AUGUSTE WAHLEN, IMPRIMEUR-LIBRAIRE
ÉDITEUR DE 1,’aNATOMIE DE L’HOMME , PAR J. CLOQUET.
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AVANT-PROPOS
On ne peut disconvenir que l’étude des accoucliemens n’ait fait en France de grands progrès depuis un demi-siècle. Tous les ouvrages publiés sur cette matière, dans cet intervalle , en fournissent la preuve incontestable ; quelque soin cependant qu’aient pris leurs auteurs d’en faire connaître avec exactitude les particularités les plus remarquables et les plus minutieuses même $ quelqu’ attention qu’ils aient donnée à la description des parties anatomiques de la femme et de l’enfant , relatives aux accoucliemens , ainsi qu’à la démonstration du Manuel de tous les accoucliemens difficiles , il restait néanmoins une foule d’objets sur lesquels on n’avait encore que des notions fort incomplètes. La science pratique des accoucliemens ne s’apprend point dans les livres ; c’est auprès des femmes en travail, c’est en les soignant pendant leur grossesse, que l’homme de l’art peut acquérir ce coup-d’oeil , cette habitude , qui seuls en font un praticien habile , et sans lesquels il ne sera jamais qu’un accoucheur maladroit , quand il n’est pas un opérateur dangereux.
Livré depuis un grand nombre d’années à l’enseignement des accouchemens, j’avais été plus d’une fois étonné moi-même des difficultés que j’éprouvais à rendre sensibles , aux élèves qui suivaient mes cours, certaines démonstrations pour lesquelles les secours seuls de la parole étaient insuffisans. Frappé de cet inconvénient , je conçus le projet d’un ouvrage, dans lequel je me proposais de représenter , à l’aide du dessin , ce qu’il me paraissait impossible de faire connaître sans ce moyen puissant de parler aux yeux , et de suppléer par là aux occasions qui manquent si souvent aux jeunes accoucheurs de se former à l’étude pratique des
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accouchemens. Plusieurs essais furent tentés, j’en fus peu satisfait, et, malgré tous les soins que j’y apportai, ils furent tous infructueux. Les artistes que j’avais consultés à cette époque ne me comprenaient pas ; ceux que j’avais employés n’avaient que faiblement rempli mon attente , et j’étais sur le point d’abandonner mon projet, lorsqu’un heureux concours de circonstances favorables vint tout à coup ranimer mon courage , et me fit entrevoir la possibilité d’arriver enfin au but que je m’étais proposé. Le succès jusqu’ici n’a point trahi mes espérances. Non-seulement il a été favorablement accueilli, mais plusieurs médecins très-distingués , . dans le compte qu’ils en ont rendu dans les journaux , ont bien voulu me donner des éloges dont j’apprécie toute la délicatesse et que je m’efforcerai de justifier de plus en plus par le soin particulier que je ne cesserai de donner à mon entreprise.
Formé sur un plan très-vaste, mon ouvrage n’a , avec tous ceux qui ont paru jusqu’à ce jour sur la même matière, aucune espèce de rapport. L’idée en est entièrement neuve , au moins pour l’exécution. Dans cet ouvrage , en effet , tout ce qui peut se voir ou se toucher en accouchemen t sera fidèlement représenté par des dessins lithographiés , dont l’exactitude la plus sci'upuleuse le disputera à une perfection qu’on n’a jamais rencontrée dans ces sortes de compositions. Ce sera proprement dit la démonstration pittoresque ou graphique des accouchemens.
Il existe un assez grand nombre d’ouvrages d’accouchemens avec des planches ; il suffit de jeter un coup-d’œil sur ces dernières pour être convaincu et de leur mauvaise exécution et de leur insuffisance pour se former à l’étude pratique des accouchemens. On ne peut donc se le dissimuler , cette branche de l’art attendait depuis long-tems un ouvrage ex professo y dans lequel l’auteur devait surtout s’appliquer à rendre , par le secours du dessin et de la gravure, l’ensemble des objets dont se compose la science pratique des accouchemens. Je ne sais jusqu’à quel point je suis parvenu à remplir celte lâche assez difficile; en ayant le premier
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conçu l’idée , il serait possible que je n’eusse pas de suite atteint le but désiré. La publication successive et complète des livraisons de mon ouvrage pourra seule décider cette question.
