‹ Nouvelles esquisses de morale évangélique [microform]Chapitre 2 sur 56 · Voy. Math, ix · texte numérisé non relu

Voy. Math, ix

ment sorti, pourra s'empresser d'y rentrer. Mais que fera l'impotent? L'hyg-iène de l'exercice et la bonne morale du travail ne lui servent de rien à lui!

Lève-toi et marche. Qui, toi? Toi le paralytique, toi qu'il a fallu quatre camarades pour apporter ici. — Un commandement encore ? Sans doute, mais non pas le sarcasme cruel, l'insulte jetée au malheur, que serait un simple commandement. L'infirme y saisit sa guérison, et il s'en va, sautant de joie.

Tous tes ordres sont des grâces Pour tes bienheureux enfants.

Ainsi chante un de nos vieux cantiques. Interpréter tout ordre comme un ordre, mais du même coup comme une grâce, comme une délivrance, là est le propre de la morale évang-élique et le secret de sa puissance.

Une vieille Prière. — Modernes Variations,

Luc xviii, 9-14.

Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas semblable à la masse de ces gens d'Eglise qui m'entourent, à tous ces idolâtres, ces superstitieux, ces formalistes, et notamment à ce dévot catholique. Je ne me courbe que devant Dieu et devant sa parole, je ne songe pas à mériter le ciel par mes pratiques, je ne me réclame pour être sauvé que de la foi seule.

Dieu, je vous rends grâces de ce que je ne suis pas semblable à ces protestants orgueilleux, assez mal appris pour s'adresser à vous en vous tutoyant, à ces révoltés qui accaparent insolemment dans le pays places et honneurs, et dont la piété commode repousse le renoncement et se passe du sacrifice. Je soumets ma raison à l'Eglise infaillible de votre propre infaillibilité, je multi-

plie dans ma vie les pénitences et les bonnes œuvres.

Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme tant d'autres, et notamment comme ce libéral, égaré dans les voies du rationalisme et de l'hérésie. Je ne fais pas mon choix dans ton saint Livre, acceptant ce qui me plaît, rejetant ce qui me heurte ou me dépasse; parmi les lamentables compromis de l'heure présente, je tiens haut et ferme, sans transiger sur un seul point, le drapeau de la foi authentique,

Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas un de ces croyants attardés, sans indépendance, bornés et intolérants, qui ont l'audace de se réserver à eux seuls le nom d évangéliques. Je te rends grâces de ce que je ne ressemble point à cet orthodoxe. J'ai trop de respect pour la vérité, je suis trop loyal sujet de ma conscience pour consentir aux formules toutes faites que, du dehors, une autorité quelconque prétendrait m'imposer.

Dieu, je te rends grâces de ce que je n'ai rien de commun avec ces chrétiens étroits qui font bande à part et se tiennent pour meilleurs que les autres ; je ne m'enferme pas dans la tiède atmosphère des chapelles bien closes, je ne me sépare pas, dans mon culte, de l'ensemble du

Page 1