‹ Nouvelles démonstrations d'accouchemensChapitre 27 sur 55 · DE LA NUTRITION ET DE LA CIRCULATION DU FOETUS · texte numérisé non relu

DE LA NUTRITION ET DE LA CIRCULATION DU FOETUS

De la Nutrition. — Une vérité incontestable , c’est que l’enfant se nourrit des sucs que lui fournit sa mère ; mais il n’est pas également facile de démontrer par quel moyen et de quelle manière ces sucs lui parviennent. Les médecins sont loin d’être d’accord sur cette grande question physiologique. Les uns prétendent en effet que l’enfant se nourrit des eaux dans lesquelles il est renfermé, qu’il les pompe, qu’il les suce, et que ces eaux parvenues dans son estomac , après avoir subi les lois d’une digestion ordinaire, deviennent ainsi les élémens de la nutrition du fœtus. Mais les expériences faites sur les eaux de l’amnios ont démontré qu’elles ne contenaient que peu ou point de parties réellement nutritives ; qu’à la fin de la grossesse surtout , elles étaient souvent bourbeuses, noirâtres, purulentes, etc.; on a de plus observé que la rupture des membranes se faisait quelquefois plusieurs jours , un mois même avant l’invasion du véritable travail de l’enfantement, ce qui devait nécessairement amener la rupture prématurée des eaux de l’amnios , long-tems avant celle de l’enfant; enfin il est certain que quelques enfans sont venus au monde avec la bouche imperforée , et par conséquent dans l’impossibilité physique de recevoir la plus petite quantité de liquide amniotique.

Les raisons apportées en faveur de l’opinion que nous venons de faire connaître , méritent aussi d’être combattues. On a prétendu que l’enfant préludait , par la succion des eaux de l’amnios , à la succion plus compliquée et plus difficile du lait de sa mère. Il faut convenir que ce penchant du nouveau-né pour la succion et la faculté qu’il a de l’exercer à l’instant même de sa naissance, sont des phénomènes aussi étonnans qu’ils sont inexplicables. Mais pourquoi le petit canard, éclos sous une poule, se plonge-t-il dans l’eau malgré les cris de sa mère, dès qu’il est sorti de sa coque , tandis que le poulet provenant de la même couvée, évite et fuit cet élément? Au reste, l’intérieur de la membrane amnios n’offrant rien de semblable à un mamelon , qui ait pu exercer le fœtus à la succion, le penchant dont il est doué au moment de la naissance est donc une aptitude innée et non une faculté acquise.

D’une autre part, l’opinion qui tend à démontrer que le fœtus se nourrit par intus-susception ou par absorption, n’est pas plus admissible. L’organe cutané du fœtus est sans action pendant tout le tems de son séjour dans l’intérieur de l’utérus, et les eaux ellesmêmes n’ont ni les qualités, ni les propriétés convenables pour être absorbées.

Ce qui a pu induire en erreur les physiologistes chargés d’expliquer le mode de nutrition du fœtus, c’est que, confondant cette dernière avec la digestion proprement dite, ils ont toujours voulu établir une analogie entre cette digestion illusoire du fœtus et celle de l’adulte , en prétendant que les sucs nutritifs devaient , chez l’un comme chez l’autre, suivre la même route et passer par les mêmes voies , sans faire attention que l’on vit au milieu d’un fluide léger, élastique, aériforme, qu’il jouit de toute la plénitude d’une respiration active et de tous les avantages d’une circulation riche et abondante; tandis que l’autre repose au sein de l’utérus, entouré d’un liquide épais et incompressible, privé de la respiration , et n’ayant pour ainsi dire qu’une vie végétative et une existence incomplette. Toutes ces raisons et tant d’autres que

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nous ne rapportons pas comme superflues , doivent nous faire rejeter également et le système de la déglutition et celui de l’ab - 1 sorption , comme voies uniques de la nutrition du foetus. Il ne pourrait donc être considéré , pendant tout le cours de la gestation , que comme une nouvelle partie ajoutée momentanément à l’existence de la femme, et dont la nutrition s’opère par les moyens ordinaires et connus de la circulation. C’est donc par le cordon ombilical que l’enfant reçoit les sucs qui lui sont nécessaires pour son accroissement , sans avoir besoin d’opérer sur les eaux de l’amnios, ou de toute autre manière, une appréhension dont il est incapable.

