L'HYMNE DU POÈTE
A un ami d'enfance.
Et c'est aussi pourquoi la suave haruionie Qui pénètre à présent et règle notre sang Ne connaît plus, Thalie, Erato, Polymnie, Votre visage blêmissant !
Sous ton masque de pierre et la froide couronne, Melpomène renais à l'antique tourment :
Uranie est tombée en cendres sur son trône, Terpsichore est sans mouvement !
Adieu ! Vous n'irez plus, brillantes et groupées, Enchanter de vos jeux la fontaine et le mont ! Levez-vous, cliants nouveaux, futures épopées ! Le poète est votre Apollon !
Et c'est sans un regret. Muses, sans une envie. Que nous sortons de votre règne consommé î Parla suite des lemps et le cours de la vie Tout notre cœur est transformé !
80 NOUVELL S ÉLÉVATIONS POÉTIQUES
Nous donnerons sans vous, à d'innombrables âmes, La nourriture exquise et le vin souhaités, La souffrance et l'amour, les ombres et les flammes, 0 Muses, nous ont enfantés I
Quittant enfin la terre où, des nations mortes. L'esprit, comme un soleil épuisé, s'est éteint. Nous tournons nos regards vers des peuplades fortes Et jeunes comme le matin !
Avec sa double mer notre patrie est belle ! La clarté l'enveloppe et descend sur ses champs Du sommet de ses monts d'où la neige ruisselle, Mère de sources aux penchants !
Son nord se couvre d'un manteau de bois antiques, La viorne et l'olivier ombrasrent son midi Et, partout, sur les toits des cités magnifiques, Le soleil tombe et resplendit !
C'est là que nous attend, dans la paix, notre race ! Pour elle, les deux mers, les villes et les bois. Et l'esprit du pays : la lumière vivace, Vont s'incarner à notre voix !
Et moi, dont la jeunesse, au siècle qui commence. Donne une ardente main et se confie à lui, 0 Muses, ce n'est pas votre blanche présence Qui, sur mes poèmes, a lui !
Un jour, près dé la mer de Provence où des îles Appellent le soleil sur leurs rocs éclatants. Je conçus la douceur et les songes fertiles De vos pays et de vos temps !
Et je revis les dieux, les nymphes, les sirènes,
Tout ce peuple irréel et charmant qui vous suit
Et qui, toujours iidèle à ses neuf souveraines,
Avec vous est mort dans la nuit !
Apollon souriait à la plaine marine, Pan, sui" la rive et dans le vent du soir, chantait, Hercule, sur un mont embrasait sa poitrine, Vénus, de l'écume montait !
Mais le destin qui veille et ses forces mouvantes M'enlraînèrent au loin et vers d'autres pays : Océan, je connus tes côtes mugissantes Et tes cieux par le jour haïs !
Avec sa frénésie et son inquiétude, 0 Muses, arrachée à votre antique loi.
Voici que la beauté qui faisait mon étude Tressaille maintenant en moi !
Si je m'appuie, au long du chemin, sur mes frères, D'amitié, de repos, d'allégresse amoureux. Je sens que la même âme et les mêmes mystères. Me brûlent et brûlent en eux !
Et si, d'un sentiment adorable et farouche. Pour une de mes sœurs je suis soudain blessé. C'est tout un monde, astres et mers, qui, sur sa bouche, Par ma bouche en flamme est pressé !
Les choses ont repris leur puissance et leur forme, L'élément par l'esprit vivant est transpercé I 0 Muses, sur les monts et dans la mer énorme, Cherchez votre corps dis):)ersé 1