peut-être, en lisant cette notice d'exprimer le regret de ce que cette statue représente un prince faible et sansglojre enregistrée par l'histoire, et qu'elle ait élé érigée probablement par Pulchérie pour flatter l'orgueil du faible Théodose II, son frère surnommé le Pieux et le Calligraphe,qui fut trois fois vaincu par Attila.
Mais je remarquerai que, pour juger du mérite d'un prince, il faut tenir compte de l'époque et de la grandeur de ses adversaires. Bajazet, surnommé ajuste titre l'éclair (yeldirim), n'a rien perdu pour avoir été vaincu par Tamerlan et traîné (si c'est vrai) dans une cage de fer à la suite de l'armée des Mogols. Il suffit de conserver dans ces monuments d'épreuve le courage de lutter après la défaite pour mériter l'estime des justes.
D'ailleurs, Théodose II eut le mérite de sauver l'empire Byzantin, quand celui de l'Occident croula.
Voici quelques détails qui expliquent ce fait : sous le long règne de Théodose II (408 — ioOj comme si la nature s'était alliée aux barbares, de grands tremblements de terre renversèrent plusieurs fois les murailles de Constantinople. L'ancienne muraille de Constantin, placée plus à l'intérieur, s'élait écroulée, Théodose la fit renouveler en 413 sous la direction d'Ànthémius, en l'avançant plus en dehors, emplacement qu'elle occupe encore aujourd'hui, Cela fut l'œuvre de 2 mois. Il est vrai que les briques du mur de Constantin, portant sa marque et celle de ses fils, furent transportées sur les chantiers et servirent à la nouvelle bâtisse, et il paraît même que ce mur théodosien d'Anthémius ne fut qu'un monoteichos (un simple mur) tout au pied duquel se trouvait le fossé. Cette dernière circonstance et la célérité du travail furent la cause que 33 années plus tard, c'est-à-dire: en 447 un nouveau tremblement de terre le renversa avec 57 de ses tours.
A cette époque, Attila, vainqueur sur
terre, pouvait venir en chaque instant, il n'y avait donc pas de temps à perdre, et Théodose, se servant du grand nombre d'habitants de laThrace et delà Macédoine, réfugiés dans là capitale, fit rebâtir les murailles la même année en 60 jours, par son préfet Cyrus (Constantin). A cette occasion on inventa un moyen ingénieux de les consolider et de les rendre capables de mieux résister aux ennemis et aux tremblements de terre.
On éloigna le fossé, on fit un second mur intermédiaire et on plaça la terre du fossé entre les deux murailles.
La construction de ces murailles théodosiennes est pour l'empereur et pour son préfet un mérite immense, jusqu'ici trop peu apprécié parles historiens. Ce sont elles qui résolvent l'énigme delà longue durée de l'empire byzantin. Ce ne fut que mille ans après la chute de Rome et de l'empire d'Occident que Constantinople tomba, et encore ces mêmes murailles aidèrent-elles une poignée de braves et le héros génois Giustiniani (1) à défendre vaillamment la capitale. Les murailles et leurs défenseurs ne cédèrent que devant la poudre à canon et devant tes monstrueuses bouches à feu de Fintrépide conquérant Mahomet II.
Au surplus, il y avait aussi des victoires remportées dans l'Orient par Théodose II ou par son général Alain Ardaburius sur Vararane, Roi des Perses, ec 421 , pour le forcer à renoncer à la persécution des Chrétiens ; l'année suivante ce roi fut obligé designer un traité de paix pour cent ans. C'est à cette victoire que fait allusion le premier vers de l'inscription ;
«Tu surgis de l'Orient, comme un autre soleil brillant » et c'est spécialement pour cette gloire que la statue fut érigée, le cheval marchant vers l'Orient que la main du cavalier menaçait, et foulant au pied un persan captif et agenouillé.
Si, d'un autre côté, l'on remarque que Carthage tomba au pouvoir des Vandales
(i) Ce héros a été indignement colomnié par des écrivains injustes, auxquels Gibbon même n'a ajouté que trop de foi. Dans le manuscrit inédit de Critoboulos, qui ne tardera pas à être publié, l'on trouvera la justificotion de cette assertion.
en 439, et que la monnaie qui représente notre statue équestre de Théodose II est marquée à l'atelier monétaire de Carthage. le temps entre la paix avec les Perses et la perte de Carthage, c'est-à-dire 422 — 439, est celui de l'érection de notre monument. Mais nous pouvons lui donner la date de 425.