De la Circulation du foetus. — Si la circulation du fœtus se faisait de la même manière que chez l’adulte , nous ne nous en occuperions point ; mais elle en diffère sous plusieurs rapports et demande que nous en donnions une description particulière.

Le fœtus n’ayant point d’organes propres à former l’hématose , puisque les poumons n’entrent en fonction qu’au moment de la naissance , il était indispensable que la mère lui fournît des sucs tout préparés , qui devinssent , à l’instant même où ils sont portés dans le torrent de la circulation , les élémens de sa nutrition. C’est la veine ombilicale qui est chargée de ce soin.

Prenant ses racines dans le placenta, elle s’achemine vers l’ombilic de l’enfant, et pénètre ainsi, sans communiquer avec les artères du même nom, dans son abdomen, Soutenue par un repli du péritoine, elle se dirige, de devant en arrière et de bas en haut, vers la partie supérieure de la grande scissure du foie. Là , elle fournit un rameau gros et court, espèce de sinus ou d’ampoule, destiné pour le foie, dans lequel il pénètre après s’être partagé en deux branches, l’une pour le lobe droit, et l’autre pour le lobe gauche. ( Voyez pl. XXI ,fig. i. )

La veine ombilicale , réduite alors à un très-petit calibre , se porte ainsi, sous le nom de canal veineux } vers l’oreillette droite du cœur , dans laquelle elle pénètre , confondue avec la veinecave inférieure. Le sang qui arrive au cœur par cette dernière ,

se trouve séparé, par la valvule d’Eustache, du courant que forme celui de la veine-cave supérieure. Lancé dans une direction différente , il va heurter contre la cloison des oreillettes , passe par le trou ovale ou de Botal et soulève sa valvule qui , se trouvant du côté de l’oreillette gauche, ne permet pas au sang de repasser dans l’oreillette droite.

Arrivé dans l’oreillette gauche , le sang est transmis dans le ventricule du même côté, et de là dans l’aorte ascendante, au moins en très-grande partie ; après avoir parcouru la tête et les membres thoraciques, il est rapporté par la veine-cave supérieure dans l’oreillette droite, qui le transmet dans le ventricule droit , et celui-ci dans le tronc de l’artère pulmonaire. Une petite portion du sang transmis par cette artère, se rend aux poumons qui, affaissés et sans action , n’en pourraient recevoir une plus grande quantité. La plus grande partie passe dans l’aorte descendante au moyen du canal artériel , ( voy. pl. XXI , fig. 2 ) , et après avoir parcouru toute l’étendue de cette dernière , retourne à la mère par les artères ombilicales. ( T^oy. pl. XXI, fig. 4- )

Voici maintenant, quels sont les changemens les plus remarquables qui surviennent dans la circulation du foetus au moment de sa naissance ;

Aussitôt que l’air pénètre dans les poumons du nouveau-né et que sa respiration s’établit, le sang qui se trouve alors en rapport avec les vésicules aériennes, éprouve à Pinstant même les changemens les plus remarquables, et de noir qu’il était, il devient tout à coup vermeil et très-léger. Ce sang revient pour la première fois par les veines pulmonaires dans l’oreillette gauche, abaisse la valvule du trou ovale et s’oppose ainsi à la transmission de celui qui , pendant toute la grossesse , arrivait par l’oreillette droite ; porté dans le ventricule gauche et de là dans l’artère aorte , il en parcourt toute l’étendue et rend nulle la communication établie entre cette dernière et l’artère pulmonaire , au moyen du canal artériel qui s’affaisse et finit par s’oblitérer. La colonne de sang qui parcourt la partie inférieure de l’aorte, arrivée au lieu

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de sa bifurcation , ne passe plus par les artères ombilicales , mais s’élance dans les iliaques , et se porte aussi en abondance dans les membres inférieurs.

