TV CHANT DE VOYAGE
Tu conduis près de moi, toujours pur, tes eaux bleues, 0 torrent, de ma fuite unique compagnon : S enlaçant l'une à Tautre et dansant, vois les lieues Grandir derrière nous au fond de l'horizon.
Après les noirs sapins et les sombres mélèzes, Après les hauts plateaux, leurs herbes et leurs fleurs, Voici des jardins clos où déjà des fruits pèsent Et des maisons aux murs éclatants de couleurs.
0 douceur d'arriver quand le soleil se couche Dans un humble village assis sur le chemin ! L'enfant qui joue ainsi qu'un oiseau s'effarouche. Mais la mère lui fait un signe de la main.
Bientôt l'ombre nocturne et les montagnes blanches Composent de grands corps indécis dans les cieux, La route est vide et, seule, au loin, parmi des branches, Une fontaine parle aux toits silencieux.
Douceur de repartir quand l'aube étincelanle Fleurit sur les sommets, quand, fumants, les chevaux Entrent dans les brancards de la charrette lente Et que les paysans sortent pour leurs travaux.
Des rayons vaporeux couvrent les pâturages, Le coq chante et l'oiseau traverse l'air mouillé, Dans un bruit de grelots passent des attelages. Des volets claquent au village réveillé.
Un lac d'argent, au pied des monts, parfois miroite, Son eau froide est un œil grand ouvert sur l'azur : 0 bonheur de voguer dans une barque étroite Sur les reflets de la montagne et du ciel pur !
Mais les cieux élargis et les crêtes plus basses. Un vent plus chaud, je ne sais quoi dans le lointain, Tout indique à mon cœur la fin des courses lasses, La Provence A^oisine et le repos certain.
La vallée a cessé, nous entrons dans la plaine, 0 torrent^ et tes flots légers vont me quitter : Adieu, suis le destin de l'onde qui t'entraîne. Laisse-toi, vers le fleuve et la mer, emporter !
Pour moi, déjà grisé des vignes et des roses, Dans la ville embaumée et fille du soleil Dont le platane frais couvre les maisons closes, J'entrerai pour goûter le songe et le sommeil.
(Vallée del'Ubaye.)