Théodose II avait alors juste 26 ans, et les premières murailles Théodosiennes d'Ànthémius existaient déjà. C'est la monnaie d'or inédite de notre collection dont nous avons donné une description plus haut qui nous permet de llxer l'année de l'érection à peu près à 425 de l'ère chrétienne. Il fallait du temps pour former et pour ériger le monument. La médaille d'or n'a pas pu être frappée immédiatement après la victoire sur les Perses, car comme elle a 5 G. c'est à direAVGGGGG l'on est obligé de compter, ou les princes seuls, ou les princes avec les princesses tous ensemble. Or, il y avait en 422 et 423, Théodose II avec sa femme Eudoxie et sa sœur Pulchérie, puis Honorius et Constance III avec sa femme Placidie, ce qui fait trois hommes et trois femmes augustes. Donc de quelque manière que l'on fasse, les 5 G ne conviennent pas. Mais en 425 Valentinien remplace Honorius ; il est reconnu et installé à Ravenne avec sa mère Placidie par l'empire d'Orient, de sorte que. si les trois femmes augustes sont comptées avec les deux empereurs, on a les cinq augustes . C'est donc une médaille frappée pour la fête d'inauguration de la statue et en mémoire de la victoire asiatique, médaille jetée selon l'antique usage daus la foule.
Il nous reste à dire encore quelques mots sur quelques accessoires de notre essai de reconstruction du monnment.
La base carrée oblongue qui est placée sur la sousbase et qui porte immédiatement la statue épuestre en bronze, a été ornée par nous de bas - reliefs.
Nous ne les avons pas faits au hasard.
Nous avons pensé qne ces reliefs doivent avoir été semblables à ceux qui ornaient les deux colonnes spirales d3 Théodose I. Il en existe des copies fai-
tes avant leur destruction ; mais, malheureusement, il ne pourra être question que du degré de fausseté de ces vieilles copies. Je m'étonne que M. Byzantios ait eu le courage d'en faire une olla potrida indigeste pour les estomacs les plus robustes. L'une des copies conservée autrefois à Paris dans la bibliothèque de St-Géneviève est, on ne peut plus ridicule ; elle se trouve ainsi reproduite dans Ducange et dans Banduri. Jamais les empereurs byzantins ni leur suite n'ont porté un costume pareil. L'autre pèche peut-être par le défaut contraire. C'est celle de Bellini, reproduite par Banduri et par Agincourt. La question si c'est une copie exacte des bas-reliefs ou une invention hardie de l'artiste, paraît difficile à résoudre. Nous nous en sommes sérieusement occupé, sans être parvenu à une décision finale. Nous avons eu recours au tronc d'une des deux colonnes qui existe encore aujourd'hui à Avret Bazar.
Au risque de tomber, nous avons donné notre main gauche à quelqu'un qui nous a tenu presque suspendu, pendant que de notre droite nous avons copié, tant bien que mal, le peu qui est resté conservé .
Quant au style, nous pouvons affirmer qu'il est assez beau, mais nullement au point, comme l'a représenté Bellini. Nous y avons trouvé des chars à 4 roues, semblables à ceux dessinés par Bellini ; ils ne sont pas attelés de bœufs comme ceux de Bellini , mais de quatre chevaux. Cela suffit-il pour condamner les dessins de Bellini complètement?
Nous ne le pensons pas. Car il y avait deux statues spirales. Peut-être a-t-il copié les bas-reliefs de celle du forum Tauri dont il n'existe plus rien.
Eh bien, à défaut d'autres, nous avons pensé que les antiquaires nous sauront
gré de leur avoir donné un faible échantillon de notre copie furtive des représentations de la colonne d'Avret-Bazar. (1)
Quant à la clef de voûte avec le Monogramme du Christ, il est conforme à l'époque. Les lettres a et w sont les lettres a et n qui se voient encore aujourd'hui à la ruine d'Avret-Bazar. Ce sont elles qui ont été par erreur prises par Pertuisier pour un A et E et expliquées comme initiales d'Arcadius et de sa femme Eudoxie, et là -dessus Ton a bâti l'opinion que la colonne spirale de l'Avret-Bazar (ou du Xérolophos ancien) était une colonne d'Arcadius.