Par suite de Pabaissement de la valvule du trou de Botal , le sang qui revient des parties inférieures, rapporté dans l’oreillette droite par la veine-cave descendante , se mêle pour la première fois avec celui qui coule des parties supérieures , rapporté de même par la veine -cave ascendante. Transmis de l’oreillette droite dans le ventricule du même côté , le sang est chassé dans les poumons par l’artère pulmonaire , dont le canal de communication avec l’aorte tend à s’oblitérer de plus en plus.

Pour terminer l’histoire anatomique et physiologique du fœtus , il nous reste à dire un mot de sa longueur , de son poids , de sa situation et de ses mouvemens.

La longueur d’un enfant à terme est ordinairement de 18 à 21 pouces ; son poids , plus variable , est de 5 à 7 livres. Au-dessous de 5 livres il est délicat, faible ou malade, et il n’est pas toujours certain de le conserver; au-dessus de 7 livres, et lorsque son poids va à 8, 9, et même 10 livres, sa grosseur est démesurée : sa sortie spontanée le plus ordinairement laborieuse, quelquefois même impossible par les seuls secours naturels, exige assez souvent l’emploi des moyens artificiels.

La position du fœtus dans le sein de sa mère est absolue ou relative. La position absolue résulte de la manière particulière dont les différentes parties de l’enfant sont disposées par rapport à luimême ; c’est-à-dire que dans le plus grand nombre de cas , il est recourbé sur lui-même, ayant la tête fléchie sur la poitrine, les bras croisés et appuyés sur le thorax , les cuisses fléchies sur l’abdomen, les jambes appliquées sur ces dernières, et les talons au niveau des fesses. Dans cette position accroupie et comme pelotonnée , il représente assez bien une figure ovoïde, dont le grand diamètre, de l’occiput aux talons , est de 9 à 10 pouces.

La position relative du fœtus n’est autre chose que la situation particulière qu’il affecte dans Tintérieur de la matrice, aux difïé-

rentes époques de la grossesse. Les anciens avaient sur cet objet des idées fort singulières ; ils prétendaient que pendant les sept premiers mois de la gestation , le fœtus était appuyé sur la colonne vertébrale, la tête en baut et les fesses en bas, et qu’au septième mois il faisait ce qu’on appelait la culbute. Cette vieille erreur n’est plus soutenable. Le toucher démontre en effet que chez presque toutes les femmes grosses , la tête de l’enfant repose dans les environs du col de l’utérus, long-tems avant le septième mois , et qu’on la rencontre même dès le cinquième. ( Pour la situation du fœtus, poy. pl. XVII et XVIII. ) Cependant cette situation n’est pas tellement invariable qu’elle ne puisse offrir de nombreuses variétés , comme le prouvent les accouchemens dans lesquels le fœtus présente tour à tour les pieds, les fesses, et même telle autre partie de sa surface extérieure , dont la présence , étant même un obstacle insurmontable à la terminaison naturelle de l’accouchement, exige pour l’obtenir l’emploi de moyens plus ou moins laborieux. C’est ce qui sera exposé plus bas, à l’histoire particulière de la manœuvre.

Les mouvemens du fœtus sont actifs ou spontanés, passifs ou communiqués. Les mouvemens actifs dépendent de son action musculaire, et se manifestent aussitôt que cette action peut être mise en jeu. C’est ordinairement vers le quatrième mois et demi de la grossesse qu’ils commencent à se faire sentir , d’abord d’une manière très-faible ; ils augmentent ensuite et deviennent quelquefois tellement actifs, tellement précipités, que la mère en est beaucoup incommodée. Les mouvemens actifs sont pour elle la preuve que son enfant est vivant.

Les mouvemens passifs ou communiqués sont ceux que la femme peut lui faire éprouver en s’inclinant tantôt dans un sens , tantôt dans un autre. Le toucher lui en imprime de particuliers, qui portent le nom de ballottement , et que l’on peut rigoureusement rendre sensibles dès le cinquième mois et même plutôt, comme l’expérience le prouve journellement. Ces mouvemens sont pour l’accoucheur la preuve de la présence de l’enfant

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dans l’utérus développé, et le signe pathognamique de la grossesse.

Les résultats obtenus par le stéthoscope ne font que confirmer ces premières preuves; mais seul il ne peut les suppléer.

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