Je ne dois pas terminer cet avant-propos sans adresser des remercîmens aux différentes personnes qui m’ont puissamment secondé. Je place au premier rang M. le docteur Brécliel , chef des travaux anatomiques de la Faculté de Médecine de Paris , qui s’est empressé de mettre à ma disposition tout ce qui pouvait m’ètre utile pour le succès de mon entreprise, et dont les avis éclairés m’ont été très-profitables; j’en dirai autant de M. le docteur Laniscard > qui a exécuté avec beaucoup d’habileté toutes les préparations dont j’avais besoin. Mon prévôt , M. le docteur Ozenne , m’a également donné des preuves de zèle et de discernement pour tous les détails dont il est chargé. Enfin, j’ai cru devoir, dans l’intérêt de mon ouvrage , prendre l’avis de plusieurs artistes distingués qui ont bien voulu jeter un coup-d’œil sur mes travaux , et M. Besoins } élève de David , m’a donné entre autres , des conseils très-utiles.
M. Chazal , dessinateur de l’ouvrage , n’a pas besoin de mes éloges : son crayon et son pinceau , interprètes fidèles de son talent , parlent assez pour lui.
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L’homme et la femme , créés sur un modèle semblable en apparence , n’offrent aux regards de la multitude de différence individuelle que dans la taille et dans la force musculaire. L’homme est plus grand que la femme , dit le vulgaire , il est aussi le plus fort ; là se bornent ses connaissances physiologiques. Sans s’arrêter à ces notions superficielles , l’observateur éclairé porte plus loin ses regards pénétrans; l’étude approfondie qu’il a dû faire d’un objet aussi important lui donne les moyens de découvrir entre l’homme et la femme une foule de nuances, de modifications qu’on ne peut apercevoir au premier coup-d’œil. Sans doute l’homme doit être fort; il faut aussi qu’il soit d’une taille plus élevée. C’est lui en effet qui doit veiller à la sûreté et à la conservation de la famille ; c’est lui qui doit pourvoir aux besoins de sa femme et des enfans qui naissent de son union avec elle. Mais, quelle que soit l’idée que l’on attache à la beauté de la taille , son élévation n’a réellement de prix, qu’autant que toutes les autres parties de l’organisation sont dans la plus parfaite harmonie; car , outre que les hommes les plus grands ne sont pas toujours le plus heureusement partagés sous le rapport des facultés intellectuelles, cette élévation de la taille, quand elle est exagérée, loin d’être avantageuse, devient nuisible au contraire : on observe en effet que les individus d’une taille gigan-
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tesque , ordinairement grêles et débiles , sont également inhabiles à parcourir de longs espaces et à exécuter des travaux fatigans. C’est en jetant les regards sur les admirables travaux que les anciens nous ont laissés à ce sujet, que l’on peut apprécier les véritables proportions dans lesquelles le corps de l’homme doit être renfermé pour offrir le type d’une perfection désirée. La vue des plus belles statues de l’antiquité nous donne , en effet , l’idée la plus juste et la plus noble en même tems des heureuses proportions dans lesquelles les statuaires grecs avaient conçu la véritable beauté corporelle.
Jouissant ainsi de toute l’énergie de ses facultés physiques et de toute la plénitude d’une raison éclairée , l’homme est alors le point central et comme la base sur laquelle reposent la force et les destinées de l’édifice social. Ce n’est pas en effet au sortir de l’enfance, lorsque sa démarche est encore vacillante, et que, pouvant à peine bégayer quelques mots , il a besoin de secours de toute espèce, que l’homme peut être abandonné à lui-même et se gouverner par ses propres facultés ; ce n’est pas non plus à l’âge de l’adolescence, à cette époque si brillante, il est vrai, de sa vie , qu’il peut prendre le rang qui lui appartient dans l’ordre de la nature et surtout dans l’état social; léger, inconséquent, facile à séduire , plus facile à tromper , l’homme , à cet âge , tourmenté par des désirs de toute espèce, avide de jouissances de tout genre , ne connaît ni ses droits ni sa puissance ; en butte à toute la fougue de ses passions , sa raison n’a point encore acquis la maturité convenable pour les maîtriser , ni son esprit les lumières nécessaires pour remplir complètement les devoirs que son rang lui impose ; mais c’est seulement entre trente et quarante
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ans qu’il est homme par excellence ; étudiez la législation de tous les peuples , suivez l’histoire de leurs progrès dans les arts et dans les sciences, dans les armes même et dans l’éloquence du barreau, vous verrez que toujours les fonctions publiques ont été confiées à des hommes de cet âge ; vous verrez que les travaux du génie, que les plus précieuses découvertes de l’industrie sont toujours les fruits de l’âge mûr.
