BASSIN
Ce n’est pas seulement chez les femmes grosses qu’on est quelquefois obligé de procéder à l’examen du bassin , avant et pendant l’accouchement , pour reconnaître jusqu’à quel point il peut être vicié, on est souvent forcé d’y avoir recours chez de jeunes filles, sur la conformation desquelles les parens ayant de justes craintes , réclament les avis d’un médecin éclairé , pour savoir jusqu’à quel point, en se mariant , ces jeunes personnes peuvent espérer ou redouter de devenir mères. Quelles que soient d’ailleurs les circonstances pour lesquelles on est consulté, les moyens sont les mêmes, le mode seul d’application présente quelque différence.
Avant de procéder à un examen plus particulier , on doit jeter un coup-d’œil général sur l’ensemble de la conformation de la personne qui s’abandonne à nos recherches. Si la femme , en effet , est d’une petite stature, contrefaite ; si elle a les bras très-longs , comparativement au reste du corps, le menton alongé, de grands yeux bleus , la peau blanche et la chair molle , ce sont autant de pré-
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somptions qui doivent faire craindre quelques vices du bassin ; une pareille femme a ordinairement les jambes torses et la taille extrêmement cambrée. On peut également s’apercevoir, en plaçant l’une des mains à plat sur la partie postérieure du sacrum , et deux ou trois doigts de l’autre sur la partie antérieure de la symphise des pubis, du peu d’espace qui sépare ces régions opposées, lorsqu’il y a étroitesse du bassin ; et reconnaître de même sa difformité, par le rapprochement et la hauteur inégale des deux épines antérieures et supérieures delà portion iliaque de l’os coxal. Mais, il faut l’avouer, quelle que soit l’exactitude avec laquelle on ait procédé dans ce premier examen , on ne doit pas s’en, tenir à ces simples recherches , quand on veut déterminer d’une manière précise le véritable degré d’altération du bassin.
Plusieurs ins trumens ont été imaginés pour obtenir , sur la femme vivante , la connaissance des véritables dimensions du bassin -, deux seulement ont reçu une sorte d’approbation des gens de l’art, ce sont le compas d’épaisseur et le pelvi-mètre de Coutuli. Le premier s’applique à l’extérieur , le second s’introduit dans l’intérieur même des parties génitales de la femme; voici le mécanisme de l’un et de l’autre. {Voy. pl. VII ,Jig- 2. )
Compas cl’ épaisseur. Cet instrument, composé de deux branches mobiles , arrondies en dehors , et assez ouvertes, quand elles sont placées sur la femme , pour en embrasser les hanches , est d’une application aussi facile que commode , quand on apporte du soin dans son opération. Chaque branche, terminée par une extrémité boutonnée , est percée en arrière pour laisser passer à volonté une lame graduée , appelée rapporteur destinée à indiquer l’étendue des parties embrassées et parcourues par les deux branches, quand elles sont bien appliquées. Cette application doit être faite à nu ou sur la chemise , quand la femme éprouve de la répugnance à se découvrir. L’un des boutons doit être appliqué sur la partie antérieure et supérieure de la symphise des pubis, la branche opposée sur le tubercule de la dernière vertèbre des lombes. Il est d’autant plus impor tant de bien déterminer le lieu précis de l’ap-
plication de la branche postérieure, que cette opération se faisant le plus ordinairement sur des femmes dont le bassin est plus ou moins vicié et difforme, on pourrait, sans cette précaution, se tromper facilement, et tomber dans des erreurs funestes à la mère et à l’enfant.
Si le compas d’épaisseur est bien appliqué , le rapporteur indique , sans qu’il soit nécessaire d’enlever l’instrument, l’étendue générale des parties de la femme comprises dans l’intervalle des deux extrémités boutonnées , et en faisant ensuite la soustraction de l’épaisseur de la symphise (6 lignes) et de celle de la partie supérieure du sacrum (2 p. 1/2), ce qui reste est juste la mesure de l’intervalle qui existe entre l’angle sacro-vertébral et la partie interne ou postérieure de la sympliise des pubis.
Les avantages de l’application du compas d’épaisseur paraissent incontestables ; cependant il présente plusieurs inconvéniens qu’on ne peut éviter, si on voulait borner ses recherches à son seul emploi. Sans parler des difficultés qui accompagnent quelquefois son application , et des erreurs par conséquent dans lesquelles on peut tomber, par suite du défaut d’expérience, on ne peut disconvenir qu’il ne donne rigoureusement que la somme totale , exacte à la vérité, de l’épaisseur du bassin , prise de devant en arrière, recouvert de ses parties molles ; ce moyen mécanique, appliqué même avec toute la précision possible , n’indique ni la nature particulière des difformités du bassin , ni le degré de déviation de la saillie sacro-vertébrale, ni toutes les autres particularités défavorables à la terminaison de l’accouchement, qui pourraient se trouver dans la cavité pelvienne.
