Nouvelles esquisses de morale évangélique [microform]
Lors de la publication d'un premier volume d^ Esquisses de morale évangélique^ l'auteur reçut, en g-uise de critique, les lignes que voici : « le vieux John Berridge, un contemporain de Wesley, disait que, tout d'abord, il n'avait prêché que la morale,... tant et si bien qu'un jour arriva où il n'y eut plus un seul homme moral dans sa paroisse »,
Ce jugement ne m'a pas convaincu de l'effet corrupteur de l'enseignement moral, ni même de son inutilité foncière. Mais il me fournit l'occasion de m'explicjuer brièvement sur la portée de ces deux mots réunis en une désignation unique : Morale évangélique.
Ouvrons le dictionnaire. Nous j trouverons que la morale est 1' « ensemble des règles qui doivent diriger l'activité libre de l'homme » (Littré), ou encore la « doctrine qui détermine les règles de nos actions » (Hatzfeld et Darmesteter) .
On ne risquera guère de se tromper si l'on ajoute que la morale évangélique est celle dont les règles et les principes sont puisés dans l'Evangile, dans sa lettre et dans son espiût.
11 est permis cependant de donner à cette expression un sens moins extérieur et moins formel, un sens plus réaliste, si je puis dire. On entendra par Morale évangélique, une morale qui a elle-même le caractère d'un Evangile, c'est-à-dire d'une proclamation joyeuse, d'une nouvelle libératrice. Cette seconde signification n'exclut pas la première ; elle la couronne. Dans l'Evangile, nous le savons, rien n'est ôté à l'intransigeance de la loi ; c'est même le contraire, et l'un des objets du Sermon sur la montagne est de signifier cela expressément aux disciples de Jésus^ La justice demandée à l'homme par l'E-
1. Math. V, 17-18. « Je ne suis pas venu abolir la loi ou les prophètes; tout doit être accompli, tout, jusqu'à un iota ou à un trait de lettre ; si votre justice ne l'emporte pas sur celle des scribes et des pharisiens (ces intraitables gardiens de la lettre, ces scrupuleux observateurs des ordonnances
vangile — lorsqu'il dénonce par exemple l'adultère dans un mauvais regard, le meurtre dans une parole de haine ou de mépris — égale ou dépasse infiniment la rigueur des écoles les plus strictes, des traditions les plus méticuleuses. Seulement la justice, sans cesser d'être une exigence, y devient un don^
Jésus s'est refusé à compter au nombre des siens quiconque — fût-ce le plus enthousiaste et le plus exalté des adhérents — ne fait pas la volonté de Dieu. Et saint Paul ne s'écartait pas de la pensée de son maître lorsqu'il écrivait à des convertis du paganisme : « Vous savez quels préceptes nous vous avons donnés de la part du Seigneur Jésus. La volonté de Dieu c^est votre sanctification^. » Ces derniers mots veulent dire évidemment que c'est par la pureté de leur vie, non par certaines abstinences ou par certains
les plus minutieuses), vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. » La suite développe ces principes dans une série d'exemples.
1. « Le sermon sur la montagne proclame bienheureux ceux qui sont spirituellement pauvres, qui pleurent sur leur pauvreté, qui sont aflamcs de justice. Il leur promet le rassasiement. C'est dire que Jésus ne vient pas d'abord réclamer quelque chose, mais apporter quelque chose. La justice apparaît, non comme une exigence, mais comme un don. » B. Weiss. Lehrbnch (1er biblischen Théologie des Neuen Tesiamenls.
'2. 1 Thessal. iv, 2-3.
rites, que ces chrétiens seront des saints, c'est-àdire des consacrés ; et que c'est là ce que Dieu veut, ce qu'il leur demande. Mais on peut envisager sous un autre aspect cette volonté de Dieu. En effet, une volonté ne se définit pas uniquement par l'objet qu'elle a en vue, qu'elle propose ou qu'elle impose, selon l'autorité qui lui appartient. La volonté est une puissance effective ; elle ne se contente pas de décréter, elle agit. « La volonté de Dieu est que vous soyez saints. » Dans cette parole vous n'avez perçu peut-être que le ton d'une injonction ; s''il vous arrive d'y surprendre l'accent d'une révélation, si vous y entendez retentir comme le bruit d'un travail mystérieux, du travail divin, elle sera pour vous autre chose qu'un ordre pénible, elle deviendra le plus énergique des stimulants, l'incomparable encouragement. Vous vous demandiez comment, sous la terrible poussée des forces hostiles, vous pourriez jamais obéir, amener à l'unité les éléments en lutte qui constituent votre individualité, et en tirer un être harmonique, juste et bienfaisant. Vous comprenez maintenant que vous n'avez pas à compter avec la seule volonté dont vous avez tant de fois constaté les écarts et l'infirmité, votre volonté à vous. Il v a une autre volonté.
la volonté centrale de l'univers spirituel, la volonté qui poursuit le bien dans le monde, et en vous aussi puisqu'elle vous demande de vous associer à elle pour la réaliser. A elle vous vous attacherez, je ne dis pas de toute votre force, ce ne serait rien dire, mais de toute votre faiblesse, et vous prendrez cœur : elle vous veut saint.
« Mon enfant, tes péchés te sont pardonnes ; tu n'es plus solidaire des fautes de ton passé. » Voilà certes un Evangile, et le premier, sans lequel il ne pourrait, pour celui qui a mal fait, y en avoir un autre. Mais c'est un Evangile aussi, ce nouveau message : « Mon enfant, tu n'es pas esclave à jamais des fatalités mauvaises du présent, puisque Dieu te veut bon et libre, puisque Dieu te veut saint. »
Levez-rvous et marchez ^ L'activité est la loi de la vie. Il ne faut pas que l'homme reste couché aux heures où sa tâche le réclame : à l'œuvre!
A cet appel de la loi, le travailleur robuste et dispos renouvelle son ardeur; il se sent dans l'ordre. L'oisif même, qui en est momentané-