Quant aux chapiteaux des colonnes, nous les avons pris de monuments de cette époque tels qu'ils se trouvent dessinés dans l'histoire de l'art d'Agincourt.
Dans notre désir de compléter le monument avec certitude, il n'est resté qu'une partie que l'on pourra résoudre de différentes manières, c'est la question si les colonnes et leurs chapiteaux étaient nues et ne supportaient rien, comme nous avons été disposé à le croire, pour qu'elles frapassent d'autant plus les yeux, et que cela expliquât, pourquoi tout le monument a porté chez les Byzantins le nom de « les colonnes » : idée qui est en contradiction avec tous les monuments de l'antiquité , et qui serait d'une barbarie révoltante; ou bien si les colonnes ont porté le soubassement du cavalier, comme le dessin, que nous joignons à cette description, le représente. Nous hésitons à nous prononcer sur cette question en dernier lieu, et nous laissons le choix aux savants et aux bienveillants lecteurs.
(1) Nous allons faire mouler un de ces chars à quatre chevaux et quelques personnages pour éclaircir l'histoire de Part de cette époque.
ADDITIONS aux précédera articles de découvertes archéologiques.
A u N* IL
Le fragment de bas- relief découvert par moi représente Gordien ///tuant un lion à la chasse près d'Antioche de Pisidie en 242.
Ce fragment de bas-relief, que j'étais disposé à prendre pour une scène de chasse, m'a surtout semblé d'une époque Byzantine^Brce qu'il présentait dans les plis de la tunique du cavalier des roideurs incompréhensibles, et peu d'accord avec le reste, surtout avec la belle main de l'homme qui suit le cavalier.
Revenant plusieurs fois à examiner l'original, je finis par découvrir, que ses reliefs roides réunis ne formaient qu'une ligne depuis l'épaule droite jusqu'au ventre du cavalier. Je reconnus bientôt que cela devait être une partie du javelot lancé par le cavalier. Les raisons qui m'avaient fait d'abord regarder ce fragment comme byzantin, s'évanouirent et mes idées cherchaient alors un souvenir d'une époque meilleure. Je me rappelais une médaille coloniale en bronze de Gordien III frappée à Antioche de Pisidie, dont je possède un exemplaire de bonne conservation. L'ayant consultée, toute incertitude disparut sur le champ.
En voici la description :
Elle est du module 8 de Mionnet, et d'assez belle fabrique. Au côté droit:
IMP. CAES. M. ANT. GORDIANYS.
AVG. buste de Gordien lauré à dr. avec paludament ; (restes de barbe, douteux comme sur presque tous les bronzes) ;
Au Revers: CAES AKTIOCH. COL (à l'entour) ; SR (à l'exergue). Gordien à cheval galoppant à droite lançant un javelot dans la partie de derrière d'un lion déjà frappé à la poitrine par un autre dard; le javelot lancé par l'empereur passe par dessus la poitrine et semble finir
immédiatement sous la racine du pied droit du cheval.
En comparant cette médaille avec notre fragment, l'on reste convaincu que c'est le même sujet. Seulement il en jaillit des conséquences importantes pour l'histoire de l'art. C'est, quand le jeune empereur passa par l'Asie mineure, pour combattre les Persans, où la main d'un traître ambitieux alla mettre un à ses jours, que dans la Pisidie il tua un lion à la chasse. Nous savions que la ville coloniale d'Antioche dans cette province nous en a conservé le souvenir sur le bronze en question ; mais ce que nous ne savions pas, c'est qu'un autre monument de cette ville était l'original dont une copie arrangée pour l'espace rond et étroit d'une monnaie nous était parvenue par la numismatique. Ce qui prouve cette assertion : c'est que le graveur de la médaille, n'ayant assez déplace devant les pieds du cheval, fut obligé d'avancer le lion, de sorte qu'à peine le javelot du cavalier se trouve dans la direction de la racine de la queue du lion ; force lui fut donc de placer un autre dard comme lancé auparavant dans la poitrine de l'animal : de plus il renonça à placer un porteur de javelot à pied derrière le cheval, cela aurait empêché la légende à l'entour. C'est absolument la même chose, comme les médailles par exemple de Caracalla avec la PROFEECTIO, où il est représenté, tantôt à cheval avec une suite légionnaire ou sans une telle; tantôt à pied sans le cheval, avec un porte-enseigne derrière lui, ou avec des enseignes sans soldat qui les porte.
