NAISSANCE DU PRINTEMPS DANS LES ALPES
0 printemps ! te voici dans la vallée obscure ! A ton triomphe sur les monts je me soumets, Mon exil, au soleil de mai, se transfigure Et la neige rougit de la pente aux sommets.
Pendant tout un hiver, près de ses eaux glacées. Je contais au torrent de ce pays perdu Ma souffrance, mes maux, mes plus tristes pensées, Et le torrent, contre la mort, m'a défendu.
Pendant tout un hiver je n'avais sous la vue Que des pics et des rocs, blancs comme des tombeaux. Où, parfois, parcourant l'immobile étendue, Passaient en croassant des bandes de corbeaux.
En ce beau jour de mai la montagne tressaille : Le printemps est venu, ses bras libérateurs Ont gagné sur l'hiver la suprême bataille, Il s'avance, pareil au vent, dans les hauteurs.
Les échos et les bruits, de leur retraite blanche, Sortent pour résonner de rocher en rocher, Et, tout d'un coup, des hauts plateaux, une avalanche Sur le torrent, et comme un pont, vient se coucher.
La nature, lontemps immuable et muette.
S'anime enfin, la brise est tiède à respirer, La neige fond, s'écoule en cascade et se jette Dans la vallée obscure et qu'elle fait vibrer.
On voit au loin des prés qui, tantôt, sous la neige Confusément gonflée, étaient encore épars^ Des bois qu'un dernier voile immaculé protège Et qui dormaient cachés aux pas comme aux regards
Des oiseaux apportés par la nouvelle brise S'abattent sur le front épais de la forêt, La cascade les mouille et le soleil les grise Et, derrière eux, la fleur innocente apparaît.
0 beau printemps, puissance éternelle de vie, D'un horrible désert tu fais un paradis, Et la saison d'hiver, par ton feu poursuivie, Jette, quand tu l'atteins, des rameaux reverdis.
Ainsi, dans la montagne où mon épreuve humaine Se poursuit, ô printemps, apaise mes douleurs. Et, dans ce cœur, pareil au sombre hiver, ramène La verdure et l'espoir, le courage et les fleurs.