LE DON SUPRÊME
Seul serait pardonnable de parler et de penser ainsi un homme qui, pour son propre compte, n'aurait rien ! Eh bien ! celui qui ne s'est pas même réservé le plus modeste fojer, parce qu'il a voulu se donner tout entier à tous, n'a pas pensé et n'a pas parlé ainsi. Vous venez, dans le passag-e même que nous avons sous les yeux, de Fentendre faire allusion à ces h bonnes choses » que, tout mauvais et égoïstes que soient les hommes, ils savent cependant donner à leurs enfants. Le pain, les éléments de la subsistance matérielle, ce sont choses bonnes, et indispensables d'ailleurs. Dans l'Oraison dominicale, elles sont rattachées, comme tout le reste, à la bénédiction divine : donne-nous notre pain ! Il n'en appartient pas moins aux hommes d'être en cela les instruments de l'œuvre divine : c'est eux qui se procurent le pain par leur effort quotidien et qui le procureront aussi à d'autres, les parents à leurs enfants, ceux qui peuvent à ceux qui ne peuvent pas, une cité humainement constituée à tous ses membres. Affecter du mépris pour ces « bonnes choses, » alors que nous en jouissons nous-mêmes et qu'elles font faute à d'autres, ce serait hypocrisie révoltante.
Il est vrai pourtant que les biens matériels ne sont biens que dans un sens relatif. « La vie est plus que la nourriture. » La qualité de la vie a plus d'importance que la délicatesse et l'abondance des aliments qui la soutiennent.
S'il y a des vies qui ne valent pas la peine d'être vécues, est-il bien utile qu'elles soient entretenues ? Revenons à la touchante comparaison dont a usé Jésus-Christ*. Que souhaitez-vous donner à votre enfant ? S'il devient un scélérat bien nourri et bien informé, ou un médiocre honnête homme, serez-vous satisfaits?
Non. Vous le voulez bon ; vous le voulez pur, grand, généreux. Gomment le sera-t-il? Vous sentez l'insuffisance des avertissements et des leçons. Si vous pouviez, quand l'enfant s'éloig-ne, le suivre dans l'entourage dangereux où il va seul ; si vous pouviez, non pas continuer à ses côtés une surveillance devenue odieuse, mais du dedans le rendre attentif au péinl et l'aider intérieurement à le vaincre, il vous semble, « tout mauvais » et imparfait que vous êtes, qu'il serait gardé! Ce que vous ne pouvez pas faire, voilà précisément ce que doit faire, et en votre enfant, et en vous-mêmes, le don du Saint-Es-