L'art n'exige que pour l'état enfantin que tout y soit mis. Les plus belles batailles sont pourtant celles qui en pré-
sentent une épisode par une scène saisissante de quelques personnes ; Les enfans trouvent bien le grand et la ma$$e, et quelquefois la décrépitude a le même goût, comme Spontini qui se croyait obligé d'annexer nne grande partie du parterre de Topera à Berlin pour placer son orchestre-monstre. La satyre berlinoise mit le lendemain de la représentation une pétition dans les mains de la statue en bronze de Blûcher érigée à côté de Topera, dans laquelle il pria le roi de lui accorder un autre emplacement qui le sauvât du tapage et du vacarme infernal de la musique de Spontini. Nous aimons mieux le peintre auquel un bourguemestre ancien avait commandé de lui faire un tableau de Sainte-Ursule avec ses 10,000 vierges martyres, à condition qu'il lui payerait chaque tête quelque chose comme un franc. Comment le pauvre artiste se tira-il d'affaire?
Il plaça Sainte-Ursule à la porte d'un portail d'une église et Ton voyait à peine deux têtes de vierges en arrière d'elle.
«Eh bien, «fit le bourguemestre,» je ne vois pas les 10 000 vierges que je vous ai commandées !» — « Elles sont dans Téglise ! » répondit carrément le peintre. C'est ainsi que moi je dirai aussi que le porteur de javelots est représenté à côté de la monnaie.
Quant au sort du Bas-relief d'Antioche de Pisidie, il nous parait, que c'est Constantin le Grand qui Ta fait transporter de cette ville à Byzance, quand il en fit sa nouvelle capitale ; Ton sait qu'il dépouilla toutes les villes de son empire de monumens, et qu'il en orna Constantinople.
Il existe encore un médaillon de bronze de Marc-Aurèle à la chasse d'un sanglier. Ce médaillon appartenant autrefois à M. Hobler, se trouve maintenant dans le cabinet de M. Dupré, il est décrit dans Cohen au N 6 408 ; celui-ci ainsi que M. Dupré croient que le cavalier n'est pas M. Àurèle. Cependant Hobler dans son ouvrage : « Records of Roman history vol. II. N. 1090 en donne ta figure, puis îl dit : « Je trouve dans Capitol. Marcus Aur. cap. IV et Dion. p.
816 que Marc. Aur. a eu une rencontre avec un sanglier. »
Notre fragment ne s'accorde point avec la figure de ce cavalier, avec sa pose plus inclinée, avec la forme du javelot, avec la tenue du bras gauche sur la poitrine, et avec la selle de ce Marc-Aurèle.
Au N° I1I.-MÉDAILLON D'OR du dernier Constantin et VALERIEN II. III et IV trouvés.
Un médaillon d'or de Constantin XIV est trouvé, non aujourd'hui, mais il y a déjà presque un siècle. C'est un médaillon condamné par M. de Saulcy et depuis il n'en a plus été question.
Après la composition des notices cidessus, j'ai eu Tavantage de pouvoir de nouveau consulter, dans la bibliothèque de S. Exe. Tinternonce M. le baron de Prokesch-Osten,la Doctrtna nummorum veterum d'Eckhel, vol. III p.
tll et 273. Là il s'agit d'une pièce en or, conservée dans le cabinet imp. de Vienne.
En voici la description :
Côté droit :
konstantinos en xn attxï (sic!) RPÀTnp o iiAAAïOAoros. L'empereur debout de face, en sa droite croix à courte manche comme sceptre, en sa gauche un volumen.
Revers.
12 xp Le Christ nimbé avec croix, debout de face, la droite levée, en sa gauche l'évangile ; autour de l'un et de l'autre double cercle de grénétis très espacé; dans le champ «».
L'on peut affirmer qne M. Eckhel a regardé la médaille comme véritable ; bien que deux réflexions soient venues se présenter à lui, la première, eu égard à une pièce bien plus grande eivlus massive de l'empereur Jean VIII publiée parGori, et qui ressemble à celle-ci, est que cela pourrait paraître un sceau; et il se met à réfuter cette idée, en déclarant, que cette antique de Constantin n'apu servir de sceau y puisqu'il n'y a aucune trace d'un fil qui ï eut traversé, et que d'ailleurs la médaille est trop mince pour cela. » Les dimensions qu'il en donne et
le poids sont la preuve la plus convainquante de cette assertion. Elle pèse grammes 7. 43. (6 grains de moins que deux ducats) et le diamètre en est de il millimètres, c. à. 3. plus de trois fois la surface d'un ducat, ce qui fait une épaisseurd'â peu près la moitié.