Quelques exceptions rares, il est vrai, sembleraient infirmer la vérité des propositions que je viens d’avancer; ces exceptions, loin de la détruire, la confirment au contraire; car on ne cesse de répéter , à l’égard de ces hommes privilégiés chez qui le développement des facultés intellectuelles a, pour ainsi dire , devancé le nombre des années, que ce sont des génies extraordinaires, qu’ils sont sortis de la loi commune : on cite , on recueille avec une sorte d’avidité tous les détails, tous les traits de leur enfance pour en tirer cette conséquence : que la nature en les formant a fait un effort en leur faveur, qu’elle s’est écartée de sa marche ordinaire en concentrant dans un seul individu une somme d’intelligence qui fait ordinairement le partage de plusieurs.
L’homme n’est donc véritablement digne de porter ce nom que lorsque , parvenu à la maturité de son âge , il peut commander aux autres comme il commande à lui-même. Maître de ses passions, il a, à cette époque de sa vie, toute la puissance physique et toute la force morale nécessaire pour exécuter les travaux les plus pénibles , comme il peut enfanter les projets les plus vastes et les plus susceptibles d’assurer le bonheur de ses semblables. Méditer , créer et exécuter , tels sont ses moyens , tels sont ses facultés.
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Dans ce coup cl’œil rapide sur les droits et la puissance de l’homme, je ne l’ai point considéré dans ses rapports avec la Divinité : cet objet , d’une si haute importance , puisqu’il décide de ses destinées futures, aurait demandé un plan beaucoup plus vaste que celui que je me suis formé ; c’est dans les dogmes de la morale évangélique , c’est dans les livres de l’écriture sainte qu’il doit trouver la règle de sa conduite et un guide éclairé de ses actions. Il me suffisait de faire connaître ici le rang qu’il doit tenir , soit dans l’ordre de la nature, soit dans l’état social ou de civilisation.
Voyons maintenant jusqu’à quel point la femme se rapproche de l’homme, ou, pour mieux dire, jusqu’à quel point elle en diffère; recherchons par quel mécanisme admirable le Créateur a su former deux êtres en apparence si semblables , en réalité si différons , et leur donner des goûts, des penchans, des caractères qui sont dans une sorte de contraste et d’opposition continuelle ; faisons voir que l’attrait qui les attire l’un vers l’autre , quoiqu’ils soient mus par le même désir, ne repose pas sur le même sentiment ; alors il ne sera pas difficile de faire ressortir les traits saillans qui distinguent la femme de l’homme , et de démontrer jusqu’à l’évidence que rien ne ressemble moins à l’homme que la femme ; que celle-ci n’est pas seulement femme par la disposition et l’arrangement particulier de ses organes génitaux , et par les différences essentielles qui les distinguent de ceux de l’homme , mais qu’elle est également femme par toutes les parties de son individu, que chez elle ce n’est pas seulement par la forme et la composition de son squelette qu’elle se distingue de l’homme , mais que les systèmes musculaire, circulatoire, nerveux, glandulaire, cellulaire, que les sécrétions et les excrétions de toute espèce présen-
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tent, sous ce rapport , le contraste le plus parfait, l’opposition la plus formelle. On n’a pas même besoin d’attendre , pour être convaincu de cette vérité, que la femme soit arrivée à l’adolescence. Observez-la dès la première enfance : à peine peut- elle prononcer quelques mots et combiner quelques idées, que déjà ses manières sont toutes féminines ; suivez-la au milieu de quelques autres enfans de son âge , mais d’un sexe différent , vous la reconnaîtrez à sa timidité , à une sorte de réserve et d’embarras, quand au contraire les petits garçons qui l’entourent, hardis, bruyans , ne gardent aucune mesure dans leurs jeux; plus tard, et lors même que les formes de l’un et de l’autre sexe sont plus développées, qui ne distingue à sa démarche , à ses traits , à sa voix même , une jeune fille de dix à douze ans d’un garçon du même âge ? Si vous consultez leurs goûts réciproques , que de nuances , que de modifications n’y retrouvez-vous pas! Qu’il est adroit , cet Ulysse, lorsque, voulant connaître Achille confondu avec les filles deLycomède,ilmêle des armes parmi les bijoux et les autres objets futiles qu’il étale à leurs yeux, sous le prétexte de flatter leurs goûts, ou de satisfaire leur curiosité !