Pelvi-mètre. Ce sont ces réflexions qui ont sans doute conduit Coutuli à imaginer le nouvel instrument auquel il a donné le nom de pelvi-mètre. Celui-ci, composé de deux tiges parallèles , glissant facilement l’une sur l’autre, et terminées par deux extrémités relevées, s’introduit dans l’intérieur du vagin, dirigé vers la saillie sacro-vertébrale. Arrivé là, on retire vers soi la branche placée en dessus , dont l’extrémité vient s’appliquer derrière la symphise
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des pubis ; sur la portion de la branche retirée en dehors, se trouvent des lignes graduées et calculées de manière à donner la mesure exacte de l’étendue réelle parcourue par la branche intérieure, et par conséquent du diamètre sacro-pubien. C’est -là le grand avantage du pelvi-mètre, et le but que se proposait l’auteur ; mais cet instrument , quelqu’ingénieux qu’il soit dans ses combinaisons , présente de nombreux inconvéniens , qui en ont , pour ainsi dire , fait abandonner l’usage , telle que la difficulté de l’introduire et le danger attaché à son introduction.
S’il est démontré que les inconvéniens attachés à l’emploi des deux instrumens dont nous venons d’exposer le mécanisme , ne permettent point de borner ses recherches à leur application seule , quand on prévoit la nécessité d’employer quelques moyens violens de l’art pour la terminaison de l’accouchement, le salut de la femme et celui de Penfant exigent donc un examen plus rigoureux , exempt surtout de toute espèce cl’équivoque , et qui laisse l’accoucheur dans la plus grande sécurité sur les résultats de ses recherches. C’est par le toucher qu’on y parvient , c’est au moyen du doigt indicateur de l’une ou de l’autre main, introduit dans le vagin , que l’homme de l’art peut acquérir toutes les connaissances relatives à l’examen qu’il se propose de faire ; non-seulement il peut, à l’aide du doigt, atteindre la saillie sacro-vertébrale, et déterminer par-là la véritable étendue du diamètre sacro-pubien , mais il a de plus l’avantage , par ce moyen , de parcourir toute l’étendue de la cavité pelvienne , de reconnaître et d’apprécier les différentes espèces d’altération , et tous les obstacles qui pourraient plus ou moins s’opposer à la terminaison de l’accoucliement.
Pour procéder à cet examen d’une manière méthodique et convenable , on fait placer la femme debout , les épaules appuyées contre un plan solide ; alors on introduit avec précaution le doigt indicateur de l’une ou l’autre main dans l’intérieur du vagin, en le dirigeant obliquement en haut et en arrière vers la saillie sacro-vertébrale , sur le milieu de laquelle l’extrémité du doigt introduit doit
être appuyée ; en relevant ensuite le bord radial vers l’arcade des pubis , dont on presse légèrement le bord tranchant , on fait , avec l’ongle du doigt indicateur de la main opposée , une sorte de marque ou d’enfoncement sur celui qui est introduit, le plus près possible du corps des pubis ; puis on retire le doigt dont on mesure l’étendue comprise depuis la petite marque indiquée plus haut , jusqu’à l’extrémité, en le plaçant sur une mesure linéaire. ( V'oy. pi. VIII ,fig. 2 et 3. )
De la somme totale de la portion du doigt introduit , il faut soustraire 6 lignes pour l’épaisseur de la symphise , et 2 ou 3 lignes pour le degré d’obliquité avec laquelle le doigt a parcouru l’intérieur du bassin. Ce qui reste alors forme la mesure exacte de l’intervalle compris entre le sacrum et la symphise des pubis , et donne la véritable étendue du diamètre antéro-postérieur ou sacro-pubien.
Quelques personnes peu expérimentées pourraient quelquefois concevoir des craintes si elles ne pouvaient atteindre la saillie sacro-vertébrale, et seraient peut-être fort embarrassées pour porter un jugement sur la femme soumise à leur examen. Qu’elles se rassurent, le bassin d’une pareille femme n’est point vicié, et le diamètre antéro-postérieur a l’étendue convenable pour permettre le passage de la tête d’un enfant d’un volume ordinaire.
Le moyen de reconnaître les vices du détroit inférieur ou périnéal offre peu de difficultés ; il suffit, le plus souvent , de faire coucher la femme sur le dos, les jambes fléchies sur les cuisses , et celles-ci écartées et fortement relevées sur le ventre ; dans cet instant , les deux tubérosités de l’ischion faisant une saillie très-remarquable à travers les tégumens, il est facile d’apprécier leur degré de rapprochement. Si l’on voulait avoir des résultats plus rigoureux , on pourrait placer les extrémités boutonnées d’un compas ordinaire sur chacune des tubérosités , et reportant le compas sur une mesure linéaire , évaluer , à une demie-ligne près , l’étendue du diamètre ischiatique ou transversal du détroit inférieur. Ici , on n’a
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pas besoin de faire la soustraction , toute l’étendue parcourue par le compas doit être mise en ligne de compte , et former la mesure absolue de l’étendue du diamètre. {T^oy. pl. Y II , fig. 4.)
Nota. Au moment où cette feuille allait être imprimée , un de mes élèves , M. Martin, est venu me soumettre un nouvel instrument pour mesurer le bassin. Cet instrument, auquel il donne le nom de pelvi-graphe , me paraît digne de fixer l’attention des gens de l’art. L’idée en est fort ingénieuse; sa description et son dessin se trouveront dans les livraisons des instrumens relatifs à la pratique des accoucliemens.
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