Le poids indiquerait un double sous d'or, dont l'étalon avait baissé sous les Paléologues, du moins à en juger par cinq exemplaires de ma collection, qui au lieu du poid normal de 4, 49. (rétabli par Isaac I. Comn ; comme un étalon unique de ma collection le démontre) ont les poids suivans: Midi. VIII grammes3.
56. Andronic II un ex. gr. 4 et un autre gr. 3. 85; Andronic II et Michel IX gr.
3. 24 ; enfin Andronic II Irène et Andronic III gr. 3. 42. Ces 5 pièces dont quelques unes ont beaucoup souffert, donnent une moyenne de gr. 3 02 ce qui porterait le double à gr. 7. 23. avec une faible différence de 1/37 sur le médaillon en question.
La seconde réflexion que M. Eckhel ajoutc pourrait être taxée de maladroite. Il dit: «Mais il faut d'autant plus se méfier de cette médaille pareeque jusqu'à présent elle n'a pas trouvé de compagnon, ou de médaille quelconque d'un autre genre, qui avec certitude puisse être attribuée à cet empereur. »
Cette réflexion, si elle était juste et si les numismates la suivaient avec conséquence, devrait les porter à se défaire de toutes les monnaies «uniques» qu*ils possèdent.
Il est à regretter qu'il ait fait ces réflexions : car si Mionnet en transcrivant cette médaille y joint modestement et tout court le mot: «douteux» M. de Saulcy affirme carrément,que ce n'est ni une médaille ni un médaillon, mais que c'est un sceau en forme de bulle d'or; et M. Sabalier va encore un pas plus loin ; il n'en parle plus ; elle est condamnée.
Observons du reste que même selon l'opinion de ces derniers la pièce n'est pas fausse, seulement ils ne l'admettent point comme médaille eten font une bulle
d'or; il s'ensuit qn'alors même l'on aurait dû admettre le titre d'AUTOCRATOR que Constantin LUI-MEME s'y donne, et ne plus faire aucun cas de Doucas qui nie qu'il ait voulu être empereur. M. Eckhel nous offre la notice curieuse, qu'il a sauvé ce médaillon du creuset d'un orfèvre qui allait le faire fondre; ce qui prouve bien combien la conservation des pièces les plus importantes dépend souventd'un hasard. Mais ce qui est plus triste que la barbarie d'un orfèvre ignorant, c'est que les personnes de la science, au lieu de se réjouir d'un tel trésor, s'empressent de le condamner et vous arrachent le vœu que ces pièces ne tombent plus dans le creuset d'une manie d'aulodafés numismatiques.
Il me reste encore à faire deux remarques : la première est sur la monnaie d'Adrien et sur mon observation que 6 Datifs séparent le PP. du mol de Trajan.
A la rigueur il peut sembler que Tribunitia Potestas n'est pas datif mais il faut lepensercomme datif attendu que c'est un attribut ; «dcHadriann», l'usage était de ne pas changer cet attribut selon le cas. (1) C'est donctm nominatif valant un datif D'autres langues offrent des paradoxes analogues: car souvent rien n'est plus paradoxe que la vérité. C'est ainsi que le garde et le trompette sont des féminins masculins, comme le prouve l'expression un garde française, c'est-à-dire :
un homme de la garde française.
La seconde remarque est que le défaut de monumens conservés nous jette souvent dans des incertitudes qui donnent lieu à mille opinions, les unes plus singulières que les autres. C'est ainsi que sur le nombre des Augustes ou des Césars de la famille de Gallien lui-même il y a les opinions les plus opposées,etchacun tient à la sienne avec la plus grande ténacité. Eckhel, celte fois-ci dans l'erreur,niait l'existence d'unValerien II, Aug. etc.; le baron Marchan&élablissait, il parait avec raison, cinq frères ou fils
(I) Voir Cohen Adrien N° 55.
de Gallien portant le litre de Valérien, comme leur père ou grand père.