Je ne pousserai pas plus loin ces considérations, et je manquerais le but que je me suis proposé, si, m’arrêtant avec trop de complaisance à tracer ici un tableau plus ou moins séduisant des formes , des grâces et des attraits de toute espèce dont la nature a paré les femmes , j’en faisais l’unique objet de mes recherches. Convaincu que tous ces avantages n’ont pour but secret que l’accomplissement des desseins bien prononcés de la nature pour la propagation de l’espèce , il ne faut pas s’étonner si, pour y parvenir^ elle a entouré la femme de toute la puissance, de toute la magie de la séduction ; car , pour elle , tous ses vœux sont remplis
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dès que la grossesse existe ; satisfaite de son ouvrage, la nature prive momentanément la femme de ces charmes , de cet attrait qui nous précipitait sur ses pas. Un sentiment intérieur, une voix secrète semble nous dire : respectez-la , elle porte dans son sein le fruit d’un amour qu’un autre a partagé, et que vous ne pouvez plus lui inspirer. La beauté chez les femmes n’est point la fin , mais le moyen, et sans leur faire injure, on ne peut disconvenir que toutes les femmes ne peuvent pas plaire par le même genre de beauté, et que sous ce rapport, les goûts sont aussi variés qu’ils sont inexplicables. La beauté , prise dans son acception la plus rigoureuse, ne serait donc qu’un vain nom , qu’une sorte d’illusion de nos sens , un mode , une manière d’être dont on est convenu de vanter l’excellence et d’exalter le mérite. Mais cette beauté, si ardemment recherchée, si vivement désirée, serait d’ailleurs d’un bien faible avantage pour les femmes qui en sont si jalouses, si on ne pouvait y attacher l’idée de la possession de celle qui en est pourvue ; si on pouvait seulement se figurer qu’il existât chez une pareille femme quelques circonstances qui seraient de nature à rendre physiquement impossible l’acte de la génération , telles que des conformations vicieuses , bizarres , ou des maladies propres à inspirer des craintes fondées, ou un dégoût insurmontable.
Ne cherchons point à nous faire illusion! En rendant un sincère hommage à la femme que la nature a comblée de ses dons , ne dédaignons pas celles auxquelles elle paraît les avoir refusées; l’une et l’autre, à ses yeux, lui sont également précieuses, et elle n’a réellement disgracié que celles qui sont inhabiles à accomplir l’œuvre de la génération , ou qui ne peuvent remplir les devoirs de la maternité.
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Cette dernière réflexion me conduit naturellement à tracer ici une esquisse des devoirs que la nature impose à la femme destinée à devenir mère. Quand je parle des devoirs de la maternité, je ne prétends pas dire qu’il en coûte à une mère pour prodiguer à l’enfant qu’elle vient de mettre au monde , les soins que réclament et sa faiblesse et l’impossibilité où il est alors de pourvoir par lui-même aux besoins de la vie.
Qui, plus que les personnes de l’art, chargées d’aider les femmes dans la plus pénible des fonctions, peut leur rendre une justice plus éclatante, et fournir des témoignages plus honorables de ce noble dévouement, dont tous les jours elles donnent des preuves si touchantes?
Non, il n’est rien de plus noble , de plus grand, de plus digne d’une véritable admiration, que ce sentiment impérieux, si doux et si tendre à la fois , qui unit la mère à son enfant, qui ne fait, pour ainsi dire , qu’une même vie de deux individus si difîerens pour l’âge et en apparence pour les besoins. La Providence , si sage dans l’ordonnance de ses desseins , si attentive , si prévoyante , a tellement resserré les liens qui unissent la mère à l’enfant, les a tellement identifiés l’un et l’autre, que ce n’est point une exagération de dire que l’existence de l’enfant nouveau-né est aussi nécessaire à la mère qui doit le nourrir , que celle-ci devient indispensable à l’être à qui elle vient de donner l’existence. L’amour maternel est donc le lien invisible qui enchaîne tous les êtres vivans au sol qui les a vus naître : c’est ce sentiment que rien ne peut détruire qui veille sans cesse à la conservation de l’espèce. Que deviendraient les peuples que tant de causes concourent quelquefois à détruire et à faire disparaître de la surface du globe ?
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