Pour ne pas dépasser les bornes de ce travail je ne cite qu'un passage d'une lettre authentique do Gallien qui nens a été conservée par l'historien Pollîou ; elle fut adressée en 260— :i à Vaiïanus, pour lui ordonner d'étouffer dans les flols de sang la révolte en Mésie. «Il faut tuer, dit-il, toute personne qui a voulu du mal à moi, qui a parlé mal de moi, le flls de Valérien, moi le père et le frère de tant de princes (contra TOT principum patrem et fratrem) . Ce passage qui se trouve Trente tyr. .N° 8 Ingenuus avec ce tôt est incompréhensible autrement qu'en admettant qu'il avait alors vivans tfumom* deux frères et deux fils.
Le baron de Wittc les délions néanmoins, et M. Cohen *e range de son avis. Le dernier donne à l'appui de son opinion une médaille unique d'argent de M Hoffman avec 4 tôles deux à deux affrontées, les légendes ne disent pas qui cela représente ; mais il n'y a pas de doute que c'était la famille de Gallien, lui barbu etlauré et sa femme d'un côté, et deux autres membres de sa famille de 1'aulrc côté : l'un de ces derniers très jeune la tête nue, l'autre plus vieux mais sans barbe et la tète laurée. M. Cohen prend ce dernier, bien que sans barbe, pour Valérien I père de Gallien, et l'autre très jeune nue tète pour Valérien II le Jeune. Il me semble qu'il se trompe.
Valérien I le père de Gallien a TOU- JOURS LA BARBE. D'ailleurs, en consultant les légendes et en les comparant Ton regardera celle avec « Concordia Augustorum autour de Gallien et de sa femme, comme le droit, et celle de:
Pietas Augustorum comme le reversée qui se confirme aussi par la circonstance que le personnage principal qui porte seul la barbe ne peut se trouver que sur le droit. Aussi l'expression de « Pielas»
convient-elle plutôt à des fils ou frères qu'à un père. Voilà pourquoi il me semble qu'il faut regarder le personnage aine imberbe mais laurè comme Valérien III fils aine de Gallien et le « puer »
imberbe et tête nue doit être son frère
Valérien IV Salonîn Gallien Puer, autre fils de Gallien.
Ce qui me confirme dans cette attribution est un médaillon de bronze que possède S. Exe. Cabouli Pacha. Cette médaille vient de l'Asie mineure; elle y a été trouvée dans la bouche d'un mort, probablement destinée à payer Caron, qui par bonheur pour la numismatique ne l'a pas acceptée. Cette pièce a d'un seul côté (le droit) quatre têtes affrontées aussi deux à deux ; m ais la légende nous dit du moins qui cela est. tots sebbbb
BAAEWANOV2 IAAAIHNON 2AAONKINAN
c'est-à-dire \^ quatre (exprimés par les 4 b de skbqbb) augustes: ï Valériens, Gallien et Salonine.
Cette fois le principal personnage a non seulement la bar.e mais il aune couronne radiée comme chef de la famille, cela ne peut plus être autre chose que Valérien I père encore régnant et non encore prisonnier chez les Persans; c'est à lui et au personnage affronté avec lui que se rapporte le nom baa^ïmanotï. or ce dernier qui a donc aussi nom de Valérien qui est aussi Auguste, dont la tête est aussi laurée comme celle de Gallien, et qui porte une petite barbe comme Gallien, est le frère de celui-ci: voilà donc ressuscité le douteux Valérien II, Auguste avec son frère Gallien du vivant de leur père commun I Le revers de celle médaille n'est pas moins curieux karobovvos. apxon. a th MKNoarPErsiN. Il représente Valérien pére la tête radiée et en Apollon nu, avec deux flambeaux dans ses mains (Soleil et Lune?), dans un quadrige courant à droite.
Pauvre empereur que les peuples divinisaient, et que la ville de Témenethyrêe (en Lydie) représentait à son passage pour aller combattre les Persans comme un Dieu Apollon Sol et Lunus qui domine et éclaire tout le monde ; ne se doutant pas, qu'il était en chemin de tomber dans les mains des Persans, pour servir de marche-pied chargé de fers et courbé à côté du cheval, toutes les fois que leur roi, surnommé Oulac
taf (Briseur d'épaules,y voulait monter! II Sic transit gloria mundi I Le plus souvent les successeurs innocents sont punis d'un crime de leurs devanciers, cette fois-ci de celui d'avoir fondé contre nature et à force de sang, de ruines et de
larmes, un vain empire insoutenable, impossible à être gouverné et incompatible avec la sûreté des voisins, dont les états n'ont que la grandeur naturelle.
1/ DETHIBR.